preload
2016 14
jan

LE « FILM LE PLUS MAL DOUBLÉ DE L’HISTOIRE » :
COMMUNIQUÉ OFFICIEL DE L’ASSOCIATION DES TRADUCTEURS ET
ADAPTATEURS DE L’AUDIOVISUEL

Paris,  le  14  janvier  2016  — L’Association  des  Traducteurs  et  Adaptateurs  de  l’Audiovisuel (ATAA), a découvert avec consternation « le film le plus mal doublé de l’Histoire », présenté aujourd’hui par Patrick Cohen dans la matinale de France Inter, en écho à un billet publié hier sur le site des Inrocks.

Depuis bientôt dix ans, l’ATAA se bat pour défendre les métiers de l’adaptation audiovisuelle, dont le doublage, et œuvrer à leur reconnaissance et à leur valorisation. Notre association regroupe des professionnels  qualifiés,  qui  signent  et  s’engagent  à  respecter  un  code  de  déontologie  strict.

Quelle que soit la qualité de l’œuvre d’origine (Dumbbells, de Christopher Livingston) et sans préjuger des intentions et des circonstances qui ont abouti au doublage calamiteux présenté par la presse, nous déplorons qu’un distributeur et un diffuseur tel que Netflix (qui semble avoir retiré ledit doublage dans la nuit) puissent proposer au public francophone un travail aussi médiocre, qui s’expose, même volontairement, au ridicule et nuit ainsi à toute une profession.

Pour observer depuis plusieurs années la spectaculaire dégradation de nos conditions de travail et la chute vertigineuse des tarifs, qui poussent de nombreux professionnels à mettre la clé sous la porte, nous restons curieux de savoir si le doublage de Dumbbells résulte d’un bâclage motivé par un pur
souci d’économie poussé à l’extrême ou s’il faut y voir une œuvre parodique, à prendre au second degré.

Dans tous les cas, nous y voyons le signe d’un mépris ostensible envers le public et d’un travail de sape contre une profession déjà fragilisée par la course aux profits et les atteintes au droit d’auteur.

L’ATAA salue tous les professionnels de la traduction et de l’adaptation qui œuvrent, dans l’ombre le plus souvent, à rendre les œuvres audiovisuelles accessibles au plus grand nombre et, ainsi, à maintenir et développer la diversité culturelle.

Un hommage leur sera rendu lors de la cérémonie de remise des Prix de l’ATAA, le 29 janvier, durant laquelle seront distinguées plusieurs adaptations remarquables en doublage et sous-titrage de l’année 2015.

À propos de l’ATAA

Fondée en 2006 par des traducteurs professionnels, l’Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel  (ATAA)  compte  aujourd’hui  plus  de  250  adhérents.  Elle  rassemble  des traducteurs/adaptateurs français  et  étrangers,  exerçant dans  les domaines  du sous-titrage et  du doublage d’œuvres de fiction et de documentaires. Ses objectifs se déclinent en quatre grands axes : fédérer les adaptateurs de l’audiovisuel, souvent isolés, et leur permettre de dialoguer et d’échanger des informations ; sensibiliser le grand public aux  enjeux  de  l’adaptation  audiovisuelle  ;  représenter  les  traducteurs/adaptateurs  auprès  des institutions (Sacem, Scam, Agessa, CNC, ministères) et valoriser le métier et instaurer un dialogue avec tous les acteurs concernés (prestataires techniques, distributeurs, chaînes de télévision, éditeurs
vidéo) pour promouvoir la qualité des traductions.

À propos des Prix de l’ATAA

Créés en 2010, les Prix de l’ATAA (Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel) visent à récompenser l’excellence de l’adaptation audiovisuelle. Ils sont décernés tous les ans dans quatre catégories : sous-titrage d’un film tourné en anglais, sous-titrage d’un film non anglophone, doublage d’un film d’animation et doublage d’un film en prises de vue réelles.
Les films en compétition sont sélectionnés par l’ATAA et par les membres de deux jurys, composés d’auteurs,  professionnels  des  sociétés  de  distribution,  directeurs  artistiques,  journalistes,  etc.
L’édition 2016 des Prix de l’ATAA aura lieu le 29 janvier à la SACEM.
Des Prix concernant le sous-titrage et le doublage des séries télévisées et des documentaires sont également en préparation.

2016 05
jan

AGESSA : augmentation des cotisations au 1er janvier 2016

logoAgessa

Depuis le 1er janvier 2016, la cotisation « Sécurité sociale » (maladie + vieillesse déplafonnée) est passée de 1,05% à 1,10 % du montant brut des droits d’auteur. Pensez à modifier vos modèles de NDA.

Soit :

• assurances sociales (1,10% x montant brut)

• CSG (7.5% x 98.25% x montant brut)

• CRDS (0.5% x 98.25% x montant brut)

• Contribution auteur formation professionnelle (0.35% x montant brut)

Retrouvez toutes les informations détaillées sur le site de l’AGESSA.


2015 17
déc

Merci à Diane Bardinet pour la traduction de ce billet paru sur le site de l’ATRAE (Asociación de Traducción y Adaptación Audiovisual de España).

index

« Le sous-titrage n’est pas un hobby.

Communiqué face au sous-titrage non-professionnel lors du festival Casa Asia Film Week

Au lendemain de la clôture du festival de cinéma Casa Asia Film Week, le 15 novembre 2015, l’ATRAE (Asociación de Traducción y Adaptación Audiovisual de España) a tenu à montrer sa totale désapprobation concernant le sous-titrage en langue catalane de plusieurs films projetés lors du festival, et qui répondait à l’appel à volontaires lancé par ses organisateurs, le centre Casa Asia et les salles Cinemes Girona par le biais de l’organisation Plataforma per la Llengua.

