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2013 07
juil

Afin de leur assurer une meilleure visibilité, l’ATAA lance aujourd’hui un site consacré aux Prix du sous-titrage et du doublage : www.prix-ataa.fr.



Site des prix

Destiné à faire vivre les Prix toute l’année, il s’enrichira au fil du temps d’entretiens et d’articles autour de ces récompenses créées en 2012 par l’association et des métiers qu’elles mettent à l’honneur. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà y retrouver les photos de la soirée du 29 mars dernier, l’intervention d’une des lauréates des Prix du sous-titrage 2011-2012 ou encore des informations sur les autres prix similaires remis à l’étranger.

À suivre !


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2013 27
mai

revue-de-presse


Pour retrouver toutes les revues de presse de l’Ataa, cliquez ici.








Dans les médias généralistes

  • Wall Street Journal

    « Lost in Translation, Found in Subtitles » : commençons par regretter le manque d’inspiration de certains journalistes pour le choix de leurs titres (on trouvera plus bas « Movie Industry Gets Lost in Translation »). Après avoir observé que le crowdsourcing, ou « travail collaboratif » sur Internet, s’étend au sous-titrage dans le cas du site amara.org, l’article du WSJ remarque avec sagesse que « cela risque de faire passer à la trappe la distinction essentielle, mais déjà rarement appréciée à sa juste valeur, entre le sous-titrage d’un film et la traduction de son dialogue ».

  • Oscars 2013

    La nomination d’Amour aux Oscars dans des catégories autres que « film en langue étrangère » a attiré l’attention de l’Observer. Pour l’équivalent dominical du Guardian, rien d’étonnant à cela : d’ailleurs, l’accès grandissant aux films étrangers (comprendre « non anglophone ») a « ouvert de nouveaux horizons aux amateurs de cinéma britanniques ». C’est d’Amour qu’il a aussi été question au Québec : deux articles, l’un en anglais, l’autre en français, ont braqué les projecteurs sur Robert Gray, qui a accompagné Michael Haneke sur le tapis rouge. En quel honneur ? Depuis trente ans, cet interprète et auteur de sous-titrage a traduit de nombreux films nommés pour les précieuses statuettes.

  • France

    « Le blues des pros du sous-titre » : tel est le titre d’un article du site des Inrockuptibles, donnant le point de vue de deux traductrices professionnelles (dont la présidente de l’ATAA) face à la montée du fansubbing.

    Il est aussi question de fansubbing dans une étude fouillée publiée sur le site du Monde, « Le piratage a forcé l’animation japonaise à se réinventer en France », qui fournit des informations détaillées venant des éditeurs, particulièrement confrontés au phénomène du sous-titrage amateur et à l’impatience des spectateurs d’anime.



Les traducteurs parlent de traduction

  • Sur le site des Cinémas Indépendants Parisiens, on trouve sous forme d’archives sonores et de retranscriptions (en documents .pdf) cinq interventions réalisées par Jean-François Cornu et Bernard Eisenschitz en mars 2011, sur le thème « VO-VF : sous-titrage et doublage ».

  • Sur son blog, le scénariste américain John August donne la parole à un auteur français de sous-titres, Emmanuel Denizot, « puisque les sous-titreurs sont souvent les derniers scénaristes de nos films ».



Recherche et traduction audiovisuelle



Petit tour du monde

  • Allemagne

    La revue en ligne ReLü, ordinairement consacrée à la traduction littéraire, consacre un ensemble au sous-titrage (en allemand). On y trouve un texte sur la situation de la traduction audiovisuelle outre-Rhin, ainsi que des « journaux de bord » de traduction de films (dont Couscous mit Fisch, c’est-à-dire La graine et le mulet). Notons la participation à ce dossier de membres du groupement Untertitelforum, dont nous avions parlé ici même.

  • Chine

    Deux articles en anglais permettent d’avoir un aperçu de la situation de la traduction audiovisuelle en Chine, à partir d’enquêtes menées sur place. L’un se concentre sur le doublage, depuis son âge d’or jusqu’à son déclin, plutôt du point de vue de l’industrie (China Daily), tandis que le deuxième aborde davantage le sous-titrage que le doublage, en donnant la parole à des traducteurs (Global Times). Enfin, un troisième article évoque le fansubbing dans ce pays.

