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2013 07
juil

Afin de leur assurer une meilleure visibilité, l’ATAA lance aujourd’hui un site consacré aux Prix du sous-titrage et du doublage : www.prix-ataa.fr.



Site des prix

Destiné à faire vivre les Prix toute l’année, il s’enrichira au fil du temps d’entretiens et d’articles autour de ces récompenses créées en 2012 par l’association et des métiers qu’elles mettent à l’honneur. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà y retrouver les photos de la soirée du 29 mars dernier, l’intervention d’une des lauréates des Prix du sous-titrage 2011-2012 ou encore des informations sur les autres prix similaires remis à l’étranger.

À suivre !


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2013 19
juin



(Click here for the English version)


Couv 6

Après la parution du numéro inaugural de L’Écran traduit au début de 2013, nous publions le premier numéro hors-série de notre revue, qui reprend le texte intégral de l’ouvrage de Simon Laks, Le Sous-titrage de films. Paru pour la première et unique fois en 1957, c’est, à notre connaissance, le seul livre en français consacré par un traducteur-adaptateur aux aspects techniques et esthétiques du sous-titrage. Publié à compte d’auteur, il n’avait connu qu’une diffusion très restreinte.

Compositeur de musique, Simon Laks (1901–1983) avait également exercé le métier de traducteur de films, en sous-titrage et en doublage, principalement entre 1948 et 1962. Il a signé ou co-signé les adaptations de films allemands, anglophones et hispanophones.

Il peut paraître surprenant de reproduire un ouvrage consacré au sous-titrage tel qu’il se pratiquait il y a plus d’un demi-siècle. On peut en effet se demander ce qu’il y a de commun entre les pratiques techniques et de traduction de la fin des années 1950 et celles d’aujourd’hui. L’importance de cet ouvrage tient dans le fait que les grands principes décrits par Simon Laks, ainsi que certains détails cruciaux de l’adaptation sous-titrée, restent plus que jamais d’actualité. Dans ce livre toujours clair, concret et jamais théorique, l’auteur passe en revue toutes les situations auxquelles peuvent être confrontés les adaptateurs. D’une justesse absolue, Le Sous-titrage de films est bien davantage qu’un précis technique, tant son auteur y fait la preuve qu’il a tout saisi des effets du sous-titrage sur la dimension esthétique d’un film et sur sa perception par le spectateur. En outre, c’est aussi un outil précieux pour apprendre à distinguer une adaptation sous-titrée réussie de ce qu’on fait parfois passer pour quelque chose qui n’a de « sous-titrage » que le nom.

C’est pour toutes ces raisons qu’il a nous paru utile de faciliter la consultation de ce livre, auquel l’accès est aujourd’hui difficile, en l’accueillant dans notre revue. Une présentation et des notes permettent de situer l’ouvrage dans son contexte historique et d’éclairer le lecteur sur quelques termes et notions techniques.

La reproduction sous forme numérique du livre de Simon Laks, ainsi que sa mise en ligne, ont été effectuées avec l’accord et le soutien d’André Laks, fils de l’auteur et unique ayant-droit de l’ouvrage. Nous le remercions très chaleureusement.


* * *




Simon Laks, Le Sous-titrage de films, republished in L’Écran traduit



After the inaugural issue of L’Écran traduit published online at the beginning of 2013, we reproduce the unabridged text of Simon Laks’ Le Sous-titrage de films [Film Subtitling] as a special issue of our journal. First published in 1957 and never reprinted since, this is, to the best of our knowledge, the only book in French ever dedicated by a film translator to the technical and aesthetic issues of subtitling. This self-published book had a very limited readership.

A music composer, Simon Laks (1901–1983) also worked as a film translator, in subtitling and dubbing, mainly between 1948 and 1962. He wrote or co-wrote the subtitles and dubbing dialogue of German-, English- and Spanish-speaking films.

It may seem surprising to republish a book devoted to subtitling as it was practised more than half a century ago. Indeed, what could late-1950s technical and translation practices have in common with today’s habits? The book’s importance lies in the fact that the major principles described by Simon Laks, as well as some details crucial to the writing of subtitles, remain more valid than ever. In this clear and practical book, the author surveys all the situations audiovisual translators face daily. Meticulous and sound in its approach, Le Sous-titrage de films is much more than just a technical handbook. It clearly shows its author’s acute sense of the effects of subtitling on the aesthetic dimension of a film and on its perception. It is also a useful tool for understanding the difference between well-crafted subtitles and what sometimes only nominally qualifies as “subtitling”.