À travers ce billet, nous nous joignons à ceux déjà émis par l’APTIC (Associació Professional de Traductors i Intèrprets de Catalunya) et par l’AELC (Associació d’Escriptors en Llengua Catalana), et dénonçons une pratique qui tire avantage de ceux qui croient à la défense et à la promotion du catalan et qui a porté jusqu’aux salles de cinéma le produit de fansubs, sous-titrages amateurs de qualité douteuse, sous prétexte de vouloir offrir l’adaptation en catalan de productions audiovisuelles aux moyens de distribution limités sur le territoire espagnol.

À l’instar de l’Associació d’Escriptors en Llengua Catalana, nous croyons que les festivals sont une voie d’accès importante à la culture, secteur fondamental de notre civilisation, qui plus est dernièrement fort malmené. L’ATRAE défend l’altruisme et la coopération ; elle ne considère pas que les sous-titreurs et les professionnels de la traduction audiovisuelle se distinguent d’autres professions au moment d’offrir leurs services bénévolement pour la réalisation de projets non-lucratifs. Néanmoins, nous considérons qu’il est important de souligner l’existence d’excellents professionnels du sous-titrage traduisant vers le catalan, et qu’il est nécessaire que les festivals de cinéma tiennent compte dans leur budget d’une somme allouée au sous-titrage. La décision de ne pas rémunérer financièrement le sous-titrage laisse entendre que la traduction est un hobby à la portée de quiconque et non un service professionnel qui doit être rétribué convenablement. »

2015 10
déc

GetInlineLe RAAP, le régime de retraite complémentaire obligatoire des artistes-auteurs, dont relèvent les traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel, a adopté en septembre 2015 un projet de réforme qui doit encore être validé par le ministère. Le projet détaillé est consultable ici :
http://www.ircec.fr/fr/actualites-14/detail-reforme-du-raap-le-projet-vote-49

Voici les principaux éléments de ce projet :
- adoption d’un taux de cotisation proportionnel aux revenus
- montée en charge de ce taux de cotisation sur 4 ans (5 %, puis 6 %, puis 7 %, puis 8 %)
- phase de transition de 10 ans permettant de surcotiser (c’est-à-dire cotiser au moins autant qu’avant la réforme)
- taux réduit à 4 % pour les revenus inférieurs à 25 000 € par an environ
- taux réduit à 4 % sur la partie des revenus soumise à cotisation RACL pour les auteurs concernés, dont les auteurs de doublage et sous-titrage de fiction dépassant un certain montant de droits versés par la SACEM.

L’ATAA a participé aux réunions de concertation.

La réforme que le RAAP vient d’adopter, que le ministère doit maintenant valider ou non, paraît équilibrée en ceci que :

1) ceux qui veulent cotiser à 8 % dès le premier euro peuvent le faire.

2) ceux qui veulent cotiser à 4 % au motif qu’ils gagnent trop peu pour cotiser davantage peuvent aussi le faire.

Ce projet répond à deux demandes contradictoires de la part des membres du RAAP, demandes tout aussi légitimes l’une que l’autre : cotiser un maximum (vœu des designers, surtout, qui sont la première population au sein du RAAP) ou cotiser très peu (vœu des auteurs du secteur du livre, notamment).

Le plafond retenu pour bénéficier du taux réduit à 4 % est d’environ 25 000 € de revenus par an en droits d’auteur, dans un seul métier (plus exactement de 3 fois le seuil d’affiliation au RAAP). D’après le tableau publié sur le site de l’IRCEC, on pourrait gagner 25 000 € de salaire par an + 25 000 € de droits comme compositeur musique + 25 000 € de droits comme écrivain, et on pourrait encore bénéficier du taux réduit à 4 % .
D’après ce tableau, les montants de cotisation par an peuvent donc rester relativement bas.

Actuellement, les retraités du RAAP touchent en moyenne environ 90 € de pension par mois au titre du RAAP car ils ont très peu cotisé dans le passé. Un des objectifs de la réforme est de permettre aux artistes-auteurs actifs de cotiser davantage afin d’acquérir des droits à retraite complémentaire plus importants.

Bien que certains artistes-auteurs ne se déclarent pas intéressés par cette possibilité, il faut se conformer au cadre réglementaire français : la France a choisi en 1945 de mettre en place une protection sociale obligatoire pour tous. Chacun doit donc cotiser pour soi et les autres, dans un principe de solidarité nationale.

(merci à Caroline Barzilaï, auteur adhérente de l’ATAA, d’avoir rédigé ce point complet)

tags:
2015 09
déc

1412598087Dans le cadre des séminaires TRACT 2015-2016, organisés par l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, Jean-François Cornu, traducteur/adaptateur de l’audiovisuel, sera invité à parler de son livre Le doublage et le sous-titrage, histoire et esthétique (P. U. de Rennes).

Cette rencontre aura lieu le jeudi 10 décembre, de 17h30 à 19h, sur le site Censier de l’Université, 13 rue Santeuil dans le 5e arrondissement (salle Las Vergnas, 3ème étage).

À signaler également au menu de ces séminaires : Samuel Bréan, traducteur audiovisuel, membre fondateur de l’ATAA, interviendra le jeudi 25 février 2016, de 17h30 à 19h, sur le thème : « Jean-Luc Godard traduit/traduisant : logiques et paradoxes d’un auteur ».

IMPORTANT : pour des raisons de sécurité, les personnes extérieures à l’Université Paris 3 qui souhaiteraient assister aux séminaires doivent se signaler à Bruno Poncharal, co-organisateur (bruno.poncharal@orange.fr)  pour pouvoir entrer dans le bâtiment.

2015 25
nov

3d-andrei_zviaguintsev_4dvd.0

Pour la sortie du coffret 4 films d’Andreï Zviaguintsev (Le Retour, Le Bannissement, Elena et Leviathan), le distributeur Pyramide Vidéo a demandé à Joël Chapron, adaptateur en sous-titrage de ces films (et lauréat du Prix de l’adaptation en sous-titrage 2013-2014 de l’ATAA pour son travail sur The Major (Zootrope Films), long métrage russe), de rédiger un texte sur son processus créatif et les problématiques rencontrées. Vous pourrez le retrouver dans le livret de l’édition DVD du coffret, disponible dès le 01/12/2015.

