Oui au respect, non à l'invisibilisation

Lorsque les comédien·nes pratiquant le doublage ont alerté les pouvoirs publics et lancé leur pétition #TouchePasMaVF il y a deux ans, les dialoguistes de doublage n'ont pas hésité à la signer et à apporter leur soutien, étant donné la menace que fait planer l'Intelligence Artificielle Générative (IAG) sur leur propre métier et celui des auteurices de sous-titres, de jeux vidéo, d'audiodescription et de voice-over. Il n'y a qu'un seul combat et toute la filière est concernée.

Les organisations d'auteurices se désolent néanmoins de voir pulluler sur les réseaux sociaux de comédien·nes très visibles et populaires auprès du grand public des rythmos qui utilisent leurs textes, protégés par le Code de la Propriété Intellectuelle, sans qu'à aucun moment leur nom ne soit cité. Il s'agit là d'une atteinte à leur droit moral. Les auteurices de doublage ne vont certainement pas interdire aux comédien·nes d'utiliser leurs textes pour leur promotion personnelle ou leurs démarches professionnelles, mais la déontologie voudrait, et la loi dispose, que le nom des auteurices soit systématiquement cité. C'est d'autant plus problématique quand lesdits réseaux ou émissions sont monétisés : exploiter le travail des autres pour en tirer des bénéfices, c'est exactement ce que font les entreprises d'IAG contre lesquelles se battent les comédien·nes... qui tombent dans le même travers.

L'utilisation des logiciels de rythmo qui est faite par les comédien·nes sur les réseaux et dans leurs émissions, sur Twitch ou YouTube notamment, est également problématique à plusieurs égards. Les textes sont recopiés avec des fautes d'orthographe, souvent au moyen d'un procédé IA dit de speech to text 1, en nourrissant et entraînant les LLM 2 au passage, ce qui porte préjudice aux auteurices. En outre, le calage est très sommaire : on pense ici à nos collègues détecteurices qui assurent l'étape technique de détection, préalable à l'écriture synchrone des dialogues VF et à l'enregistrement, qui se retrouvent totalement invisibilisé·es et dont le travail est ici mis à mal. Il y a également un préjudice pour les comédiennes et les comédiens, puisque les logiciels de rythmo en ligne utilisés incorporent de l'IA. Impossible alors de savoir où sont stockées les voix, préalablement extraites par IA pour que la démonstration puisse avoir lieu, ni quel usage en fait l'entreprise privée.

Il en va de même pour les bandes démo qui circulent pour la promotion du travail des comédien·nes : si le nom de la personne qui les a dirigé·es est mentionné, le nom de l'auteurice brille souvent par son absence. Nous rappellerons ici le rôle central, bien que souvent ignoré, pour ne pas dire méprisé, de l'auteurice de doublage : sans texte, le/la comédien·ne qui fait du doublage n'a rien à jouer et ne peut pas exercer son art.

Nous demandons donc aux comédien·nes de respecter le droit moral des auteurices de doublage en citant systématiquement leur nom (pour le trouver, il suffit de regarder le carton de doublage ou de faire une recherche dans le Big d'ATAA, ou de le demander à leur DA, qui est souvent en rapport avec les auteurices) et en ne dénaturant pas leurs textes, conformément à la loi. Les auteurices de doublage ne s'opposent aucunement à ce que les comédien·nes utilisent les répliques qu'iels ont jouées, mais demandent le respect de leur travail, de la même façon que les comédien·nes demandent le respect du leur.

Restons vigilants, solidaires et responsables !

Auteurices, faites un rappel à la loi sur toutes les publications qui vous invisibilisent en collant cette réponse :

Ce texte a été écrit par le Saint-Esprit ? Non. Violation du droit moral de l'auteur (Art. L-121-1 du Code de la propriété intellectuelle : « L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. ») @ataa.fr @snac_auteurs_compositeurs @lesvoix_association

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