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2012 08
juil

the prosperous translator

La voici, la quatrième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite cette fois par Raphaëlle Antczak ! Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici.

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

Vous soulignez l’importance de faire un travail de pédagogie auprès des clients, et je suis en partie d’accord. Mais si l’on observe la communauté des traducteurs, il est évident qu’un travail de pédagogie serait également nécessaire auprès d’eux. Nombreux sont ceux qui travaillent dans l’isolement, et beaucoup ont tendance à trouver leur petite zone de confort et à n’en plus bouger, quoi qu’il arrive. Quand je discute avec des traducteurs jeunes et moins jeunes, je suis souvent frappé par le nombre d’entre eux qui ne désirent pas quitter cette zone de confort, en élargissant leurs compétences, en proposant des services différents, en investissant dans différents cours/équipements/dictionnaires, etc.

Peu d’universités offrent à leurs étudiants l’occasion de démarrer une carrière en freelance ou de gérer une petite entreprise (mais la situation a peut-être changé ?). Or dans un monde en constante évolution, les îlots de sécurité se font rares. Je crois pourtant que de nombreuses universités pourraient organiser des formations courtes ou des universités d’été pour leurs étudiants fraîchement diplômés et pour toute personne intéressée. Les établissements d’enseignement peuvent avoir du mal à trouver des locaux et à embaucher du personnel pour assurer ces formations, mais ces obstacles ne sont certainement pas insurmontables.

Une des grandes faiblesses du secteur de la traduction est que chaque traducteur ou presque est obligé de réinventer la roue et d’apprendre tout seul à se débrouiller. Il y a vraiment un marché à prendre ; il serait temps de s’en rendre compte !

Scorpion

Réponse :

Cher Scorpion,

C’est vous qui le dites, pas nous. Même si nous avons nous aussi remarqué que ceux qui se lamentent le plus fort et qui poussent des cris d’orfraie sont le plus souvent des traducteurs qui utilisent des compétences linguistiques acquises des décennies plus tôt, qu’ils appliquent – parfois à mauvais escient – depuis des lustres sans jamais se remettre à la page. Le marché s’est depuis longtemps développé dans d’autres directions et les segments les plus intéressants ne s’ouvrent qu’à ceux qui sont prêts à y investir le temps nécessaire.

Heureusement, les occasions de s’ouvrir à autre chose sont de plus en plus nombreuses pour les traducteurs décidés à s’aventurer hors de leur zone de confort (sympa, l’expression).

Les associations nationales et régionales de traducteurs annoncent toujours les événements à venir sur leurs sites Internet, mais les plus motivés doivent se renseigner plus avant. Pour ceux qui traduisent vers l’anglais par exemple, les cours organisés par la Society for Technical Communication (http://www.stc.org/) valent la peine d’après notre expérience, de même que les formations souvent gratuites proposées par les associations professionnelles consacrées aux domaines dans lesquels on a choisi de se spécialiser. On peut aussi se renseigner sur les divers événements organisés par les chambres de commerce. C’est bel et bien le moment propice pour lever le nez et élargir ses horizons.

FF & AO

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2012 07
juin

the prosperous translator

Voici une troisième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite cette fois par Karine Rybaka. Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici. Une quatrième sera publiée très prochainement !

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

L’université au sein de laquelle je travaille reçoit de plus en plus de demandes en provenance d’entreprises locales, qui souhaitent faire traduire leurs manuels d’utilisation, sites internet, etc., par nos étudiants.

Nos étudiants sont sérieux et motivés, et nous savons qu’ils sont destinés à faire de grandes choses. Mais nous savons également que la traduction est une profession exigeante, et nous pensons que ces entreprises sont très mal informées si elles imaginent que des étudiants peuvent produire un travail professionnel.

Comment pourrions-nous en informer ces entreprises, tout en gardant la porte ouverte pour des stages (que nos étudiants ont toujours du mal à trouver dans notre coin perdu) ?

Universitaire

Réponse :

Cher Universitaire,

Pour commencer, nous vous disons bravo ! Coin perdu ou pas, vous êtes parvenu à repérer la pente savonneuse sur laquelle de nombreuses écoles de traduction prestigieuses ont déjà glissé sans avoir su l’identifier. Un certain nombre d’entre elles dérapent même carrément, trop contentes de transmettre ces demandes à leurs associations d’étudiants, ou d’en faire des sujets de cours.

La confiance si touchante, mais si peu réaliste, que ces écoles ont dans les capacités de leurs étudiants n’a rien à voir avec leur enseignement – encore que, si leur but est d’informer leurs élèves des réalités du marché de la traduction, leur enseignement laisse peut-être à désirer.