« ZVIAGUINTSEV, EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE

Sous-titrer un film n’est pas tâche anodine. Si traduire, c’est trahir un peu, sous-titrer, c’est adapter beaucoup – d’où le terme d’adaptateur que revendiquent les sous-titreurs de films. Il faut, de fait, jongler avec la vitesse d’élocution des personnages, se soumettre aux contraintes de la vitesse de lecture des spectateurs du film, permettre à ces spectateurs d’identifier sur-le-champ non seulement le locuteur mais aussi celui dont on parle (ce qui, en russe, compte tenu des nombreux diminutifs qu’offrent les prénoms, rend l’opération complexe : qui sait qu’Ekaterina, Katia, Katioucha, Katenka… sont une seule et même personne ?), respecter le niveau de langue de chacun des personnages, se priver de trait de soulignement pour insister sur un mot, etc. Tous les artifices auxquels recourent les traducteurs littéraires – notes de bas de page, italique, gras, soulignement, périphrases – sont inaccessibles aux sous-titreurs, d’où cette qualification d’adaptateur.

La schizophrénie du sous-titreur tient également au fait qu’il fait passer à l’écrit un texte écrit pour l’oral. Or l’écrit nivelle l’oral, il le prive des intonations, des troncations, des emportements, des inflexions… Par manque de place, le sous-titre va, de plus, réduire l’oral (que faire des deux scènes de tribunal de Leviathan, vu la vitesse de lecture des arrêtés du jugement ?). Sous-titrer un film, c’est savoir qu’on va devoir tailler, élaguer, écourter… Les choix du sous-titreur/adaptateur sont différents de ceux du traducteur littéraire, car la place dont dispose ce dernier pour rendre au mieux les phrases qu’il a sous les yeux est infinie, alors même que celle du sous-titreur est scrupuleusement comptée.

Adapter aux sous-titres français un film d’Andreï Zviaguintsev, c’est tout d’abord pénétrer dans l’immense culture que ce quasi-autodidacte a acquise au gré de ses nombreuses lectures, c’est reprendre les diverses traductions existantes de la Bible pour y trouver les meilleures formulations correspondant à ses citations, c’est revisiter la mythologie aux sources de ses exégètes, c’est, enfin, livrer aux spectateurs français les méandres de l’indécision dans lesquels se débattent ses personnages désorientés. Andreï Zviaguintsev, l’homme, possède un vocabulaire bien plus riche que la moyenne de ses concitoyens, fussent-ils cinéastes émérites. Cette richesse induit une telle précision dans le choix des termes qu’il met dans la bouche de ses personnages qu’elle doit impérativement se retrouver dans la langue des sous-titres. La richesse de ce vocabulaire serait inutile s’il ne l’adaptait pas au niveau socio-professionnel de chacun des personnages. Du frère gangster du Bannissement aux enfants du Retour en passant par le maire de Leviathan et le fils d’Elena, Zviaguintsev balaie la société russe d’un regard clairvoyant, attribuant à chacun un registre de vocabulaire, un niveau de langue, des expressions, des hésitations, des intonations, voire des redondances, qui viennent compléter leur aspect physique, leur garde-robe, leur logement, leur voiture – tous ces détails importants qui caractérisent une personnalité. Transcrire la partie linguistique de leur être n’est pas chose aisée, tant les contraintes techniques du sous-titrage sont grandes. Il faut, de plus, ne jamais employer un mot français qui rende précisément l’acception d’un mot russe si son occurrence dans la langue française est presque inexistante, alors que le mot russe est courant. Ce mot « rare » en français déviera forcément le spectateur de son appréhension générale du film. On doit donc respecter la fréquence d’emploi d’un mot russe pour lui trouver un équivalent français de même fréquence d’emploi, fût-il sensiblement plus éloigné de l’acception du mot russe, afin de ne pas provoquer de rupture dans la lecture – un bon sous-titrage est celui qui ne se voit pas.

Si tout ce travail est censé être effectué sur tous les films, quels qu’ils soient, la responsabilité de l’adaptateur est plus grande encore lorsqu’il s’agit de grands cinéastes, dont on sait qu’ils laissent peu de place au hasard, que leurs dialogues sont généralement ciselés et que chaque mot est pesé – même si la fin de la scène chez l’avocat dans Elena est improvisée et que les paroles prononcées par l’actrice Elena Liadova furent inventées par elle durant la prise, dans le droit-fil du niveau de langue du personnage… L’archevêque et le pope rencontré à l’épicerie dans Leviathan, bien qu’ils aient la religion en partage, n’ont pas le même vocabulaire : ils n’emploient pas les mêmes mots pour parler de Dieu. Les deux enfants du Retour n’ont ostensiblement pas le même vécu que ceux du Bannissement. Même si le niveau socio-professionnel du héros de Leviathan n’est sans doute pas très éloigné de celui du fils d’Elena, l’oisiveté de ce dernier est le parfait contrepoint de l’abnégation au travail du premier. Le vide abyssal de la pensée du fils d’Elena, son inconséquence dans la conduite de sa famille – de la scène devant la télé à l’arrivée finale dans l’appartement de Vladimir (Zviaguintsev a pensé appeler son film L’Invasion des barbares, mais Denys Arcand l’avait précédé) – doivent transparaître dans le choix des mots-valises, des interjections, dans le registre de la familiarité.

Sous-titrer les films de Zviaguintsev, c’est aussi se confronter à ses choix : pour lui, comme pour de nombreux metteurs en scène, la radio, la télé, sont des éléments importants dans le champ, mais pas capitaux au point que l’on traduise ce qui s’y dit. Ma place de « transmetteur » me conduit à vouloir impérativement donner à comprendre au spectateur français ce qui s’y dit – puisque le spectateur russe, lui, le comprend. La plus banale émission de télé, parce qu’elle est choisie par le metteur en scène, joue forcément un rôle dans la scène. C’est à force de dialogue, de discussion, d’explication de points de vue, que les sous-titres finissent par voir le jour.