  • Suisse

    « Le déclin du sous-titrage », titre le magazine Migros (article en allemand). Le doublage gagne du terrain en Suisse, au grand dam des (deux) sociétés de sous-titrage du pays. Le reportage donne également la parole à des spectateurs (doublage vs. sous-titrage, le débat continue) et à des propriétaires de salles indépendantes.

    Signalons également, sur papier, un dossier de la revue Décadrages consacré au doublage, s’ouvrant sur une longue interview avec deux membres de l’ATAA. Nous y reviendrons ultérieurement.

  • Italie

    Un article de La Repubblica constate, au contraire, une légère augmentation de la présence de la VO en Italie, à partir notamment des exemples de Django Unchained et des Misérables (ce dernier, non sorti en version doublée). On trouve des témoignages de réalisateurs, de distributeurs et de directeurs artistiques.

  • Inde

    L’Inde est un pays multilingue, ce qui veut dire que les films qui y sont produits ne peuvent être compris par toute la population. C’est ce qu’explique Rekhs, une traductrice qui veut justement faire circuler les films à l’intérieur du pays au moyen du sous-titrage (article en anglais).

    On la retrouve dans un article de Variety publié à l’occasion du festival de Cannes, et se penchant également sur le sous-titrage des films indiens vers l’anglais et le français. Donnons le mot de la fin à une autre traductrice citée dans ce reportage, Nasreen Munni Kabir : « Des bons sous-titres ne peuvent pas sauver un mauvais film, mais de mauvais sous-titres peuvent en gâcher un bon. »


Revue de presse préparée par Samuel Bréan

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2013 14
mai

affiche

Du 30 mai au 1er juin, Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes) accueille la troisième édition des Journées européennes du doublage.

Au programme : une série de rencontres autour des métiers du doublage avec des auteurs, des comédiens ou encore des directeurs artistiques, ainsi que des projections de films en version française, des conférences et des ateliers.

« Que ce soit à l’occasion de [sa] métamorphose en studio de doublage, ou bien lorsqu’il bourdonnera de débats exceptionnels avec plusieurs adaptateurs et comédiens, le Cinéma de Beaulieu va devenir pendant trois jours un lieu d’expérience sans précédent », annoncent les organisateurs. « Cinéphiles aguerris ou simples curieux issus du grand public, les spectateurs auront droit à ce qu’un voile se lève pour eux sur un art dont ils ignoraient parfois jusqu’à l’existence. »

Pour tout savoir sur cette manifestation et consulter son programme complet, rendez-vous sur son site : www.jed-beaulieu.com

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2013 04
avr

Vendredi 29 mars, pour la remise du 2e Prix du sous-titrage et du 1er Prix du doublage organisés par l’Association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), la Fémis a fait salle comble ! En présence de quelque 150 invités issus du monde de la traduction, mais aussi de représentants des sociétés de distribution et des laboratoires, et de directeurs de plateau, les organisateurs de la manifestation ont commencé avec une question : « Un film, qu’est-ce que c’est ? » C’est un intense travail créatif, qui représente des années d’engagement et un investissement financier important. Pour franchir les frontières, il doit passer par une seule personne, l’adaptateur, qui a donc une lourde responsabilité. À lui de transmettre au public toute la richesse d’une œuvre en langue étrangère. Le principe paraît simple, mais sa mise en application relève de la gageure : respect du sens, aussi bien le plus évident que le plus subtil, du ton, des registres, de l’humour, des références culturelles, mais aussi fluidité de l’expression et naturel de la langue sont autant de difficultés que seuls des professionnels parviennent à surmonter. Une remarque d’un des jurés de cette année résume à merveille l’essence de ce travail : « Une bonne adaptation, c’est trouver sa liberté au milieu des contraintes. »

