Comme l’a rappelé Estelle Renard, vice-présidente, notre association a tenu ses promesses en renforçant les liens entre les professionnels et en valorisant notre écosystème, un espace où chaque personne interdépendante des autres (auteurices, detécteurices, simulateurices, à la direction artistique, comédiens et comédiennes, laboratoires, studios et diffuseurs) bénéficie de l'équilibre durable, loin de la dualité prédateur/proie.
Cet écosystème compte cependant un genre tout particulièrement invisibilisé, auquel l’ATAA a décidé de rendre ses lettres de noblesse : la localisation de jeux vidéo. Porté à bout de bras depuis deux ans par Maxime Place, ce nouveau Prix est le fruit d’un travail commun avec le comité d’organisation et le jury. Ensemble, leur mission a été de mettre en lumière un travail d’adaptation peu valorisé, qui pourtant relève de l’acrobatie, entre traduction littéraire et traduction pragmatique, sous-titrage et doublage… Adapter un jeu vidéo demande aussi de jongler avec les nombreuses balises, sans visionner une seule image ! Un défi relevé haut la main par Virginie Clauzel, Ophélie Colin, Mylène Czyzniak, Caroline Slama, et Dylan Vega Ceccon, premier·es lauréat·es de cette nouvelle catégorie, pour Kathy Rain 2 : Soothsayer. Cette enquête policière, traitée en point and click, est une plongée immersive où chaque détail a été localisé. Articles de presse, carnets de notes, brochures… rien n’est oublié. Complété de dialogues savoureux et idiomatiques, nos héros de la traduction ont su éviter les écueils du calque linguistique et garder à chaque protagoniste sa personnalité.
En s’attaquant à l’adaptation de The Apprentice, Charlotte Laumond et Géraldine Le Pelletier ont, elles aussi, su rendre la voix de Donald Trump au début de son ascension, et de son pygmalion, Roy Cohn. Le Prix de l’adaptation en sous-titrage d’un film anglophone leur a été remis pour la justesse de leur retranscription de l’impitoyable univers du New York des années 80. Rythme, répliques, couleur des dialogues… tout fait mouche !
Dans la catégorie cinéma non anglophone, Céline Merlin s’est vu attribuer le Prix de l’adaptation en sous-titrage pour sa traduction depuis l’italien romain de Il reste encore demain. Cette comédie dramatique aux 5 millions d’entrées en Italie méritait bien un sous-titrage d’excellence, savoureux mélange d'inventivité, de fluidité et de précision. Entre salves de grossièretés et répliques au machisme décomplexé, le jury s’est délecté d’une avalanche de trouvailles et de la qualité de l’adaptation des chansons.
Le Prix de l’adaptation en doublage d’une série audiovisuelle a quant à lui été décerné à Bérangère Alguemi et Yannick Ladroyes Del Rio pour Miss Scarlet saison 4, série qui se regarde autant pour ses enquêtes que pour la truculence de ses dialogues. Tel un duel mondain, chaque réplique raffinée cache une pique acérée. Le choix des mots, les sous-entendus, le rythme des répliques, tout concourt à rendre ce charme britannique un peu sec et ironique, sans être suranné, de l’Angleterre du 19e siècle.
Outre l’exigence professionnelle, l’ATAA récompense également l’engagement bénévole de celles et ceux qui œuvrent pour notre métier et notre avenir. Pour sa 3e année, l’Extra bille – créée en hommage à Samuel Bréan, cofondateur de l’ATAA – honore Marie-Christine Guyon, inlassable consœur toujours disponible (notamment sur Discord) pour conseiller et aiguiller les adaptateurices de l’audiovisuel dans les méandres de l’administration fiscale, des cotisations sociales, du statut d’auteur, des tableaux de comptabilité... Caustique, Marie-Christine s’avère une Extra bille parfois abrasive, mais selon Estelle Renard, c’est de ce grain de sable que nous faisons le meilleur ciment. Symbole de fidélité, Marie-Christine Guyon fait également partie des membres de la (presque) première heure.
Depuis 20 ans, l’ATAA soude toute une profession. La célébration de cet anniversaire atteindra son point ultime le 4 décembre prochain au Point éphémère, à Paris. Alors, à vos agendas !
Crédit photos : Brett Walsh Photography