For all these reasons, we thought it would be useful to reissue this book via our journal and make its access easier, as it is currently very difficult to find. A presentation and notes put the book into historical context and help readers to understand a number of technical terms and notions.

The digital reproduction and online publishing of Simon Laks’ book were made possible with the permission and support of André Laks, the son of the author and sole rights-holder to Le Sous-titrage de films, to whom we would like to express our warmest thanks.

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2013 27
mai

revue-de-presse


Pour retrouver toutes les revues de presse de l’Ataa, cliquez ici.








Dans les médias généralistes

  • Wall Street Journal

    « Lost in Translation, Found in Subtitles » : commençons par regretter le manque d’inspiration de certains journalistes pour le choix de leurs titres (on trouvera plus bas « Movie Industry Gets Lost in Translation »). Après avoir observé que le crowdsourcing, ou « travail collaboratif » sur Internet, s’étend au sous-titrage dans le cas du site amara.org, l’article du WSJ remarque avec sagesse que « cela risque de faire passer à la trappe la distinction essentielle, mais déjà rarement appréciée à sa juste valeur, entre le sous-titrage d’un film et la traduction de son dialogue ».

  • Oscars 2013

    La nomination d’Amour aux Oscars dans des catégories autres que « film en langue étrangère » a attiré l’attention de l’Observer. Pour l’équivalent dominical du Guardian, rien d’étonnant à cela : d’ailleurs, l’accès grandissant aux films étrangers (comprendre « non anglophone ») a « ouvert de nouveaux horizons aux amateurs de cinéma britanniques ». C’est d’Amour qu’il a aussi été question au Québec : deux articles, l’un en anglais, l’autre en français, ont braqué les projecteurs sur Robert Gray, qui a accompagné Michael Haneke sur le tapis rouge. En quel honneur ? Depuis trente ans, cet interprète et auteur de sous-titrage a traduit de nombreux films nommés pour les précieuses statuettes.

  • France

    « Le blues des pros du sous-titre » : tel est le titre d’un article du site des Inrockuptibles, donnant le point de vue de deux traductrices professionnelles (dont la présidente de l’ATAA) face à la montée du fansubbing.

    Il est aussi question de fansubbing dans une étude fouillée publiée sur le site du Monde, « Le piratage a forcé l’animation japonaise à se réinventer en France », qui fournit des informations détaillées venant des éditeurs, particulièrement confrontés au phénomène du sous-titrage amateur et à l’impatience des spectateurs d’anime.



Les traducteurs parlent de traduction

  • Sur le site des Cinémas Indépendants Parisiens, on trouve sous forme d’archives sonores et de retranscriptions (en documents .pdf) cinq interventions réalisées par Jean-François Cornu et Bernard Eisenschitz en mars 2011, sur le thème « VO-VF : sous-titrage et doublage ».

  • Sur son blog, le scénariste américain John August donne la parole à un auteur français de sous-titres, Emmanuel Denizot, « puisque les sous-titreurs sont souvent les derniers scénaristes de nos films ».



Recherche et traduction audiovisuelle



Petit tour du monde

  • Allemagne

    La revue en ligne ReLü, ordinairement consacrée à la traduction littéraire, consacre un ensemble au sous-titrage (en allemand). On y trouve un texte sur la situation de la traduction audiovisuelle outre-Rhin, ainsi que des « journaux de bord » de traduction de films (dont Couscous mit Fisch, c’est-à-dire La graine et le mulet). Notons la participation à ce dossier de membres du groupement Untertitelforum, dont nous avions parlé ici même.

  • Chine

    Deux articles en anglais permettent d’avoir un aperçu de la situation de la traduction audiovisuelle en Chine, à partir d’enquêtes menées sur place. L’un se concentre sur le doublage, depuis son âge d’or jusqu’à son déclin, plutôt du point de vue de l’industrie (China Daily), tandis que le deuxième aborde davantage le sous-titrage que le doublage, en donnant la parole à des traducteurs (Global Times). Enfin, un troisième article évoque le fansubbing dans ce pays.