À n’en pas douter, les quatre lauréat(e)s y sont parvenu(e)s. Maï Boiron, distinguée pour son sous-titrage de Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, a rappelé qu’une adaptation était aussi un travail d’équipe effectué en collaboration avec des spécialistes du sujet abordé par un film. Autre point de vue du côté de Belinda Milosev, récompensée dans la catégorie Film non anglophone, pour La Parade, du réalisateur serbe de Srdjan Dragojevic. Visiblement émue, la lauréate a salué ses parents qui lui ont transmis l’amour de leur langue, ce qui lui a permis – conjointement avec le distributeur Sophie Dulac – de donner une deuxième vie à ce film militant tourné en 2010 et sorti en France début 2013.



blog la parade + zero

Changement de genre avec Sur la route. Qui mieux qu’une inconditionnelle de Jack Kerouac pour assurer l’adaptation en doublage du long métrage du même nom réalisé par Walter Salles ? Le hasard faisant parfois bien les choses, Claire Impens, lectrice assidue de l’œuvre de cet auteur majeur de la « Beat Generation », s’est en effet vu confier ce travail qu’elle a vécu comme un vrai coup de chance et un clin d’œil du destin. Enfin, dans la catégorie Film d’animation, le jury a souligné l’excellence du travail de Bob Yangasa dont l’adaptation du film Les Pirates ! Bons à riens, mauvais en tout de Peter Lord restitue à merveille l’humour so british et parvient à toucher aussi bien les enfants que les adultes.



blog les pirates + sur la route

À l’heure où certains prestataires techniques, parmi les plus prestigieux, souhaiteraient réduire l’auteur à une ligne anonyme dans les devis, la richesse et la diversité de ce palmarès mettent en avant des auteurs dont la passion reste intacte et dont la volonté de traduire dans les meilleures conditions fait d’eux les garants de l’investissement créatif et financier que représente une œuvre cinématographique. Que faut-il en conclure ? Lorsqu’un distributeur confie une telle responsabilité à une personne, il a tout intérêt à la choisir lui-même !

Venu nombreux pour soutenir les auteurs d’adaptations, le public ne s’y est pas trompé, tout comme les professionnels du secteur audiovisuel qui, par leur présence, ont témoigné de l’importance de ce métier encore méconnu. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine !




Palmarès

SOUS-TITRAGE

Film anglophone :
Maï Boiron pour Zero Dark Thirty (États-Unis) de Kathryn Bigelow (distribution : Universal)

Film non anglophone :
Belinda Milosev pour La Parade (Serbie) de Srdjan Dragojevic (distribution : Sophie Dulac)

DOUBLAGE

Film en prises de vue réelles :
Claire Impens pour Sur la route (France/États-Unis/Grande-Bretagne/Brésil) de Walter Salles (distribution : MK2, VF dirigée par Philippe Blanc)

Film d’animation :
Bob Yangasa pour Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout de Peter Lord (distribution : Sony Pictures, VF dirigée par Barbara Tissier)

Pour télécharger le dossier de presse, cliquez ici.

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2013 06
mar

Venez nombreux !

Venez nombreux !

En 2012, l’ATAA avait innové en créant le tout premier Prix du sous-titrage, afin de mieux faire connaître au grand public et aux médias les métiers qu’elle défend depuis 2006.

Forte du succès de cette première édition, l’ATAA a décidé de renouveler l’expérience. Renouveler ? Pas seulement ! Si, en 2013, un jury rassemblant des auteurs, des distributeurs et des producteurs distinguera à nouveau deux sous-titrages (Catégorie film anglophone et Catégorie film non anglophone), un second jury décernera en effet le premier Prix du doublage. Composé de trois auteurs, d’un distributeur et de deux directeurs artistiques, il statuera sur dix films choisis par le comité de sélection et sortis en salle entre janvier et novembre 2012. Comme pour le sous-titrage, deux catégories ont été définies : film d’animation et film en prise de vue réelle. Les lauréats seront désignés en fonction de quatre critères principaux : la fidélité au texte original, la qualité du français, la fluidité des dialogues et le naturel de la langue.

Les organisateurs auront le plaisir de vous accueillir le 29 mars 2013 à la Femis (6, rue Francœur, Paris 18e), à 18h30, pour la remise des Prix. Début des réjouissances à 19h précises. La cérémonie sera suivie d’un cocktail avec buffet.