Comme vous le remarquez si justement, le fait est qu’un travail d’étudiant ne peut pas être professionnel.

Pour citer un confrère : « Combien d’hommes ou de femmes d’affaires demanderaient à un étudiant en droit de traiter un contentieux sérieux ? Combien de patients consulteraient un étudiant en médecine pour une opération à cœur ouvert, et combien de professeurs en école de médecine soutiendraient une telle pratique avec enthousiasme, afin que leurs élèves puissent “acquérir une expérience professionnelle” ? On peut aller voir un étudiant en école dentaire pour un détartrage, mais pour dévitaliser une dent, les risques sont un peu élevés. »

De notre point de vue, la traduction d‘un site internet ou d’un manuel de sécurité équivaut plutôt à un travail de dévitalisation.

Et, outre les risques encourus par les entreprises, le fait de suggérer (ou confirmer) à un client potentiel qu’il devrait passer par un étudiant finira par nuire à la profession : une fois l’étudiant diplômé, il sera retrouvera sans travail, puisque les étudiants traduisent aussi bien (et pour moins cher).

Veuillez excuser cette diatribe. Vous nous avez demandé des conseils, voilà nos recommandations :

  • Remerciez les entreprises pour l’intérêt qu’elles vous portent et donnez-leur un exemplaire de la brochure « Traduction : faire les bons choix », disponible dans plusieurs langues et téléchargeable gratuitement sur le site de la Fédération internationale des traducteurs (http://www.fit-europe.org). La brochure est également distribuée en format papier par de nombreuses associations de traducteurs. Si vous fournissez la version papier, nous vous conseillons de corner la page « Faire appel à un copain prof ? Très risqué », qui évoque aussi les étudiants en traduction.

  • Recommandez à ces entreprises de contacter l’association de traducteurs de votre pays afin de trouver un traducteur qualifié (la plupart des associations disposent d’un annuaire en ligne).

  • Toutefois, suggérez l’idée que votre établissement aimerait confier à un étudiant la tâche de suivre le projet, rédiger un rapport et peut-être établir un glossaire pour l’entreprise.

C’est le meilleur moyen pour qu’un étudiant mette un pied dans le monde du travail, et c’est bien moins risqué pour les clients.

FF & AO

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2012 03
juin

Inglourious Basterds poster

Après la traduction de l’article de Carol O’Sullivan publiée au mois d’avril (« Langues et traduction chez Tarantino »), voici un deuxième point de vue sur Inglourious Basterds proposé par Nolwenn Mingant, maître de conférences en civilisation américaine à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et spécialiste du cinéma américain (pour en savoir plus sur ses publications, rendez-vous sur cette page).

Nolwenn Mingant avait déjà publié en décembre 2010 un article très complet intitulé « Tarantino’s Inglourious Basterds : a Blueprint for Dubbing Translators ? » dans la revue de traduction Meta 55 (4) dont le résumé (en anglais et en français) peut être consulté ici. Nous la remercions beaucoup d’avoir écrit pour le blog de l’Ataa cet article complémentaire, centré sur la première scène du film.

Le doublage de la première scène d’Inglourious Basterds (Tarantino, 2009) -
Traduction, conventions et cohérence narrative

Nolwenn Mingant (Université Sorbonne nouvelle-Paris 3)

En 2009, Quentin Tarantino met les langues au cœur de son film Inglourious Basterds. Situé en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, le film met en scène des personnages américains, anglais, allemands et français, joués par des acteurs de ces pays. Il est important pour le réalisateur que chacun parle de façon authentique la langue de son personnage. Les dialogues en anglais, allemand, français et italien s’entremêlent alors dans une œuvre qui a tout d’un casse-tête pour les traducteurs. Car la langue n’est pas seulement là pour donner une allure authentique au film, elle joue un rôle narratif et thématique central. Dès la première scène, une rencontre d’une vingtaine de minutes entre l’officier allemand Landa et le paysan français, Lapadite, Quentin Tarantino établit les codes qui guideront son film. L’analyse de cette scène et des défis qu’elle a pu poser au moment du doublage en français est riche d’enseignements non seulement pour le film dans son ensemble, mais pour les pratiques de doublage en général.

ingbas00

Au premier abord, la scène d’ouverture suit les conventions classiques utilisées à Hollywood. La langue française est utilisée pendant les cinq premières minutes, accompagnée de sous-titres. Puis, une remarque habile de la part de l’officier allemand permet de passer à l’anglais : il déclare ne pas parler assez bien français pour continuer la conversation dans cette langue et propose de passer à l’anglais. Cette convention fait appel à une attitude traditionnelle de la part du spectateur anglophone : la suspension volontaire de l’incrédulité. Il lui paraît tout à fait crédible que le militaire allemand et le paysan français parlent couramment anglais. Seule une pointe d’accent vient rappeler, à nouveau de façon très codifiée, l’origine nationale des personnages. L’origine de cette convention est bien entendu d’assurer le confort du spectateur anglophone en faisant parler les personnages dans sa langue.