  • Suisse

    « Le déclin du sous-titrage », titre le magazine Migros (article en allemand). Le doublage gagne du terrain en Suisse, au grand dam des (deux) sociétés de sous-titrage du pays. Le reportage donne également la parole à des spectateurs (doublage vs. sous-titrage, le débat continue) et à des propriétaires de salles indépendantes.

    Signalons également, sur papier, un dossier de la revue Décadrages consacré au doublage, s’ouvrant sur une longue interview avec deux membres de l’ATAA. Nous y reviendrons ultérieurement.

  • Italie

    Un article de La Repubblica constate, au contraire, une légère augmentation de la présence de la VO en Italie, à partir notamment des exemples de Django Unchained et des Misérables (ce dernier, non sorti en version doublée). On trouve des témoignages de réalisateurs, de distributeurs et de directeurs artistiques.

  • Inde

    L’Inde est un pays multilingue, ce qui veut dire que les films qui y sont produits ne peuvent être compris par toute la population. C’est ce qu’explique Rekhs, une traductrice qui veut justement faire circuler les films à l’intérieur du pays au moyen du sous-titrage (article en anglais).

    On la retrouve dans un article de Variety publié à l’occasion du festival de Cannes, et se penchant également sur le sous-titrage des films indiens vers l’anglais et le français. Donnons le mot de la fin à une autre traductrice citée dans ce reportage, Nasreen Munni Kabir : « Des bons sous-titres ne peuvent pas sauver un mauvais film, mais de mauvais sous-titres peuvent en gâcher un bon. »


Revue de presse préparée par Samuel Bréan

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2013 28
avr

strabic_vost_2

L’ATAA participera, jeudi 2 mai à 19 heures, à la table ronde organisée au théâtre de la Gaîté lyrique sur le thème « VOST, les mots à l’écran ».

Cette manifestation constituera le deuxième numéro de l’émission 3615 Strabic lancée en mars par la revue de design en ligne strabic.fr. Les débats seront diffusés en direct sur le site du théâtre, où il sera également possible de les (re)voir ultérieurement.

En donnant la parole à l’ATAA, les organisateurs de cette rencontre offrent l’occasion aux adaptateurs d’expliquer au grand public leur travail, y compris les contraintes qui le régissent et expliquent parfois leurs choix de traduction. La thématique de la lecture à l’écran étant assez large, le thème du sous-titrage à destination des sourds et malentendants pourra également être abordé.

La présence de la typographe Sandrine Nugue, qui a travaillé sur cette thématique et étudié ses aspects plus scientifiques (vitesse de lecture d’un cerveau humain, travail intuitif du cerveau sur les mots et les lettres, etc.), permettra aussi de clarifier les mécanismes de la lecture à l’écran et d’aborder sous un autre angle les règles appliquées par les adaptateurs en sous-titrage. Une table ronde qui sera, nous l’espérons, intéressante tant pour le grand public que pour les professionnels !


Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de la Gaîté lyrique ou sur la page Facebook de la table ronde.


Informations pratiques :

Jeudi 2 mai à 19 heures, entrée libre
Gaité lyrique – Plateau média
3 bis rue Papin, 75003 Paris
Métro Réaumur-Sébastopol, Arts et Métiers ou Strasbourg Saint-Denis


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2013 04
avr

Vendredi 29 mars, pour la remise du 2e Prix du sous-titrage et du 1er Prix du doublage organisés par l’Association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), la Fémis a fait salle comble ! En présence de quelque 150 invités issus du monde de la traduction, mais aussi de représentants des sociétés de distribution et des laboratoires, et de directeurs de plateau, les organisateurs de la manifestation ont commencé avec une question : « Un film, qu’est-ce que c’est ? » C’est un intense travail créatif, qui représente des années d’engagement et un investissement financier important. Pour franchir les frontières, il doit passer par une seule personne, l’adaptateur, qui a donc une lourde responsabilité. À lui de transmettre au public toute la richesse d’une œuvre en langue étrangère. Le principe paraît simple, mais sa mise en application relève de la gageure : respect du sens, aussi bien le plus évident que le plus subtil, du ton, des registres, de l’humour, des références culturelles, mais aussi fluidité de l’expression et naturel de la langue sont autant de difficultés que seuls des professionnels parviennent à surmonter. Une remarque d’un des jurés de cette année résume à merveille l’essence de ce travail : « Une bonne adaptation, c’est trouver sa liberté au milieu des contraintes. »