Plus de renseignements à cette adresse :
http://www.ataa.fr/index.php/notre-action/prix-du-st-et-du-db.html

L’événement Facebook se trouve ici :
https://www.facebook.com/events/433403850072995/

Important : il est impératif de s’inscrire au préalable auprès de info@ataa.fr.

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2012 27
nov

En étant un brin pessimiste, on pourrait presque avoir l’impression que cela devient une habitude. Quoi donc ? Les sorties techniques uniquement doublées.

« Sortie technique », c’est le terme que l’on utilise pour désigner les films distribués dans un nombre extrêmement limité de salles parisiennes (une poignée de copies pour quelques jours seulement à l’affiche), l’objectif étant que ces œuvres puissent tout de même être considérés comme des « films de cinéma » dans l’optique de leurs droits télévision et DVD.

Cette pratique n’a rien de nouveau et témoigne généralement d’un manque de confiance commerciale du distributeur du film dans son « produit ». Mais cet été, deux œuvres ont ainsi fait l’objet de sorties techniques exclusivement en version doublée, provoquant une certaine incompréhension.

trois corniauds

Dans le premier cas, il s’agit des Trois corniauds (The Three Stooges), le dernier-né des frères Farrelly. Les frères Farrelly ? Oui, ceux-là même qui avaient réalisé Bon à tirer, dont le sous-titrage a valu à Pascale Joseph le tout premier prix du sous-titrage (catégorie « film anglophone ») remis par l’Ataa au printemps dernier.

Difficile de comprendre une telle décision, quand on sait que l’humour des films de Bobby et Peter Farrelly repose certes sur un comique de gestes et de situation, mais aussi sur des dialogues loufoques et, dans le cas du dernier opus, bourrés de références typiquement américaines, se prêtant particulièrement bien au sous-titrage. Isabelle Regnier, critique de cinéma au Monde, déplorait cette sortie technique en version doublée en ces termes fin juillet dans un billet de blog intitulé « Hérésie : Les Trois Stooges des frères Farrelly ne sortira qu’en VF » :

Entre l’intérêt très fort que certains d’entre nous, au sein de la rubrique cinéma du Monde, portons à ce duo de cinéaste, et ces diverses considérations, nous avions décidé de faire fi des arguments du distributeur, d’aller voir le film en salle et d’en publier la critique dans le journal à la fin de la semaine. C’était compter sans le dernier coup tordu, révélé qu’hier : Les Trois Corniauds ne sortira finalement qu’en vf., au Publicis à Paris et dans les Megarama en banlieue. Etant donné l’impossibilité qu’il y a à apprécier une comédie des frères Farrelly en français, et l’absurdité qu’il y aurait d’inciter un tant soit peu les spectateurs à aller le voir sous cette forme, nous avons renoncé.



margaret

Un mois plus tard, Thomas Sotinel, du même quotidien du soir, annonçait la sortie d’un « grand film qu’il ne faut pas aller voir » : Margaret, de Kenneth Lonergan. Si le « conseil » (ou le non-conseil) donné par l’auteur de l’article surprend à première vue, il s’explique là encore par un sentiment de frustration face aux conditions de cette sortie technique :

Margaret sera projeté dans une seule salle (le Publicis Champs Elysées, à Paris), en version française, une absurdité étant donnée la qualité des acteurs et des dialogues.

(…)

Je n’ai pas vu cette version pour les salles, qui dure deux heures et demie mais celle de trois heures et quart, que Kenneth Lonergan a montée pour l’édition DVD. C’est sur la foi de cette vision saisissante, (une vision de l’enfer adolescent qui se conjugue à l’enfer américain du début de de la décennie) que je me permets de m’indigner, sans surprise, mais de m’indigner quand même, face à cet épilogue français du gâchis Margaret.

Signalons par ailleurs que les magazines Première et Studio Ciné Live avaient chacun consacré plusieurs pages à Margaret cet été et gratifié le film de critiques élogieuses.