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2012 22
avr

Inglourious Basterds poster

Le film de Quentin Tarantino Inglourious Basterds (2009) est un objet d’étude passionnant pour quiconque s’intéresse aux langues. Parce qu’il mêle quatre idiomes, en donnant une importance à peu près équivalente à trois d’entre eux (l’anglais, le français et l’allemand – la présence de l’italien étant plus anecdotique), d’abord, mais aussi parce que ces langues jouent un rôle essentiel dans l’intrigue et les thématiques du film, et ne sont pas un simple élément de réalisme ou de vraisemblance.

Sans surprise, cette œuvre pose donc des problèmes ou en tout cas des questions quant à son adaptation vers d’autres langues que l’anglais. Aussi, l’équipe de rédaction du blog de l’ATAA s’est penchée sur ces problématiques et proposera ces prochaines semaines une série de billets autour de ce film.

Le premier est un article écrit en février 2010 par l’universitaire britannique Carol O’Sullivan pour son blog MA Translation Studies News destiné aux étudiants en traduction de l’université de Portsmouth. Rédigé en anglais, il est intitulé « Tarantino on Language and Translation ». Un grand merci à son auteure, qui nous a autorisés à le traduire en français.


Langues et traduction chez Tarantino


Je viens de revoir le film Inglourious Basterds de Quentin Tarantino et j’ai eu envie de partager mes émotions sur ce blog. Les critiques du film ont été mitigées. L’un des critiques en qui j’ai le plus confiance l’a qualifié de « exaspérant de nullité et suprêmement décevant ». La scène principale, selon lui, est aussi insoutenable qu’interminable ; il a même déclaré que le film était un immense bide dans la carrière du réalisateur.

En allant le voir au cinéma, je ne m’attendais pas à grand-chose. Ou plutôt je m’attendais à voir un film de mauvais goût, violent, sans rythme, avec des dialogues distanciés et d’inévitables références  à la culture de masse. J’ignorais que le sujet même du film était la traduction.

(Attention, ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue)

Des critiques de cinéma, comme Jim Emerson, ont fait remarquer que le film était sciemment divisé en cinq chapitres ayant pour points de mire successifs les différents personnages, le Colonel SS Hans Landa, le bataillon juif de l’armée américaine dénommé « les Bâtards », puis la rescapée juive propriétaire d’un cinéma, Shosanna Dreyfus. Les 147 minutes du film sont truffées de références à des films sur la Seconde Guerre mondiale et à l’histoire du cinéma en général, ce qui est  typiquement « Tarantinien ».

La raison pour laquelle j’avais tout d’abord voulu le voir était son caractère multilingue dont on m’avait parlé – et que j’ai pu constater ; de longs échanges en français, en anglais, en allemand et quelques passages d’italien sont sous-titrés. La plupart des personnages (Landa, Lapadite, Zoller, Hicox, von Hammersmark, Stiglitz et Wicki) parlent couramment plusieurs langues. Les différentes langues parlées dans le film rappellent d’autres films sur la Seconde Guerre mondiale comme Le Jour le plus long (1962), L’Express du Colonel Von Ryan (1965), La Bataille d’Angleterre (1969) et Un pont trop loin (1977) ; mais ce n’est pas la seule juxtaposition des langues qui fait de la traduction un thème important dans le film.

Le film démarre sur un dialogue en français sous-titré en anglais. Le Colonel Hans Landa, surnommé « le Chasseur de Juifs »,  interroge cordialement Perrier Lapadite, un fermier français méfiant. Son français est recherché et aisé. Il ponctue ses phrases de conditionnels, de subjonctifs, et s’exprime dans un langage affecté. Une ferme n’est pas une ferme, c’est une « exploitation laitière » et ainsi de suite… Au bout d’un certain temps, Landa annonce sans qu’on y croie un seul instant, et dans un français toujours impeccable, qu’il a épuisé son vocabulaire, et demande s’il est possible de poursuivre la conversation en anglais :

COLONEL LANDA : Monsieur LaPadite, je suis au regret de vous informer que j’ai épuisé l’étendue de mon français. Continuer à le parler si peu convenablement ne ferait que me gêner. Cependant, je crois savoir que vous parlez un anglais tout à fait correct, n’est-ce pas?
PERRIER : Oui.
COLONEL LANDA : Ma foi, il se trouve que moi aussi. Puisque nous sommes ici chez vous, je vous demande la permission de passer à l’anglais pour le reste de la conversation.
PERRIER : Certainement.