À n’en pas douter, les quatre lauréat(e)s y sont parvenu(e)s. Maï Boiron, distinguée pour son sous-titrage de Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, a rappelé qu’une adaptation était aussi un travail d’équipe effectué en collaboration avec des spécialistes du sujet abordé par un film. Autre point de vue du côté de Belinda Milosev, récompensée dans la catégorie Film non anglophone, pour La Parade, du réalisateur serbe de Srdjan Dragojevic. Visiblement émue, la lauréate a salué ses parents qui lui ont transmis l’amour de leur langue, ce qui lui a permis – conjointement avec le distributeur Sophie Dulac – de donner une deuxième vie à ce film militant tourné en 2010 et sorti en France début 2013.



blog la parade + zero

Changement de genre avec Sur la route. Qui mieux qu’une inconditionnelle de Jack Kerouac pour assurer l’adaptation en doublage du long métrage du même nom réalisé par Walter Salles ? Le hasard faisant parfois bien les choses, Claire Impens, lectrice assidue de l’œuvre de cet auteur majeur de la « Beat Generation », s’est en effet vu confier ce travail qu’elle a vécu comme un vrai coup de chance et un clin d’œil du destin. Enfin, dans la catégorie Film d’animation, le jury a souligné l’excellence du travail de Bob Yangasa dont l’adaptation du film Les Pirates ! Bons à riens, mauvais en tout de Peter Lord restitue à merveille l’humour so british et parvient à toucher aussi bien les enfants que les adultes.



blog les pirates + sur la route

À l’heure où certains prestataires techniques, parmi les plus prestigieux, souhaiteraient réduire l’auteur à une ligne anonyme dans les devis, la richesse et la diversité de ce palmarès mettent en avant des auteurs dont la passion reste intacte et dont la volonté de traduire dans les meilleures conditions fait d’eux les garants de l’investissement créatif et financier que représente une œuvre cinématographique. Que faut-il en conclure ? Lorsqu’un distributeur confie une telle responsabilité à une personne, il a tout intérêt à la choisir lui-même !

Venu nombreux pour soutenir les auteurs d’adaptations, le public ne s’y est pas trompé, tout comme les professionnels du secteur audiovisuel qui, par leur présence, ont témoigné de l’importance de ce métier encore méconnu. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine !




Palmarès

SOUS-TITRAGE

Film anglophone :
Maï Boiron pour Zero Dark Thirty (États-Unis) de Kathryn Bigelow (distribution : Universal)

Film non anglophone :
Belinda Milosev pour La Parade (Serbie) de Srdjan Dragojevic (distribution : Sophie Dulac)

DOUBLAGE

Film en prises de vue réelles :
Claire Impens pour Sur la route (France/États-Unis/Grande-Bretagne/Brésil) de Walter Salles (distribution : MK2, VF dirigée par Philippe Blanc)

Film d’animation :
Bob Yangasa pour Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout de Peter Lord (distribution : Sony Pictures, VF dirigée par Barbara Tissier)

Pour télécharger le dossier de presse, cliquez ici.

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2013 06
mar

Venez nombreux !

Venez nombreux !

En 2012, l’ATAA avait innové en créant le tout premier Prix du sous-titrage, afin de mieux faire connaître au grand public et aux médias les métiers qu’elle défend depuis 2006.

Forte du succès de cette première édition, l’ATAA a décidé de renouveler l’expérience. Renouveler ? Pas seulement ! Si, en 2013, un jury rassemblant des auteurs, des distributeurs et des producteurs distinguera à nouveau deux sous-titrages (Catégorie film anglophone et Catégorie film non anglophone), un second jury décernera en effet le premier Prix du doublage. Composé de trois auteurs, d’un distributeur et de deux directeurs artistiques, il statuera sur dix films choisis par le comité de sélection et sortis en salle entre janvier et novembre 2012. Comme pour le sous-titrage, deux catégories ont été définies : film d’animation et film en prise de vue réelle. Les lauréats seront désignés en fonction de quatre critères principaux : la fidélité au texte original, la qualité du français, la fluidité des dialogues et le naturel de la langue.

Les organisateurs auront le plaisir de vous accueillir le 29 mars 2013 à la Femis (6, rue Francœur, Paris 18e), à 18h30, pour la remise des Prix. Début des réjouissances à 19h précises. La cérémonie sera suivie d’un cocktail avec buffet.

