Le calculateur

Pour ses 20 ans, l'ATAA se dote d'un nouvel outil dédié à tous ceux qui veulent prendre leur destin tarifaire en main !

Il y a quelques années, notre association sœur suédoise lançait un outil qui permettait à tout traducteur de l’audiovisuel suédois de calculer son revenu avant impôt à partir du nombre de minutes traduites par jour et de son tarif par minute, en tenant compte des divers coûts et contributions sociales locales. Par la suite, la Slovénie, la Croatie et le Portugal lui ont emboîté le pas, puis Subtle. Aujourd’hui, c’est aux traducteurs de l’audiovisuel français de bénéficier de cet outil puissant.

Puissant, il l’est d’abord parce qu’on peut grâce à lui calculer en quelques secondes son revenu en fonction du tarif proposé et de son rythme de travail. Il l’est aussi parce qu’il permet, à l’inverse, de calculer son tarif nécessaire, le tarif à facturer pour atteindre le revenu mensuel visé. À noter, le calcul est possible à partir de n’importe quelle unité de facturation, quelle que soit la spécialité (minute, feuillet, sous-titre, bobine, mot etc.).

S’il est puissant, c’est aussi et surtout parce qu’il donne à voir l’invisible.

L’invisible, ce sont les à-côtés dont on ne tient jamais assez compte quand on réfléchit à ce qu’est un « bon » tarif, ou même, un tarif « décent ».

D’abord les tâches administratives, la comptabilité, les déclarations aux organismes de gestion collective, la recherche de nouveaux clients, mais aussi toutes les tâches annexes presque toujours gratuites – les multiples échanges avec les clients, avec les co-auteurices, l’harmonisation, les conformations et vérifications, les titres, les résumés, les bibles et de plus en plus, l’imposition de nouveaux outils inaboutis dont les bugs ubuesques font perdre un temps précieux. Selon l’enquête réalisée par l’AVTE en 2023, ces tâches représentent en moyenne 5 h 40 par semaine, soit près d’un sixième d’une semaine de travail « normale ». Ce chiffre est sans doute largement sous-estimé, peu de traducteurs tenant ce type de comptabilité. Par défaut, le calculateur retire deux jours par mois pour toutes ces tâches autres que l'adaptation proprement dite.

L'invisible, ce sont aussi les congés non payés. Selon la même étude, un tiers des traducteurs de l’audiovisuel européens prend moins de deux semaines de vacances par an et seul un tiers s’accorde cinq semaines ou davantage. De même, les journées à rallonge, le travail le week-end sont la règle plutôt que l’exception. La raison, c’est la nature intermittente de nos professions. On prend le plus souvent les projets quand ils arrivent et, sauf cas exceptionnels, dans des délais qui nous sont imposés. Dans ces conditions, il est difficile de se projeter et de prévoir à l’avance un temps de pause. Le calculateur inclut donc une provision pour congés de 10 % qui permet de sanctuariser une période de non activité choisie, inscrite dans le tarif.

L'invisible, c'est encore l’absence de filet de sécurité pour les périodes de chômage. Par défaut, le calculateur propose de fixer à 19 le nombre de jours travaillés par mois pour tenir compte a minima de la précarité de notre statut. Chacun peut bien sûr jouer à volonté sur ce facteur, comme sur les autres.

Enfin, les frais professionnels sont les derniers grands oubliés entièrement à notre charge, puisque nous n'avons pas d'employeurs, mais uniquement des clients. N'oubliez pas de les renseigner, même approximativement, pour en tenir compte dans le calcul total !

Oui, mais ?

Bien sûr, nous sommes des indépendants et nous avons choisi cette profession en connaissance de cause, avec ses hauts, ses bas, ses imprévus heureux ou malheureux, et vogue le navire, tant qu’on est seul maître à bord. Mais nous l’avons choisie pour sa créativité, pour la liberté qu’elle nous donne, pas pour être la variable d’ajustement ubérisée d’une perpétuelle foire au moins-disant. Le calculateur est un outil pour prendre notre destin d’indépendant en main : c’est à nous de fixer la valeur de notre travail, et donc nos tarifs, pas à nos clients.

Bien sûr, nous avons aussi dans notre immense majorité le statut d’auteur qui nous rattache à la grande famille des artistes-auteurs et permet à un bon nombre d’entre nous de bénéficier de revenus issus de l'exploitation de nos œuvres. Mais ces revenus concernent le partage de la valeur créée. Nos adaptations confèrent aux œuvres audiovisuelles une valeur ajoutée considérable dans un écosystème mondialisé qui brasse des milliards. Grâce au droit d'auteur, nous recevons une modeste part des sommes générées par la diffusion ou le succès aléatoire d'une œuvre. Il n'en reste pas moins que nous sommes un rouage de cet écosystème qui doit fonctionner au quotidien, indépendamment des aléas. D'où l'importance cruciale, pour toute la chaîne, de maintenir des conditions de travail dignes, équitables et conformes au droit du travail.


C'est tout l'intérêt de ce calculateur, qui permet de comparer des modes de facturation complexes à un référent que tout le monde connaît et qui a l'avantage de concentrer de nombreux conquis sociaux, le salaire.

Une dernière remarque : pour connaître la vraie valeur de notre travail, on peut se reporter aux tarifs recommandés édités périodiquement par le SNAC et l'ATAA. Ils tiennent compte de l'inflation galopante de ces dernières années et grâce au calculateur, on peut calculer le nombre d'unités de référence à traduire par jour pour atteindre le revenu mensuel visé !
Faites le test, amusez-vous, le résultat est éloquent !

Accéder au calculateur

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