Ce procédé un peu facile permettant au dialogue de passer à l’anglais est un clin d‘œil aux « excuses » narratives destinées à permettre l’usage de l’anglais hors contexte dans les films de Hollywood. Nous découvrons cependant un peu plus tard que l’anglais a ici  un autre but, celui de faire croire aux réfugiés juifs cachés dans la ferme qu’ils sont en sécurité. Selon David Bordwell, cette scène d’ouverture, qui dure dix-huit minutes, est bien plus longue que sa fonction narrative ne l’exigerait. En prolongeant l’usage du français et en attirant l’attention du spectateur sur le passage à l’anglais (suivi d’un retour au français à la fin de la scène) le film semble revendiquer son appartenance à une tradition cinématographique où la traduction joue un rôle mineur pour mieux affirmer le contraire un peu plus tard.

La traduction permet de relier Inglourious Basterds à d‘autres films traitant  du même thème, mais c’est aussi une sorte de dispositif qui fait démarrer l’intrigue avec le massacre des Dreyfus et l’évasion de Shosanna.

La traduction continue de structurer la narration tout au long le film. Au chapitre suivant, nous voyons les Bâtards interroger une patrouille allemande. Raine offre au prisonnier, le Sergent Rachtman, les services non pas d’un, mais de deux interprètes : Wicki, le réfugié autrichien et Hugo Stiglitz, le transfuge allemand. Rachtman se fait un plaisir d’utiliser l’anglais pour signifier son refus de collaborer,  mais il faudra l’aide d’un interprète pour interroger Butz, le soldat terrifié qui ne parle pas anglais.  Dans cette scène, les mouvements de caméra viennent souligner l’importance cruciale de la traduction. La caméra, sur Raine au moment où il pose une question en anglais, glisse rapidement vers l’interprète Wicki qui traduit, puis vers Butz qui répond. Au retour, la caméra s’arrête  à nouveau sur l’interprète. Ceci à plusieurs reprises.

De retour à Paris, la conversation entre Goebbels et Shosanna au restaurant est traduite par Francesca, l’interprète de Goebbels. Francesca n’est pas un personnage de premier plan mais un insert de deux ou trois secondes lui donne une importance sur le plan thématique. Ce plan, gratuit en apparence, la montrant en train de faire l’amour avec Goebbels, replace Francesca dans la longue tradition des linguistes et interprètes ‘érotisés’ à l’écran (voir Le Mépris, American Gigolo, The Pillow Book). La scène est brutale, et par sa brièveté, elle discrédite le rôle de l’interprète ainsi que son point de vue. D’ailleurs, dans un film si riche en personnages polyglottes, sa présence est superflue.

C’est dans la quatrième partie du film que l’importance de la langue est vraiment mise en évidence. C’est parce qu’il parle allemand couramment que l’officier anglais, Archie Hicox, est choisi pour diriger l’opération alliée qui projette de bombarder le cinéma. Dans la scène interminable de la taverne tournée intégralement en allemand, la langue parlée par Hicox est soumise à un examen scrupuleux. C’est son accent et sa gestuelle qui finissent par le trahir. La langue comme élément crucial de l’intrigue renvoie à des films comme La Grande Evasion (lorsque le personnage joué par Gordon Jackson est capturé car il répond machinalement en anglais à un officier allemand) mais aussi à de nombreux films sur la Seconde Guerre mondiale où la question de la langue est traitée avec plus de légèreté.

La langue est tout aussi importante dans la cinquième et dernière partie du film quand le multilinguisme s’effondre. Raine et deux des Bâtards, déguisés en Italiens, tentent d’infiltrer la réception de la première du film bien qu’ils ne parlent pas trois mots d’italien. (La remarque sardonique de Bridget von Hammersmark à propos des compétences linguistiques médiocres des personnages américains est un clin d’œil de plus aux impairs linguistiques du cinéma hollywoodien). Lorsque Landa, non content de parler un allemand courant ainsi qu’un anglais et un français remarquables, se met à parler l’italien à la perfection, la mission semble tout près d’échouer. Mais comme souvent, celui qui change de langue, change de camp. Landa quitte le cinéma avec l’intention de passer un marché avec les Alliés, et c’est la fin du multilinguisme.