Plus de renseignements à cette adresse :
http://www.ataa.fr/index.php/notre-action/prix-du-st-et-du-db.html

L’événement Facebook se trouve ici :
https://www.facebook.com/events/433403850072995/

Important : il est impératif de s’inscrire au préalable auprès de info@ataa.fr.

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2013 26
jan


Claus Stenhøj, traducteur danois, est auteur de sous-titres indépendant depuis dix-sept ans et membre du syndicat danois des sous-titreurs. Lors de l’édition 2012 du colloque Languages and the Media, fin novembre 2012, il a présenté une contribution en anglais intitulée « English Master Templates – Help or Hell? ». Il nous a semblé intéressant d’en publier ici une version abrégée avec l’accord de l’auteur, car elle pointe du doigt une pratique problématique pour de nombreux auteurs de sous-titres dans le monde.


Listes types de repérage : rêve ou cauchemar ?


Claus Stenhøj


Depuis l’avènement du DVD il y a maintenant plus de dix ans, les auteurs de sous-titrage sont souvent amenés à travailler avec des listes types de repérage (English Master Templates, EMT), c’est-à-dire un prédécoupage de la totalité des dialogues en anglais. Les EMT apportent-ils un progrès ? Les sous-titreurs rêvaient-ils vraiment de ce nouvel outil ? Mon expérience du sous-titrage au Danemark et en Scandinavie, ainsi que les témoignages de collègues travaillant par exemple en Inde, au Portugal, en Slovénie et en Finlande, m’ont inspiré les réflexions suivantes.

L’un des objectifs des EMT est de rendre le travail plus rapide, pour raccourcir les délais. Mais ces listes types, produites dans des pays où le sous-titrage interlinguistique (c’est-à-dire de traduction) n’est pas ancré dans les habitudes, imposent leurs normes dans d’autres pays : Scandinavie, Pays-Bas, Belgique, Portugal ou France, par exemple. Et ce, sans considération des particularités locales, alors que cet art s’y perfectionne depuis plus de 80 ans au cinéma et 50 à la télévision. La plupart des sous-titrages DVD que j’ai vus ces dix dernières années allaient à l’encontre des règles respectées en Scandinavie, notamment en ce qui concerne la vitesse de lecture. Je n’ai pas à donner de leçons de sous-titrage pour sourds et malentendants aux labos américains et britanniques – même si l’envie m’en démange. Dès lors que leurs produits ne franchissent pas leurs frontières, ils ne me gênent pas. L’ennui est que ces sous-titres – si tant est qu’on puisse appeler ainsi un script arbitrairement décomposé par des étudiants ou des jeunes gens au pair – sont exportés pour servir de modèles.

Le résultat est catastrophique. Les EMT pèchent par manque de concision, puisqu’ils se contentent de reproduire les dialogues en intégralité après un découpage sommaire. De ce fait, le temps de lecture laissé pour chaque sous-titre est ridiculement bref. Et la qualité est largement en dessous de celle obtenue quand le processus se déroule de A à Z dans le pays de destination, où les normes sont le fruit de décennies d’expérience. Au Danemark, tout le monde regarde les films en VOST, pas seulement les sourds et malentendants.

Avec des dialogues prédécoupés en anglais, seul le repérage est utilisable. Et encore, pour assimiler des sous-titres qui s’affichent pendant moins d’une seconde, il faut être champion de lecture rapide ! Nous, professionnels qualifiés, sommes donc contraints soit de livrer un produit de mauvaise qualité, soit de tout reprendre. Or, il est souvent aussi chronophage de réparer les dégâts que de tout faire d’un bout à l’autre – et encore faut-il qu’on nous autorise à modifier le modèle.

Pour transformer cette bouillie en sous-titres dignes de ce nom, c’est-à-dire pour refaire le repérage, nous ne touchons pas un sou de plus, bien entendu. Car l’autre finalité de ces saucissonnages absurdes est de réduire les coûts. L’an dernier, à Londres, j’ai demandé aux labos présents au colloque Media for All combien ils payaient aux traducteurs une traduction réalisée à l’« aide » de listes types de repérage, par rapport à une traduction normale. Pour toute réponse, je n’ai eu obtenu qu’un silence assourdissant. En effet, le travail avec EMT est souvent rémunéré à 25 % de celui réalisé sans EMT. Pourtant, le client final débourse, disons, 80 % de ce prix. Pour le labo qui vend presque « plein pot » un produit de seconde classe, c’est tout bénéfice. Il aurait de quoi en remontrer à un marchand de voitures d’occasion.