Notre étonnement face à ces sorties techniques « 100 % doublées » tient aussi à l’économie de la distribution cinématographique : on le sait, un doublage est nettement plus onéreux à réaliser qu’un sous-titrage. À la rémunération de l’auteur des dialogues VF, il faut ajouter (entre autres) les cachets des comédiens ou encore les frais d’enregistrement et de mixage, qui sont nettement supérieurs aux coûts des prestations techniques propres au sous-titrage. Dès lors, une sortie uniquement en sous-titrage est généralement en France la marque des « petits films », tandis que ce sont les films susceptibles a priori d’attirer un public plus important et distribués dans un plus grand nombre de salles qui font l’objet d’un doublage en plus du sous-titrage. Selon cette logique économique traditionnelle, le film des frères Farrelly aurait sans doute « dû » sortir à la fois en VF et en VOST, et celui de Kenneth Lonergan, peut-être uniquement en VOST, s’ils avaient été distribués normalement.

En l’occurrence, le sabotage semble donc méthodique et complet : d’une part, ces sorties techniques exclusivement parisiennes n’atteindront pas le public habituellement visé par les distributeurs qui choisissent de faire doubler leurs films (c’est-à-dire plutôt un public non parisien, même si on se gardera bien de schématiser de façon simplificatrice les préférences entre VOST et VF en France). D’autre part, le public qui aurait pu tout de même assurer quelques entrées à ces films s’ils avaient été distribués en VOST risque d’être rebuté par la perspective de les voir en VF.

Il y a vraisemblablement une logique à tout cela, n’en doutons pas. Mais… laquelle ?


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2012 10
oct

Inglourious Basterds poster

Après un premier article par Carol O’Sullivan (« Langues et traduction chez Tarantino ») et un deuxième par Nolwenn Mingant (« Le doublage de la première scène d’Inglourious Basterds (Tarantino, 2009) – Traduction, conventions et cohérence narrative »), voici un troisième texte consacré à Inglourious Basterds.

Cette fois, il s’agit d’une perspective « comparatiste » sur les différents choix de doublage retenus par les adaptateurs français, allemand, italien et espagnol du film. Ce texte a été rédigé par Anne-Lise Weidmann, traductrice et membre de l’Ataa, pour le colloque « La traduction et la réception des films multilingues » organisé les 15 et 16 juin 2012 par l’université Montpellier 3. Le blog de l’Ataa avait publié un compte rendu de l’édition précédente de ce colloque à l’occasion de la parution de ses actes. Les communications présentées en juin dernier feront l’objet d’un numéro spécial de Linguistica Antverpiensia, New Series – Themes in Translation Studies (LANS – TTS) à paraître fin 2014. En attendant, un compte rendu du colloque 2012 (rédigé par deux autres membres de l’Ataa) sera publié d’ici peu dans le numéro 2 de la revue en ligne InMedia.


À la recherche de la cohérence perdue :
étude comparative de quatre doublages d’Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009)



Anne-Lise Weidmann

Au Festival de Cannes en 2009, Quentin Tarantino déclarait au magazine Première que « doubler [Inglourious Basterds] n’aurait aucun sens puisque le fait qu’on y parle plusieurs langues est crucial. Comment doubler Christoph Waltz quand il dit « Et maintenant, parlons en anglais » ? […] Il n’est pas question de le sortir doublé aux États-Unis. Le problème pourrait venir des pays européens comme l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne qui ont l’habitude de doubler les films. » (Première n°390, août 2009)

Et de fait, on peut se demander s’il est vraiment pertinent de chercher à doubler une œuvre qui mêle quatre langues en donnant une importance à peu près équivalente à trois d’entre elles (l’anglais, le français et l’allemand, l’italien étant moins présent), et dans laquelle ces différentes langues constituent un ressort parfois capital de l’intrigue.

Force est de constater pourtant que le film a été distribué en version doublée, notamment dans les pays ayant une tradition de doublage bien établie, comme le craignait le réalisateur. En Allemagne, en Italie, en Espagne et en France, les impératifs économiques pesant sur le secteur du cinéma font qu’il est impensable de distribuer seulement en version sous-titrée un film aussi attendu que « le dernier Tarantino »[1]. Ces mêmes impératifs économiques ont pourtant été allègrement contournés lors de la sortie du film dans les pays anglophones, puisque l’œuvre a été distribuée avec sous-titres malgré l’aversion supposée des spectateurs au sous-titrage (et aux langues étrangères en général, au cinéma).