En manipulant de manière délibérée les codes linguistiques, Inglourious Basterds se fait l’écho d’une tendance de fond qui amène le cinéma américain à mélanger de plus en plus librement les langues. A ce titre, l’originalité linguistique du film tient moins au principe du mélange qu’à la complexité de ce dernier. Et cette complexité m’a plu, car elle permet au film de jouer avec le langage, bien sûr, mais aussi de parodier les conventions hollywoodiennes en matière de représentation de l’altérité linguistique, et de démontrer de manière magistrale comment cette altérité même peut devenir le moteur du récit, susciter le rire ou le suspens, et contribuer à définir l’identité des personnages. De nombreux critiques ont affirmé que Inglourious Basterds était un film qui parlait avant tout du cinéma. C’est peut-être vrai, mais il est curieux que personne n’ait jugé bon de relever que ce film parle au moins tout autant des langues et, surtout, de la traduction au cinéma.

Carol O’Sullivan

Traduit par Sophie Goldet et l’équipe du blog

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2012 22
fév

sft interpretation

On ne présente plus la brochure de la Société française des traducteurs « Traduction : faire les bons choix », un guide exhaustif et intelligent destiné aux acheteurs de traduction. La SFT en a publié fin 2011 une version actualisée que l’on peut consulter en ligne ici.

Mais ce n’est pas tout, car la brochure a désormais son pendant pour l’interprétation : intitulé (on vous le donne en mille) « Interprétation : faire les bons choix », cet opuscule est lui aussi disponible sur le site de la SFT.

Par ailleurs, signalons que la prochaine Matinale de la SFT sera consacrée à la retraite des traducteurs. Une question à laquelle il est bon de penser avant l’âge de la retraite, car comme le rappellent nos confrères, « à 25, 40, 55 ans… ça se prépare ». Si les modalités de cotisation au régime de retraite diffèrent entre le statut libéral et le statut d’auteur, gageons que cette Matinale sera tout de même l’occasion de glaner des informations intéressantes sur cette question qui nous concerne tous.

Date : samedi 25 février à 10 h 00, accueil à partir de 9 h 30.
Lieu : Café du Pont-Neuf – 14, quai du Louvre – 75001 Paris (M° Pont-Neuf/RER Châtelet)

Inscriptions et informations complémentaires sur cette page.

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2012 21
jan

Lors de la dernière réunion publique organisée par l’Ataa à la Scam, le 8 novembre 2011, Caroline Hartman a présenté les résultats d’une enquête menée auprès des traducteurs/adaptateurs travaillant vers une langue autre que le français. Voici une synthèse des réponses collectées.

Ce questionnaire a été adressé à la fin de l’été 2011 à 100 adaptateurs et a recueilli 66 réponses.

Question 1 : Es-tu inscrit à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, l’organisme collecteur chargé de reverser aux adaptateurs de l’audiovisuel les droits d’auteur relatifs au doublage et au sous-titrage des films de long métrage, des fictions ou des séries diffusées au cinéma, à la télévision ou sur DVD) ?

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Si « non », est-ce :
a) par manque de temps ?
b) parce que tu ignorais que tu pouvais t’inscrire à la Sacem ?
c) parce que la Sacem t’a fait savoir que tu n’y avais pas droit ?
d) autre

Pas inscrites à la Sacem

Si oui, est-ce pour :
a) des diffusions sur TV5
b) des DVD-multilingues
c) les deux
d) autre

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Conclusion : trop peu d’adaptateurs vers des langues étrangères sont inscrits à la Sacem, alors qu’ils en ont tout à fait le droit et peuvent percevoir des droits sur les diffusions TV5 et sur les DVD multilingues commercialisés en France et dans les pays étrangers dont les sociétés d’auteur ont signé un accord de réciprocité avec la Sacem. Ce questionnaire aura permis de sensibiliser les traducteurs à la question, de les aider à identifier les programmes sur lesquels ils peuvent toucher des droits, et de les encourager à adhérer à la Sacem.

La répartition des droits sur VOD (vidéo à la demande), souvent proposée avec un choix de sous-titres ou de doublages dans plusieurs langues, sera l’un des prochains combats à mener auprès de la Sacem.



*****


Question 2 : T’es-tu inscrit(e) à la Scam (Société civile des auteurs multimedia, la société d’auteurs qui répartit les droits sur les doublages et sous-titrages de documentaires) ?
a) oui
b) non

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Très peu d’adaptateurs vers une langue étrangère sont adhérents de la Scam, et aucun d’entre eux ne touche de droits d’auteur sur des adaptations vers une langue étrangère. Ceci est principalement dû au fait que cette société d’auteurs ne répartit pas ou peu les droits sur les documentaires édités en DVD, alors que ces adaptations relèvent bien de son répertoire. Les adaptateurs vers des langues autres que le français comptent se joindre à leurs confrères de langue française pour faire avancer ce dossier.



*****


Les deux questions suivantes avaient pour but de faire connaître l’Ataa et le Snac (Syndicat national des auteurs et des compositeurs).