Mais derrière ce travail d’adaptation, de sélection des mots (en partie imposée par la longueur de ces derniers), de choix du niveau de langue et de décisions radicales prises pour le confort du spectateur français (choisir un nom ou un prénom, fût-ce un diminutif, pour chaque personnage et l’appeler ainsi tout au long du film pour ne pas égarer le spectateur, indépendamment de ce qui est dit à l’écran), il y a surtout le plaisir d’entrer de plain-pied dans une œuvre qui se construit film après film, personnage après personnage, situation après situation, et qui, à elle seule, dessine les contours d’une société en déshérence, porteuse d’une histoire millénaire, mais dont le poids semble freiner non pas le développement, mais la libération psychologique de ses citoyens, toujours enfermés dans un carcan qui les contraint.

Joël Chapron »

2015 09
nov

L’ATAA se réinvente !

Une toute nouvelle organisation vous est proposée afin de clarifier nos actions et permettre aux adhérents de s’impliquer plus facilement.

Toutes nos actions sont désormais réparties en 7 grands pôles, que voici :

Chaque pôle sera dirigé par un ou plusieurs membres du CA.

Le pôle international :

Référents CA : Estelle Renard, Ian Burley.

Ce pôle regroupe toutes nos actions destinées aux auteurs vers les langues étrangères.

ASIF, le collectif qui a rejoint l’ATAA, travaille aussi à faire reconnaître nos professions, grâce à sa pétition réalisée auprès des réalisateurs l’an dernier, par exemple.

Pôle institutions :

Référents CA : Anaïs Duchet, Sylvestre Meininger, Carole Remy, Juliette De La Cruz

Ce pôle regroupe toutes nos actions à destination des différentes institutions et des organismes.

Dans ce pôle, plusieurs projets sont menés de front.

Les auteurs sont représentés à la SCAM, grâce à Christophe Ramage, qui siège au conseil d’administration et Carole Remy, qui siège à la commission audiovisuelle.

Après plusieurs années de travail et de négociations, la Charte des bons Usages a vu le jour. Les discussions avec nos interlocuteurs, sous l’égide du CNC, se poursuivent.

Nous suivons aussi de près la réforme du RAAP, qui devrait être validée prochainement par le gouvernement. L’ATAA a pu être présente à toutes les réunions qui se sont tenues et faire entendre la voix de ses adhérents.

Enfin, notre travail auprès de la SACEM se poursuit.

Pôle formations :

Référents CA : Estelle Renard, Chloé Lamireau et Anthony Panetto

L’ATAA envoie tous les ans des auteurs dans les Masters de traduction audiovisuelle, afin d’échanger avec les étudiants et de conseiller ces futurs professionnels.

L’ATAA est aussi sollicitée par différentes universités pour des conférences sur nos métiers destinées aux étudiants en Licence. Leur apporter une information claire sur les réalités du métier permets à ces jeunes de s’orienter en toute connaissance de cause.

Par ailleurs, afin d’améliorer l’intégration des jeunes auteurs dans le marché de  la traduction audiovisuelle et les conseiller sur les bons tarifs, les bonnes pratiques, nous allons désormais organiser une journée de permanence, afin d’être présents pour répondre à toutes les interrogations qu’ils sont susceptibles d’avoir, après quelques mois d’activité. Nous aurons besoin de volontaires pour cet accueil.

L’ATAA travaille aussi sur différents projets destinés aux universités, concernant le nombre grandissant des Masters de traduction audiovisuelle.

En ce qui concerne la formation professionnelle, l’ATAA suit de près l’offre proposée aux auteurs, grâce notamment à la présence d’un de ses membres à la commission audiovisuelle de l’AFDAS.

Afin d’améliorer l’offre de formations, l’ATAA s’allie aujourd’hui à la SFT afin de développer des formations dédiées aux adaptateurs.

L’Écran traduit :

Référent CA : Samuel Bréan

L’Écran Traduit est une revue consacrée à la traduction audiovisuelle sous toutes ses formes

Son comité de rédaction est composé de 3 membres : Anne-Lise Weidmann, Samuel Bréan et Jean-François Cornu.

Toute aide ponctuelle pour des relectures et traductions, du travail éditorial ou de rédaction, de veille et réflexion sur le contenu de la revue, l’élaboration d’interviews… est la bienvenue.

Et pourquoi ne pas rejoindre le comité de rédaction ?

Vous pouvez les contacter à cette adresse : revue@ataa.fr

Et le numéro 4 vient de paraître,

il est disponible à cette adresse : www.ataa.fr/revue

Couverture-n°-4-moyen

Pôle médias :

Référents CA : Anaïs Duchet, Juliette De La Cruz, Anthony Panetto, Chloé Lamireau

Dans ce pôle, nous regroupons toutes nos actions destinées à faire parler de nous dans les médias et notre travail de présence continue sur les réseaux sociaux, un outil aujourd’hui incontournable.

L’ATAA est ainsi présente sur Facebook, Twitter et à travers son blog.

Pôle cinéma :

Référents CA : Anaïs Duchet, Sylvestre Meininger, Juliette De La Cruz

Ce pôle regroupe toutes les actions spécifiquement liées au cinéma.  On y trouve notamment les Prix de l’ATAA.

L’ATAA est aussi désormais présente à Cannes, aux côtés du SNAC et d’ASIF. Nous avons participé à une table-ronde, en mai dernier. Et cette action est appelée à se renouveler.

Un travail de sensibilisation auprès des festivals  est en cours afin de faire prendre conscience de l’importance du sous-titrage (puisque les films sont rarement doublés pour les festivals) pour la réception des œuvres dans ces festivals.

