Rencontre avec Yannick Ladroyes Del Rio

Co-lauréat du Prix de l’adaptation en doublage d’une série

Avec Bérangère Alguemi, vous avez reçu le Prix de l’adaptation en doublage pour la saison 4 de la série Miss Scarlet - Détective privée. Quels défis avez-vous dû relever pour cette série d’époque ?

Miss Scarlet se déroule à Londres, sous l’ère victorienne. La première difficulté consistait à moderniser le langage aristocratique des personnages, tout en respectant les codes de l’époque. Il fallait incarner le personnage principal en lui prêtant un ton enlevé, aérien et virevoltant. En effet, le niveau de langue devait rester soutenu sans devenir pompeux, tout en évitant les contresens et anachronismes. Car l’autre difficulté concernait les éléments historiques. Par exemple, la série se déroule aux tout débuts du téléphone. Il a fallu faire de nombreuses recherches sur ce sujet, mais aussi sur les taxis, ou encore les grades des agents de Scotland Yard.

Pourquoi est-ce important de conserver une langue moderne pour une série historique ?

Nous travaillons sur des langues dites vivantes, et donc évolutives. Par exemple, il y a une grande différence entre l’adaptation très soutenue de la saison 1 de Wolf Hall, diffusée en 2016 sur Arte, et la saison 2 sortie dix ans plus tard, dont le ton s’avère beaucoup plus dynamique et la langue plus moderne. Le traitement du langage s’est complètement transformé au fil du temps. Au début, on utilisait beaucoup de mots d’époque ; dix ans plus tard, le phrasé se veut plus fluide et moderne. Aujourd’hui, les adaptations ne sont plus des produits littéraires. De même, les films d’Alfred Hitchcock ne seraient plus traduits de la même manière de nos jours.

J’ai aussi souvenir de la série Mary & George avec Julianne Moore située dans l’Angleterre du XVIe siècle. Avec le client, Canal+, nous avons longuement réfléchi à la meilleure adaptation. Aujourd’hui, personne ne sait comment les gens parlaient aux siècles passés : il ne nous reste que des écrits, et qui plus est des contenus littéraires. D'un commun accord, nous avons décidé de moderniser le propos et nous affranchir des schémas classiques de ce qu'on pense être une retranscription de dialogues de l'époque. Même les insultes telles que « putain » ont été conservées. Cette approche était nouvelle, mais cela a rendu le texte contemporain tout en respectant le phrasé de l’époque.