Condenser les dialogues en tenant compte de la vitesse de lecture normale et selon un repérage adapté au rythme des plans du film ou de l’émission, c’est l’essence même du métier de sous-titreur. Il est vain de croire que l’on peut obtenir mieux, plus vite et pour moins cher en confiant ce travail à des personnes sous-qualifiées et sous-payées. Le résultat s’avérant exécrable, sans même être plus économique pour le client final – puisque ce passage à la moulinette lui est facturé au prix fort – on perçoit difficilement l’intérêt des listes types de repérage, mis à part pour faire de l’argent facile. Pour les distributeurs de DVD et les multinationales du sous-titrage, elles sont juste un nouveau moyen de tirer sur les coûts.

Pour les vrais professionnels, l’outil rêvé des labos n’est qu’un cauchemar. Sans lui, ils produiraient des adaptations de qualité bien supérieure.


Traduction synthétisée : Marie-Christine Guyon


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2013 02
jan

Untertitelforum

Untertitelforum a été créé en mai 2011 par des sous-titreurs exerçant en Allemagne, en Autriche et en Suisse, et regroupe une petite centaine de membres. Basée à Berlin, cette initiative est l’œuvre de professionnels alarmés par la dégradation des conditions de travail dans leur branche (baisses de tarifs dépassant dans certains cas 50 % sur les dix dernières années) et désireux de défendre la qualité des adaptations audiovisuelles.

Depuis décembre 2012, Untertitelforum possède également un site, véritable vitrine du métier en allemand : www.untertitelforum.de.

Les textes qui y figurent abordent des questions pratiques qui intéressent les professionnels, telles que les conditions de travail des sous-titreurs et les droits d’auteur à la diffusion sur les sous-titrages, mais s’adressent également à un public plus large en présentant le quotidien d’un sous-titreur ou en invitant les (télé)spectateurs mécontents de la qualité des sous-titrages à s’en plaindre à qui de droit. Untertitelforum indique que la traduction de ces articles en anglais est en cours.

L’organisation s’est enfin dotée d’une page Facebook qui permet de suivre son actualité et notamment ses dates de réunions.

L’Ataa se réjouit de la création d’Untertitelforum et lui souhaite longue vie et succès !

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2012 27
nov

En étant un brin pessimiste, on pourrait presque avoir l’impression que cela devient une habitude. Quoi donc ? Les sorties techniques uniquement doublées.

« Sortie technique », c’est le terme que l’on utilise pour désigner les films distribués dans un nombre extrêmement limité de salles parisiennes (une poignée de copies pour quelques jours seulement à l’affiche), l’objectif étant que ces œuvres puissent tout de même être considérés comme des « films de cinéma » dans l’optique de leurs droits télévision et DVD.

Cette pratique n’a rien de nouveau et témoigne généralement d’un manque de confiance commerciale du distributeur du film dans son « produit ». Mais cet été, deux œuvres ont ainsi fait l’objet de sorties techniques exclusivement en version doublée, provoquant une certaine incompréhension.

trois corniauds

Dans le premier cas, il s’agit des Trois corniauds (The Three Stooges), le dernier-né des frères Farrelly. Les frères Farrelly ? Oui, ceux-là même qui avaient réalisé Bon à tirer, dont le sous-titrage a valu à Pascale Joseph le tout premier prix du sous-titrage (catégorie « film anglophone ») remis par l’Ataa au printemps dernier.