Question 3 : Es-tu membre de l’Ataa ?
a) oui
b) non

Question 4 : As-tu adhéré au Snac ?
a) oui
b) non

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Seul un faible pourcentage d’adaptateurs est adhérent du Snac. Il faut dire que ce syndicat, qui défendait auparavant les intérêts des adaptateurs « vers le français », n’a que très récemment changé ses statuts pour prendre en compte plus largement les auteurs de « dialogues et commentaires d’œuvres audiovisuelles dans une langue différente de celle du tournage ».



*****


Question 5 : Vers quelle(s) langue(s) traduis-tu ?

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A partir de quelle(s) langue(s) ?

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L’éventail de langues représentées est vaste ! C’est l’occasion de rappeler que même dans le cas d’une adaptation vers le français, il est toujours préférable de faire appel à un spécialiste de la langue étrangère considérée, plutôt que de passer par ce que l’on appelle une « traduction relais » (faire adapter un film à partir d’une liste de sous-titres réalisés préalablement dans une autre langue, souvent l’anglais) pour des raisons de budget ou de temps. L’adaptateur de langue française peut au besoin travailler en binôme avec son confrère spécialiste de la langue « rare » en question si celui-ci ne manie pas parfaitement le français (à ce sujet, voir aussi la p. 21 de la brochure de l’Ataa « Faire traduire une oeuvre audiovisuelle« ), et les deux traducteurs peuvent alors signer l’adaptation ensemble. Sans oublier qu’il existe des adaptateurs parfaitement bilingues qui travaillent dans les deux sens, et d’autres qui prennent eux-mêmes l’initiative de se faire relire par un confrère de langue maternelle française.



*****


Question 6 : Tu fais :
a) doublage
b) sous-titrage
c) voice-over
d) traduction avant doublage français

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Ce questionnaire a permis à un certain nombre d’adaptateurs vers des langues autres que le français de se réunir et d’échanger sur ces questions : un plus pour renseigner d’autres confrères, faire circuler les informations et aller vers la résolution de certains problèmes communs à tous les adaptateurs, quelle que soit leur langue maternelle.

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2011 21
déc

the prosperous translator

Voici une deuxième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite cette fois par Raphaëlle Antczak. Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici.

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

Je suis sur le point d’entamer une année sabbatique en Amérique latine et je cherche des moyens de financer ce projet. Je parle bien espagnol mais pas couramment et, en tant qu’étudiant en lettres modernes, mon anglais écrit est correct : j’ai le sens de la tournure et de la langue. Je reconnais que je ne pourrais pas exiger un tarif aussi élevé qu’un traducteur professionnel et qu’aucune agence de traduction ne sera prête à m’engager, mais où puis-je trouver du travail pour jeunes traducteurs amateurs ? Rien ne me paraîtra trop ennuyeux ou mal payé. Toute suggestion serait la bienvenue.

Yannick Sabb’attage

Réponse :

Cher Sabb’attage,

Manque de chance, votre lettre est arrivée juste après la mise sous presse du dernier numéro. Nous sommes prêtes à parier que vous lisez ces lignes dans un cybercafé du centre de Quito, avec votre billet de retour non-échangeable et non-remboursable daté du 30 mars prochain planqué dans le tiroir de votre bureau à l’auberge de jeunesse où vous séjournez. On vous voit d’ici déguster un batido de naranjilla avec, dans votre sac, quelques textes à traduire en urgence pour Traducciones Acme.

Notre conseil : reconsidérez votre projet. Pas le fait de prendre une année sabbatique, bien sûr. Se donner un an pour voir le monde avant de commencer ses études est une idée grandiose. Mais votre objectif premier à ce stade de votre vie et de votre formation devrait être de vous immerger 24 heures sur 24 dans une culture et une langue étrangères. Ce qui veut dire fréquenter des gens du pays tous âges confondus, parler uniquement espagnol et vous forger une expérience qui vous sera utile à l’université puis dans la jungle professionnelle.

La seule façon d’y arriver est d’éviter les expatriés, or vous êtes sûr de tomber entre leurs griffes si vous franchissez le seuil d’une agence de traduction.

Vous avez besoin d’argent ? Renseignez-vous autour de vous : si vous aimez les enfants, devenez baby-sitter (un excellent moyen de parfaire vos compétences en langues étrangères). Soyez serveur. Faites-vous embaucher comme cuisinier dans l’équivalent local du fast-food. Faites les vendanges. Gonflez-vous les biscotos et postulez en tant que videur dans un club de salsa. Mais quoi que vous fassiez, vivez et parlez en espagnol, uniquement en espagnol.