Pôle télévision :

Référents CA : Anthony Panetto, Sabine de Andria, Juliette De La Cruz

C’est le pôle réservé au petit écran. Il regroupe toutes nos actions actuelles et à venir concernant la télévision.

On y fait un travail de réflexion sur la visibilité des auteurs et de reprise de contact avec les chaînes.

On y fait aussi un travail de création et d’organisation d’événements sur les séries, tels que les Regards Croisés, participation à Série Mania, rencontres avec le grand public autour de nos métiers…

-> Vous êtes adhérent et souhaitez vous impliquer dans un de ces projets ? Contactez-nous : info@ataa.fr.

-> Vous êtes adaptateur, ne faites pas encore partie de l’association, mais souhaitez encourager ces projets ? N’hésitez plus, adhérez !

2015 04
nov

pétitionInquiets des projets actuels de réforme du droit d’auteur en Europe, des auteurs européens de livres ont rédigé une lettre ouverte aux instances européennes pour les appeler à préserver le droit d’auteur, garant de la liberté des créateurs et de la vitalité de la littérature européenne. Tous les écrivains, essayistes, nouvellistes, poètes, auteurs jeunesse, traducteurs, auteurs de BD de tous les pays d’Europe sont invités à signer la lettre ouverte en ligne, dont voici le texte intégral :

Protégez les auteurs, préservez le droit d’auteur !

Disons-le franchement : nous, les auteurs du livre, ne comprenons pas votre insistance à vouloir à tout prix « réformer » le droit d’auteur en Europe.

La Commission européenne se trompe de cible quand elle s’en prend au droit d’auteur pour favoriser l’émergence d’un « marché unique numérique », alors que le droit d’auteur est la condition sine qua non de la création des œuvres. L’affaiblir, ce serait tarir la source du marché du livre numérique avant même qu’il ne prenne véritablement son essor. Un droit d’auteur affaibli, c’est une littérature appauvrie.

Le droit d’auteur n’est pas un obstacle à la circulation des œuvres. La cession de nos droits permet à nos œuvres d’être diffusées dans tous les pays et traduites dans toutes les langues. S’il existe des freins à la diffusion, ils sont économiques, technologiques, fiscaux, et c’est bien plutôt aux monopoles, aux formats propriétaires, à la fraude fiscale, qu’il faut s’attaquer !

Le Parlement européen, en adoptant une version largement amendée du rapport de Julia Reda, a réaffirmé haut et fort l’importance de préserver le droit d’auteur et le fragile équilibre économique des filières de la création. Hélas, dans le même temps, il a imprudemment laissé la porte ouverte à de nombreuses exceptions au droit d’auteur – des exceptions qui pourraient être créées, élargies, rendues obligatoires, harmonisées par la Commission, au mépris parfois des solutions nationales qui ont déjà permis de répondre aux besoins des lecteurs et des autres utilisateurs.

En quoi la multiplication des exceptions au droit d’auteur favorisera-t-elle la création ?
À partir de combien d’exceptions (archivage, prêt numérique, enseignement, recherche, fouille de texte et de données, œuvres transformatives, œuvres indisponibles, œuvres orphelines…), l’exception devient-elle la règle et le droit d’auteur l’exception ?

Parce qu’il nous confère des droits économiques et un droit moral sur notre œuvre, le droit d’auteur est essentiel pour nous.

Il est le socle sur lequel s’est bâtie notre littérature européenne ; il est source de richesse économique pour nos pays et, par là même, source d’emplois ; il est la garantie du financement de la création et de la pérennité de l’ensemble de la chaîne du livre ; il est le fondement de nos rémunérations. En nous permettant de récolter les fruits de notre travail, il garantit notre liberté et notre indépendance. Nous ne voulons ni revenir au temps du mécénat, ni vivre d’éventuelles subventions publiques, mais bien de l’exploitation de nos œuvres. Ecrire est un métier, ce n’est pas un passe-temps.

Le droit d’auteur a permis la démocratisation du livre au cours des siècles derniers, et c’est lui encore qui, demain, permettra le développement de la création numérique et sa diffusion auprès du plus grand nombre. Hérité du passé, le droit d’auteur est un outil moderne, compatible avec l’utilisation des nouvelles technologies.

Il faut cesser d’opposer les auteurs aux lecteurs. La littérature n’existerait pas sans les premiers, elle n’a pas de sens sans les seconds. Les auteurs sont foncièrement et résolument ouverts aux changements et aux évolutions du monde dans lequel ils vivent. Ils défendent plus haut et plus fort que n’importe qui le droit à la liberté d’opinion, à la liberté d’expression et à la liberté de création. Ils sont favorables au partage des idées et du savoir, c’est leur raison d’être. Ils sont lecteurs avant d’être auteurs.

Nous, auteurs du livre européens, demandons à l’Europe de renoncer à étendre le périmètre des exceptions au droit d’auteur ou à les multiplier. L’assurance d’une quelconque « compensation » ne saurait remplacer les revenus tirés de l’exploitation commerciale des œuvres, alors même que les auteurs sont déjà victimes d’une précarité matérielle croissante. Nous demandons à l’Europe de lutter contre la tentation d’un illusoire « tout gratuit », dont les seuls bénéficiaires seront les grandes plates-formes de diffusion et autres fournisseurs de contenus. Nous lui demandons de nous aider à obtenir un meilleur partage de la valeur sur le livre, notamment dans l’univers numérique, d’interdire les clauses abusives dans les contrats et de combattre efficacement le piratage de nos œuvres.

La liberté des créateurs et la vitalité de la culture européenne dépendent aussi de vous.