Difficile de comprendre une telle décision, quand on sait que l’humour des films de Bobby et Peter Farrelly repose certes sur un comique de gestes et de situation, mais aussi sur des dialogues loufoques et, dans le cas du dernier opus, bourrés de références typiquement américaines, se prêtant particulièrement bien au sous-titrage. Isabelle Regnier, critique de cinéma au Monde, déplorait cette sortie technique en version doublée en ces termes fin juillet dans un billet de blog intitulé « Hérésie : Les Trois Stooges des frères Farrelly ne sortira qu’en VF » :

Entre l’intérêt très fort que certains d’entre nous, au sein de la rubrique cinéma du Monde, portons à ce duo de cinéaste, et ces diverses considérations, nous avions décidé de faire fi des arguments du distributeur, d’aller voir le film en salle et d’en publier la critique dans le journal à la fin de la semaine. C’était compter sans le dernier coup tordu, révélé qu’hier : Les Trois Corniauds ne sortira finalement qu’en vf., au Publicis à Paris et dans les Megarama en banlieue. Etant donné l’impossibilité qu’il y a à apprécier une comédie des frères Farrelly en français, et l’absurdité qu’il y aurait d’inciter un tant soit peu les spectateurs à aller le voir sous cette forme, nous avons renoncé.



margaret

Un mois plus tard, Thomas Sotinel, du même quotidien du soir, annonçait la sortie d’un « grand film qu’il ne faut pas aller voir » : Margaret, de Kenneth Lonergan. Si le « conseil » (ou le non-conseil) donné par l’auteur de l’article surprend à première vue, il s’explique là encore par un sentiment de frustration face aux conditions de cette sortie technique :

Margaret sera projeté dans une seule salle (le Publicis Champs Elysées, à Paris), en version française, une absurdité étant donnée la qualité des acteurs et des dialogues.

(…)

Je n’ai pas vu cette version pour les salles, qui dure deux heures et demie mais celle de trois heures et quart, que Kenneth Lonergan a montée pour l’édition DVD. C’est sur la foi de cette vision saisissante, (une vision de l’enfer adolescent qui se conjugue à l’enfer américain du début de de la décennie) que je me permets de m’indigner, sans surprise, mais de m’indigner quand même, face à cet épilogue français du gâchis Margaret.

Signalons par ailleurs que les magazines Première et Studio Ciné Live avaient chacun consacré plusieurs pages à Margaret cet été et gratifié le film de critiques élogieuses.

Notre étonnement face à ces sorties techniques « 100 % doublées » tient aussi à l’économie de la distribution cinématographique : on le sait, un doublage est nettement plus onéreux à réaliser qu’un sous-titrage. À la rémunération de l’auteur des dialogues VF, il faut ajouter (entre autres) les cachets des comédiens ou encore les frais d’enregistrement et de mixage, qui sont nettement supérieurs aux coûts des prestations techniques propres au sous-titrage. Dès lors, une sortie uniquement en sous-titrage est généralement en France la marque des « petits films », tandis que ce sont les films susceptibles a priori d’attirer un public plus important et distribués dans un plus grand nombre de salles qui font l’objet d’un doublage en plus du sous-titrage. Selon cette logique économique traditionnelle, le film des frères Farrelly aurait sans doute « dû » sortir à la fois en VF et en VOST, et celui de Kenneth Lonergan, peut-être uniquement en VOST, s’ils avaient été distribués normalement.

En l’occurrence, le sabotage semble donc méthodique et complet : d’une part, ces sorties techniques exclusivement parisiennes n’atteindront pas le public habituellement visé par les distributeurs qui choisissent de faire doubler leurs films (c’est-à-dire plutôt un public non parisien, même si on se gardera bien de schématiser de façon simplificatrice les préférences entre VOST et VF en France). D’autre part, le public qui aurait pu tout de même assurer quelques entrées à ces films s’ils avaient été distribués en VOST risque d’être rebuté par la perspective de les voir en VF.

Il y a vraisemblablement une logique à tout cela, n’en doutons pas. Mais… laquelle ?


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2012 06
nov

Communiqué des traducteurs finlandais de l’audiovisuel du 30 octobre 2012

En Finlande, 98 sous-titreurs ont quitté Broadcast Text International après que leur contrat a été externalisé à cette société par MTV Media, un opérateur majeur du paysage audiovisuel finlandais.

Le 1er octobre dernier, les contrats de 110 sous-titreurs au statut mixte de « freelance sous contrat » (Cf note en fin d’article) ont été externalisés vers BTI International, une filiale de Broadcast Text International. Selon la loi finlandaise, ces employés « externalisés » disposent d’un mois pour démissionner sans préavis. 98 sous-titreurs ont choisi de faire usage de ce droit.

La raison : Broadcast Text pratique des rémunérations très faibles, oblige les traducteurs à prendre le statut d’entrepreneurs, s’approprie le copyright sur leurs sous-titres et refuse toute négociation visant à l’établissement d’une convention collective.