Si nous nous sommes trompées et que vous dormez sous un pont sans perspective de rémunération autre que l’exploitation de votre langue maternelle, nous vous conseillons de donner des cours de conversation plutôt que de vous lancer dans la traduction bradée. Les échanges oraux et directs vous permettront de tirer un maximum de votre louable énergie et de votre assurance balbutiante (« en tant qu’étudiant en lettres modernes, mon anglais écrit est correct »). Mieux, puisque les conversations sont par nature éphémères, elles présentent moins de risques pour les clients qui, même s’ils s’adressent aux prestataires les plus bas de gamme, méritent un rendu quelque peu supérieur au travail d’un étudiant.

FF & AO

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2011 29
sept

the prosperous translator

Comme nous l’avions annoncé dans le billet qui présentait The Prosperous Translator il y a quelques mois, son auteure Chris Durban nous a donné l’autorisation de traduire et de publier une sélection de chroniques issues de l’ouvrage.

Voici la première ! Sa traduction en français est l’œuvre d’Anaïs Duchet ; le texte original en anglais est à la suite.

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

J’ai pris le statut d’indépendant il y a un an, et je travaille désormais à domicile. Malgré le temps que j’ai gagné sur les trajets, je me sens moins productif. La faute à mes voisins, à mes amis et même à mes proches envahissants qui débarquent à toute heure pour prendre le café. Deux ou trois fois par jour, j’y ai droit : « Je passais dans le coin, alors je viens te faire un petit coucou. » J’essaie de leur faire comprendre que je suis occupé, mais ils n’ont pas l’air de saisir, et je n’ai pas envie d’être désagréable. Driinggg ! Encore une visite. Comment faire ?

Toc Toc

Réponse :

Cher Toc,

Notre conseil : ne vous laissez pas envahir. Ouvrez la porte avec un grand sourire, en disant : « C’est sympa d’être passé(e), mais là, je ne peux pas, je suis en ligne avec un client. Désolé, à plus ! » Puis faites-lui au revoir de la main et refermez la porte derrière vous. Vous pouvez toujours le ou la rappeler ou l’inviter à venir prendre un verre une fois votre travail terminé.

Si vous avez peur de manquer d’aplomb, installez un téléphone à côté de votre porte d’entrée, que vous vous collerez à l’oreille chaque fois que quelqu’un sonne. Cette petite mise en scène pourra vous aider à être plus convaincant.

Sans cela, nous ne voyons qu’une autre solution : faire salon la journée et travailler la nuit… Mais est-ce vraiment ce que vous voulez ?

FF & AO

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2011 15
août

revue-de-presse

L’équipe du blog de l’Ataa a décidé de présenter désormais une revue de presse consacrée aux métiers de la traduction/adaptation audiovisuelle, afin de rendre compte des articles et billets de blog intéressants qui paraissent à ce sujet.

Bonne lecture !

  • Vu sur 20minutes.fr (5 mai 2011) : « Thanksgiving sait rendre dinde les séries américaines », un article de Benjamin Chapon (ça ne s’invente pas) sur la traduction ou non du nom de la fête de Thanksgiving dans les séries américaines diffusées en France, avec une interview de deux auteures de sous-titrages de séries.

  • Dans son billet « Potiche », la traductrice-blogueuse Céline Graciet (qui vit outre-Manche) évoquait le 20 juin dernier la sortie au cinéma de la version sous-titrée du film Potiche (François Ozon, 2010), et notamment la délicate traduction de son titre. Le billet existe également en version anglaise.

  • On pourra consulter en complément une interview en anglais de Sionann O’Neill, qui a signé les sous-titres anglais de Potiche (San Francisco Chronicle, 5 avril 2011).

  • « La mauvaise réputation » est un billet écrit par une auteure de doublage (« La blogueuse était en rose ») début juillet. Il revient sur les idées reçues du grand public à l’endroit du doublage de fiction et les critiques dont font souvent l’objet les versions doublées.

  • Sur le site ABCNews.com, l’article de Glenn Whipp « Studios Try to Lessen What’s Lost in Translation » aborde la question des références culturelles et des subtilités de niveaux de langues qui passent parfois à la trappe lors de la traduction des films (18 juillet 2011 – en anglais).

  • Sur SlateAfrique.com, un article intitulé « Quel arabe pour faire parler Harry Potter ? » et mis en ligne le 28 juillet dernier s’interroge sur la variante d’arabe dialectal à choisir pour les films et séries distribués en version doublée dans le monde arabe. L’article original, en anglais, est plus détaillé et peut être consulté sur le site du Wall Street Journal (« Why Harry Potter’s Latest Trick Is to Speak a Syrian Dialect », Bill Spindle, 25 juillet 2011).