Pour signer cette lettre ouverte : http://www.petitions24.net/lettre_ouverte_des_auteurs_europeens_du_livre

2015 24
oct

Couverture-n°-4-moyen

Après quelques mois de silence, L’Écran traduit, la revue de l’ATAA consacrée à la traduction et l’adaptation audiovisuelles, a le plaisir de vous annoncer la parution du quatrième numéro. Il est consultable à l’adresse suivante : http://ataa.fr/revue/

Au sommaire :

- Traduction audiovisuelle et télévision : un entretien chez Arte
- La version chinoise du Voleur de bicyclette
- La 1re partie d’un dossier « Japon et traduction » : un entretien avec Catherine Cadou et un article sur les deux sous-titrages américains du Château de l’araignée

Vous pouvez également télécharger ce numéro en intégralité au format .pdf, pour un meilleur confort de lecture. Les précédents numéros de L’Écran traduit, ainsi que les deux hors-séries, sont toujours consultables dans la rubrique « Archives ».

Bonne lecture !

2015 02
oct

Jean_Noh_headshot_1Entretien avec Jean Noh, adaptatrice coréenne et ancienne membre de la Korean Film Commission, par la revue Tan’gun (revue des Trois Corées).
Remerciements à François-Xavier Durandy pour la traduction depuis l’anglais.

« Quand les réalisateurs se mettent à travailler avec moi, notre collaboration peut devenir très fructueuse. »


Pouvez-vous nous parler du sous-titrage en Corée ?

La plupart des grands films coréens sont désormais sous-titrés. Rien qu’en l’an 2000, la Corée a envoyé des films, longs et courts-métrages dans plus de 100 festivals à l’étranger, dont Cannes, Venise et Berlin. Et comme la plupart de nos films sont également distribués à l’étranger, les gens commencent à prendre conscience de l’importance d’avoir des sous-titres corrects.

Il y a un signe encourageant depuis peu, c’est que les producteurs de cinéma coréens se mettent à inclure le sous-titrage dans leur budget. Le Korean Film Council a même un fonds spécial d’aide à la traduction et à la gravure. En outre, quand des festivals comme celui de Pusan organisent des rétrospectives, ils créent de nouveaux sous-titres ou font refaire les anciens quand ceux-ci ne sont pas à la hauteur, puis partagent les copies avec d’autres festivals ailleurs dans le monde.

D’un point de vue technique, la meilleure façon – et la plus avancée – de créer des sous-titres est celle qu’utilisent la KOFIC et parfois le festival de Pusan. Elle consiste à repérer les time-codes correspondant aux dialogues du film en version originale, puis à faire calculer par un logiciel le nombre de signes, espaces comprises, qu’un spectateur moyen est capable de lire dans le temps où les acteurs disent leur texte. Le relevé des dialogues avec time-codes est ensuite remis au traducteur, qui crée ses sous-titres en fonction de ces critères. Le tout est envoyé au labo, qui grave les sous-titres sur la pellicule.

Or aujourd’hui, la plupart des sociétés de production se contentent de fournir au traducteur une liste de dialogues et une copie de la vidéo qui, malheureusement, ne sont pas toujours définitives, et le laissent effectuer le relevé à l’instinct. Du coup, on est souvent obligé de travailler à l’oreille, de faire attention à ce que le spectateur arrive à lire tous les sous-titres dans le temps imparti et d’espérer que le technicien fera bien apparaître chaque ligne au bon moment. En général, j’insiste pour vérifier le timing sur la vidéo, puis on m’envoie ça avec la liste des sous-titres et une copie du film avant traitement par le labo.

Quelle est pour vous la plus grande difficulté dans le travail de sous-titrage ?

L’un des principaux handicaps, c’est que la plupart des Coréens ne comprennent pas ou ne se rendent pas compte de ce que c’est que la traduction ou le sous-titrage. Ils ne se doutent pas que traduire, cela ne se limite pas à prendre un dictionnaire et faire passer tous les mots d’une langue à l’autre. Bien souvent, les gens ne savent pas ce que cela représente, de réussir à transmettre en un nombre réduit de caractères et d’espaces ce qu’un acteur peut débiter en cinq secondes, par exemple. Même quand le réalisateur ne parle ne serait-ce qu’un peu anglais, il n’est souvent pas assez familiarisé avec les nuances de la langue et de la culture pour pouvoir faire la différence entre de bons sous-titres et des mauvais, bâclés en quelques jours.

Le résultat, c’est que les gens attendent la dernière minute pour chercher un traducteur et ne lui laissent pas beaucoup de temps pour travailler, même quand ils le pourraient. Alors bien sûr, quand on n’a qu’une semaine, plus ou moins, on ne peut pas se permettre de consulter le réalisateur ou l’auteur du scénario sur tel ou tel passage. Du coup, on est obligé de se creuser encore plus la tête pour veiller à ce que les sous-titres n’empêchent pas de percevoir l’implicite que peut contenir le texte.

Mais ce qui est peut-être encore pire, c’est quand on a envoyé ses sous-titres et que le réalisateur ou un correcteur les relit et fait des modifications sans vous consulter. En général, le réalisateur connaît mieux le script que vous, mais il peut ne pas parler parfaitement anglais et on se retrouve au final avec une faute énorme de grammaire ou d’usage, ce qui peut être très gênant, ou juste une traduction moins bien tournée et qui sonne faux. Quand une entreprise décide de faire appel à un correcteur étranger, le problème, en général, c’est qu’il a beau très bien parler anglais – ce qui ne va pas toujours de soi, même s’il est né, qu’il a grandi et a été scolarisé aux États-Unis – il ne connaît pas assez bien le coréen, la Corée ou le cinéma en général pour pouvoir faire des modifications de qualité tout seul. Or ça, personne ne le sait, dans la boîte, et personne ne pense à le dire au traducteur. On en revient au problème de compréhension du processus de traduction, ou plutôt à son incompréhension.

Un jour, je discutais avec un autre traducteur, Samuel Yeunju Ha, qui est aussi diplômé de la KAFA (Korean Academy of Film Arts). On parlait de nos conditions de travail, du fait qu’il faut toujours traduire dans l’urgence pour s’apercevoir ensuite qu’ils se laissent une semaine de plus pour que le réalisateur, un commercial ou un soi-disant correcteur vienne tout changer. Je disais quelque chose comme quoi, au moins, le produit dure, les sous-titres sont là, gravés sur la pellicule pour l’éternité ou presque… et là, Sam a vraiment touché le problème du doigt en disant : « Oui, c’est ça qui est grave ! »

Pouvez-vous nous décrire votre relation avec les réalisateurs ?