Le 17 octobre, les universités finlandaises ont publié un communiqué critiquant cette externalisation. Elles ont aussi signalé que les sociétés de sous-titrage exploitaient des étudiants, et que la profession tout entière menaçait de disparaître si ceux qui l’exerçaient ne pouvaient plus en vivre décemment.

Broadcast Text International n’a fait aucun commentaire sur le sujet dans les médias. Officiellement, cette société défend la qualité, mais elle n’a ni dissipé les inquiétudes des sous-titreurs ni répondu aux syndicats qui l’invitaient à entamer des négociations.

Les médias finlandais se sont largement fait l’écho de cette situation. La plupart des grands quotidiens l’ont relayée, ainsi que le journal d’YLE, la chaîne de télévision nationale publique. Helsingin Sanomat (La Gazette d’Helsinki, le plus grand quotidien finlandais, NdT) a notamment indiqué que cet exode massif de traducteurs pourrait compromettre le sous-titrage des chaînes de MTV Media. Le tabloïd Iltalehti a interviewé l’un des traducteurs dont le contrat a été externalisé et un traducteur freelance travaillant de longue date pour Broadcast Text. Le blog d’un grand magazine, Suomen Kuvalehti, a souligné l’importance du sous-titrage pour la maîtrise de la lecture et l’acquisition de langues étrangères. Enfin, le sujet a été discuté en ligne sur de nombreux blogs et communautés Facebook.

Cette externalisation a coïncidé avec le lancement de Netflix, un service VOD, dans les pays scandinaves. La majorité des films proposés sont traduits par Broadcast Text et la qualité du sous-titrage a été fortement critiquée. Netflix a même été pris à diffuser des sous-titres pirates issus du fansubbing et donc illégaux. La société américaine a immédiatement présenté ses excuses pour cette « erreur ». Mais par la suite, au cours d’une conversation avec un traducteur blogueur, un représentant de Netflix a reconnu que la qualité n’intéressait pas sa société et qu’à l’avenir, elle envisageait même de recourir au crowdsourcing pour traduire ses séries.

À l’heure actuelle, l’issue du conflit reste incertaine. Pour l’instant, et malgré la perte de la plupart de ses traducteurs, Broadcast Text a réussi à honorer ses commandes. Mais il est probable que les délais se resserrant, la société ne pourra pas longtemps faire face à la quantité de travail qu’elle doit fournir.


Note sur le statut de « freelance sous contrat » : Ce statut singulier qui semble une contradiction dans les termes est aussi une rareté en Finlande. Voici les précisions de l’une des 98 traductrices démissionnaires à ce sujet : « En gros, nous étions employés, puisque nous étions sous contrat avec MTV Media et que notre rémunération et nos conditions de travail étaient fixées par une convention collective. Mais en même temps, nous travaillions en freelance, dans la mesure où l’employeur ne garantissait pas une quantité de travail fixe et où nous étions libres de refuser les projets qui nous étaient proposés. En pratique cependant, le volume de travail était à peu près constant et nombre d’entre nous travaillaient uniquement pour MTV Media.

Lorsque nos postes ont été externalisés, on nous a assuré que l’accord collectif serait respecté, mais uniquement jusqu’à son expiration, qui doit advenir dans un an. Broadcast Text a refusé de nous dire ce qui se passerait ensuite, nous en avons donc tiré la conclusion qui s’impose : notre changement de statut n’était qu’une question de temps.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe : pour les traducteurs de BT, le schéma de travail est le même que le nôtre à MTV Media, on leur propose un projet, ils décident de l’accepter ou non, mais c’est BT qui fixe la rémunération et le délai, alors même que ces traducteurs sont censés être les fournisseurs et BT le client. Il me semble que BT devrait être employeur et les traducteurs, ses employés… »


Le communiqué en anglais se trouve ici.

Suite à ce communiqué, les 98 traducteurs qui ont démissionné ont écrit une lettre ouverte à BTI International. Ils y dénoncent notamment le tour de passe-passe qui consiste à leur faire croire qu’ils pourraient conserver une rémunération légèrement plus faible, mais honorable, alors que la société leur réclame en fait de travailler deux fois plus, et deux fois plus vite, pour le même tarif.

C’est à lire (en anglais) ici.

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