  • Enfin on pourra lire « Read My Lips », un article assez généraliste sur l’art du sous-titrage d’Amulya Gopalakrishnan repéré sur le site IndianExpress.com (7 août 2011).


Revue de presse préparée par Samuel Bréan

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2011 15
fév

À lire !

À lire !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le quotidien du traducteur indépendant sans jamais oser le demander, quelqu’un l’a vraisemblablement déjà demandé à Fire Ant et Worker Bee, alias Chris Durban et Eugene Seidel, deux traducteurs chevronnés qui tiennent depuis 1998 une chronique intitulée « The Bottom Line » dans la revue en ligne Translation Journal. Le principe : une question posée par un lecteur (traducteur, étudiant intéressé par la traduction, acheteur de traductions, etc.), à laquelle Fire Ant et Worker Bee, la fourmi et l’abeille, apportent une réponse pratique agrémentée de réflexions de bon sens.

The Prosperous Translator, publié en octobre 2010, propose au lecteur de retrouver ces chroniques classées par grands thèmes : les débuts du traducteur indépendant, le métier au quotidien, les rapports entre clients et fournisseurs, la question des tarifs, la prospection, la déontologie, la qualité de vie, etc.

Si l’on excepte deux questions portant spécifiquement sur le sous-titrage, il faut avouer que la traduction/adaptation audiovisuelle n’est pas au cœur de l’ouvrage, qui semble s’adresser davantage aux traducteurs dits « techniques ». Pourquoi évoquer ce livre sur ce blog, alors ? Parce qu’à bien y regarder, la plupart des thèmes abordés par les auteurs concernent toutes les spécialités de la traduction. Qu’il s’agisse de la nécessité de signer son travail, de l’attitude à adopter face à certaines exigences déraisonnables posées par les acheteurs de traduction, de la chute des tarifs, de l’opportunité de recommander un confrère, de l’art de la négociation ou encore de la délicate question des traducteurs travaillant vers une langue qui n’est pas leur langue maternelle, The Prosperous Translator fournit quelques piqûres de rappel fort salutaires et de précieux conseils.

Résolument pragmatiques (et pas toujours tendres), les auteurs prennent le contrepied de la morosité ambiante et rappellent qu’il n’y a qu’une solution possible pour arracher le secteur de la traduction au marasme dans lequel il se trouve : la sortie par le haut. Vous croulez sous le travail ? Augmentez vos tarifs. Vous perdez vos clients à la concurrence roumaine, indienne ou coréenne ? Changez de clientèle-cible, visez des acheteurs de traduction intéressés par la qualité de votre travail, pas par le prix défiant toute concurrence de vos prestations. Vous êtes dans un creux d’activité ? Profitez-en pour prospecter sérieusement et muscler votre marketing. Vous vous sentez trop timide pour aller frapper à la porte des entreprises susceptibles de vous confier des traductions ? Personne ne fera ce travail à votre place. Et le reste est à l’avenant.

Alors certes, bien des traducteurs de l’audiovisuel soupireront en lisant certains conseils récurrents. « Augmentez vos tarifs », au hasard, semble une injonction bien illusoire à l’heure où il semble déjà difficile de maintenir ses tarifs sans baisse d’une année sur l’autre. Mais n’est-ce pas le signe que l’on marche sur la tête et qu’il est vraiment temps que chacun se donne les moyens d’y remédier ? Oui, The Prosperous Translator a parfois un côté « donneur de leçons » qui peut agacer. Mais c’est avant tout un livre qui fait du bien, donne envie de ne pas baisser les bras et rappelle que la traduction n’est pas qu’un métier passionnant exercé avec amour par des linguistes talentueux : c’est aussi un business, avec des segments de marché plus ou moins lucratifs, une concurrence qu’il convient d’aborder avec hauteur de vue et discernement, et des clients qui ont besoin des compétences des traducteurs. Enfin, son ton vivant et plein d’humour en fait un ouvrage très agréable à lire, ce qui ne gâte rien.

Pour clore cet article, une bonne nouvelle et un conseil :

  • Une sélection de lettres issues de The Prosperous Translator sera publiée à l’avenir sur le blog de l’Ataa après traduction en français, selon un rythme qui reste à définir. Un grand merci à Chris Durban qui a donné son accord pour ce projet.

  • Si vous souhaitez vous procurer The Prosperous Translator, n’hésitez pas à passer directement par Lulu.com, la plateforme de publication utilisée pour éditer cet ouvrage, plutôt que par un autre revendeur qui prélèvera une part plus importante de la marge des auteurs.

The Prosperous Translator: Advice from Fire Ant & Worker Bee, compiled and edited by Chris Durban, FA&WB Press, 2010, 280 pages.

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