Dans l’idéal, je travaillerais toujours avec le réalisateur, si on avait le temps. Cela m’aide à mieux comprendre le film pour ensuite m’efforcer au maximum de transmettre son regard au spectateur étranger par le biais de ma traduction. Une fois qu’ils se mettent à travailler avec moi, les réalisateurs finissent généralement par comprendre cela et notre collaboration peut devenir très fructueuse.

Mais comme je le disais tout à l’heure, le travail est parfois très difficile à faire comprendre aux réalisateurs, dans un premier temps. Pour être aussi proche que possible du sens original d’un texte, il faut parfois s’éloigner de la façon de dire les choses en coréen pour aller vers quelque chose de plus anglais. Pour un réalisateur, c’est un processus qui peut être difficile à comprendre, surtout s’il parle peu anglais.

J’ai par exemple travaillé sur Art Museum by the Zoo avec la réalisatrice Lee Jeong-Hyang, qui prenait le sous-titrage au sérieux, comme tout ce qui avait trait à son film. Elle avait passé beaucoup de temps à écrire les dialogues et le résultat était génial en coréen. Mais pour faire passer ça en anglais, c’était une autre paire de manches ! Ils ont fait faire une première traduction par un groupe de trois ou quatre personnes de son équipe qui, à elles toutes, devaient avoir un an de séjour à l’étranger. Le résultat n’était compréhensible que pour quelqu’un connaissant le coréen et capable de faire preuve de beaucoup d’imagination en matière de grammaire anglaise et de choix des mots. Ils avaient fait de leur mieux et avaient même proposé plusieurs trouvailles intéressantes mais la dure réalité était qu’aucun spectateur étranger n’aurait pu regarder le film avec ces sous-titres. Le distributeur chargé des ventes internationales m’a donc demandé de retravailler le texte avec la réalisatrice. Or celle-ci n’arrêtait pas de revenir à la première version, dont elle disait que les tournures la touchaient plus et que la langue était plus proche de ses dialogues en version originale. Et d’un sens, elle avait raison. Cette première version était une traduction brute, plus proche du coréen en ce sens que ce n’était pas vraiment du bon anglais, mais plutôt une sorte de calque. Par la force des choses, ces sous-titres utilisaient aussi des mots plus accessibles pour un Coréen ayant un vocabulaire anglais limité. Et bien qu’elle s’en soit sentie plus proche, la réalisatrice n’aurait pas pu partager cette version avec un public anglophone ne parlant pas le coréen. C’est ce que j’ai dû lui expliquer, en plus d’une quantité de mots que nous avons finalement choisis.

Nous nous sommes entendues sur le fait que notre objectif à toutes les deux était de transmettre son message à un public étranger de façon aussi claire et précise que possible. C’était elle qui connaissait le mieux son film, mais c’était moi qui savais le mieux comment le faire passer en anglais. Son travail était donc d’expliciter à fond chaque phrase en coréen et non pas d’essayer de le faire dans une langue étrangère. Une fois ces bases posées, nous avons réussi à nous concentrer sur la précision des sous-titres, de façon à coller au plus près au sens qu’elle avait voulu au départ. Cette mission aussi s’est faite dans l’urgence, avec juste deux séances de six heures et beaucoup de discussions, mais j’en garde un bon souvenir car la réalisatrice était passionnée par l’idée de transmettre son message. Elle respectait la procédure et a contribué à sa réussite.

Un autre problème qui se pose aux réalisateurs quand ils veulent travailler sur le sous-titrage, c’est qu’il est impossible de faire rentrer tous les dialogues dans les sous-titres. Il y a un nombre maximum de lettres que l’œil humain peut lire en un temps donné et personne n’a envie d’aller au cinéma pour ne faire que lire et passer à côté de l’image et du jeu des acteurs. C’est un problème auquel j’ai été confrontée sur mon premier film, My Heart, de Bae Chang-ho. M. Bae parle anglais et le sous-titrage comptait beaucoup pour lui. Mais il avait quelques dialogues très longs et il aurait voulu que tout tienne dans les sous-titres : le plus petit bout de phrase, le plus petit mot, la moindre nuance. Je comprends que c’est sans doute très dur pour un artiste d’avoir à condenser sa propre œuvre mais il ne faut pas oublier que ce que l’on traduit, c’est un film et que parfois, more is less. Aujourd’hui encore, même si My Heart m’a valu des félicitations, je continue de penser que les sous-titres sont beaucoup trop longs.

Ma relation avec les réalisateurs va aussi au-delà de la traduction et du sous-titrage. Je ne peux pas dire que je sois la première spectatrice étrangère de leur film, mais je suis dans un entre-deux et j’arrive à imaginer le cadre dans lequel le film sera montré autant que le film en lui-même. En fait, il est très avantageux pour une société de production de faire appel au même traducteur pour travailler sur le dossier de presse, les bandes-annonces et, pourquoi pas, le marketing et la publicité car c’est généralement la seule personne biculturelle et bilingue à avoir une connaissance aussi intime du film, avec tous ses tenants et ses aboutissants.

Y a-t-il des difficultés spécifiques liées à la langue coréenne ?

Oui. Quand on sous-titre, on est confronté aux mêmes difficultés que les traducteurs littéraires, en plus de la contrainte technique qui consiste à caler les sous-titres avec l’action. Comme vous le savez, en coréen, le verbe est placé à la fin de la phrase. Au lieu d’avoir « je mange du riz », en coréen, l’ordre des mots est « je du riz mange ». Le résultat, c’est qu’il faut parfois attendre la fin de la phrase pour savoir ce que quelqu’un est en train de faire ou cherche à dire. Et dans un film, c’est souvent décisif pour comprendre toute la conversation. Les dialogues des films coréens utilisent souvent cette structure pour créer un effet ou une tension, surtout dans les comédies, où la pointe arrive tout au bout d’une longue phrase. Ça commence de façon parfaitement innocente, on écoute en se disant que tout est normal, mais quand on arrive au verbe, ce n’est plus du tout ce à quoi on s’attendait.

Certains traducteurs se plient à la syntaxe « je mange du riz » et abandonnent l’idée d’être synchrone avec ce qui se dit à l’écran. Le spectateur étranger qui lit les sous-titres découvre donc la chute avant le spectateur coréen et passe largement à côté de la tension, du suspense et donc de l’humour.

Autre problème évident : les niveaux de langue. En coréen, il suffit d’écouter le niveau de langue qu’utilisent les personnages entre eux pour en savoir long sur leurs relations. Le fait qu’ils soient plus ou moins du même âge, qu’ils soient un peu distants, qu’il y ait entre eux un lien hiérarchique, qu’ils soient de la même famille, qu’ils se connaissent ou pas, qu’ils soient amoureux, etc., tout cela se déduit de quelques syllabes dans la façon dont ils s’adressent la parole. Il n’est pas impossible de suggérer ces rapports en anglais mais en général, cela prend beaucoup plus de place qu’en coréen et il est plus difficile d’y arriver subtilement. Si, dans un film, un personnage utilise un verbe avec le suffixe 요, yo, alors qu’il s’adresse à quelqu’un de plus âgé ou de plus haut placé, il y a une nuance de familiarité dont il faut tenir compte. Comme les sous-titres doivent rester courts, certains préfèrent utiliser un gros mot, même s’il n’y en avait pas dans la version originale. C’est le genre de chose que j’évite car cela me paraît un peu léger et susceptible de fausser l’idée que l’on se fait du personnage. Parfois, on est vraiment obligé de faire preuve d’inventivité.

J’ai travaillé sur une comédie intitulée Just Do It, qui a ensuite été montrée au festival de Vancouver. Une fois de plus, le titre avait été choisi avant que je n’intervienne sur le film et il était trop tard pour en changer. Inutile de dire que je n’aimais pas trop l’idée de reprendre une formule qui évoque immédiatement le slogan d’un célébrant fabricant de baskets. Mais dans une scène, l’enquêteur d’une compagnie d’assurance entre dans la maison d’un fraudeur et voit un panneau qui dit 하면 된다 (mot à mot, « tu peux le faire », c’est-à-dire… just do it) ! C’est la devise de la famille, qui traduit sa détermination à serrer les dents et à s’infliger toutes sortes de blessures pour toucher l’assurance. Ils sont tous très nerveux quand l’enquêteur tombe sur le panneau mais là, il dit à voix haute : « Vous teniez un restaurant de nouilles ? » La calligraphie est telle, en effet, qu’il a lu 라면 된다 (« ici, on fait des nouilles »). Impossible d’expliquer ce quiproquo dans les sous-titres ! Du coup, même si je n’aimais pas le titre, je m’en suis servie et j’ai traduit le panneau par just do it, ce qui fait que l’enquêteur demande : « Vous aviez une boutique Nike ? »

Les problèmes les plus difficiles sont sans doute d’ordre culturel. J’ai travaillé sur Tell Me Something (La 6e victime). C’était un travail très facile du fait que le film reprend les grands codes du thriller « universel » façon Hollywood, sans trop de références coréennes. En revanche, un film qui se déroule au début du xxe siècle et à la campagne, comme My Heart, regorge de difficultés. Je m’en rends compte quand je regarde un film de Hollywood sous-titré en coréen : il est aussi difficile de traduire d’anglais en coréen que l’inverse. Vous pouvez avoir des dialogues absolument géniaux, qui fusent dans tous les sens, avec un tas de références à la culture pop, etc., mais pour lesquels un public étranger aurait besoin de notes de bas de page, alors que le traducteur n’a que peu d’espace et de temps pour faire passer tout cela. Le résultat, c’est qu’avec les films américains montrés en Corée, on retrouve des dialogues coupés en tout petits morceaux pour être lisibles. Je pense que c’est sûrement l’une des raisons qui font que le public coréen se tourne aujourd’hui de plus en plus vers ses propres films. Pas que les films d’art et d’essai, mais aussi les films commerciaux, comédies, films d’action et thrillers qui, d’un point de vue culturel, marquent des points par rapport aux films américains.

Pensez-vous que le sous-titrage soit très différent de la traduction littéraire ?

Le sous-titrage s’apparente sans doute plus à la traduction théâtrale qu’à la traduction de romans. Ce qui ne veut pas dire que ce soit moins créatif ou purement technique. Certaines maisons de production essaient de gagner du temps et de l’argent en coupant les dialogues en plusieurs morceaux pour les confier par exemple à sept traducteurs différents. Cela n’a jamais marché et cela ne marchera jamais : l’histoire perd soudain toute crédibilité du fait que les personnages ne s’expriment plus de la même façon au début, au milieu ou à la fin du film. Le script devient alors décousu, on perd la cohérence, le rythme, la poésie. Il est impossible d’avoir plus d’une personne derrière les sous-titres car chaque mot peut avoir différentes significations : un même mot n’a pas toujours le même sens au début et à la fin du film, même s’il est utilisé d’un bout à l’autre. Pour bien traduire, il faut comprendre le film et comprendre le réalisateur. Mais il faut aussi accepter qu’on ne pourra pas tout traduire et que ça peut donc être un travail très frustrant. Quand je sous-titre, je ne traduis pas vraiment le film comme on traduirait un roman ou une pièce. Un film reste une histoire racontée en images : le sous-titre n’est qu’un panneau qui vous guide au fil des images et non pas l’inverse.

Propos recueillis par Adrien Gombeaud (Séoul, septembre 2001)

Avec l’aimable autorisation de la Revue Tan’gun (단군)