C’est de ce constat qu’est née l’idée de visionner les doublages allemand, français, italien et espagnol d’Inglourious Basterds dans une perspective en quelque sorte « comparatiste ». Voici le détail de ce « corpus » :

Inglourious Basterds – 2009, réalisé par Quentin Tarantino

Doublage allemand (titre : Inglourious Basterds)
Adaptation : Alexander Löwe
Direction artistique : Norman Matt
Studio : Berliner Synchron AG

Doublage espagnol (titre : Malditos bastardos)
Traduction : Josep Llurba
Adaptation et direction artistique : Manuel García Guevara
Studio : Sonoblok

Doublage français (titre : Inglourious Basterds)
Adaptation : Sylvie Caurier
Direction artistique : Hervé Icovic
Studio : Alter Ego

Doublage italien (titre : Bastardi senza gloria)
Traduction, adaptation et direction artistique : Fiamma Izzo
Studio : SEFIT-CDC

L’entreprise, certes répétitive, s’est avérée passionnante à bien des égards. Le choix des doublages allemand et français semblait évident : il s’agit là de deux langues « internes » au film, qui y occupent une grande place et contribuent à dessiner le cadre dans lequel se déroule l’œuvre. Il était intéressant d’étudier par quelles « pirouettes » les auteurs de ces adaptations avaient contourné certaines difficultés inhérentes au traitement d’un film multilingue. L’espagnol avait son intérêt aussi car il s’agit d’une langue « extérieure » au film, et donc d’un doublage soumis à des contraintes a priori moindres, ou en tout cas, différentes. Enfin l’italien se situait « entre deux » : langue parlée dans le film, mais dans des proportions bien moindres (quelques phrases dans la dernière demi-heure) ; langue néanmoins importante dans le dénouement de l’intrigue et sur laquelle reposent notamment certains effets burlesques.

La première remarque qui vient à l’esprit au terme de ce quadruple visionnage est qu’aucune des versions ne parvient à maintenir une cohérence absolue du début à la fin du film.

Manque de cohérence dans le choix des langues d’abord, c’est-à-dire qu’à une langue de la version originale ne correspond pas toujours une seule et même langue dans la version doublée. Le point commun des différents doublages a été de doubler tous les passages en anglais : un choix compréhensible, dans la mesure où la langue anglaise est celle que les spectateurs sont le plus habitués à voir doubler (du fait de la prépondérance des films anglophones sur le marché du cinéma européen). Mais c’est aussi un choix paradoxal. Si l’on part du principe que l’objectif du doublage est d’accroître le confort de visionnage du spectateur, on peut s’étonner du choix de doubler la langue étrangère a priori la mieux comprise du grand public et de laisser tels quels de longs passages en allemand ou en français, dont la maîtrise est moins répandue.

Corollaire du point précédent, aucune des versions étudiées ne constitue un doublage intégral de l’œuvre, comme le montre le tableau qui peut être consulté ici et qui met en parallèle les choix linguistiques généraux des différentes versions.

Sans entrer dans le détail, on a signalé pour chaque version les passages qui demeurent dans une langue autre que celle du doublage en les grisant et en les mettant en caractères gras. Cette simple vue d’ensemble un peu superficielle permet de constater que chacune des versions conserve une part importante de sonorités étrangères. Il reste notamment beaucoup d’allemand dans les doublages français, italien et espagnol, et une part non négligeable de français dans le doublage allemand.

Ce constat mérite qu’on s’y attarde un instant : il semble donc impossible de « gommer » complètement le caractère multilingue du film pour en faire un produit de pur doublage que le spectateur pourra suivre d’un bout à l’autre dans sa langue maternelle. À ce compte-là, on peut encore une fois se demander s’il est réellement utile de réaliser une « version semi-doublée » de l’œuvre, qui comporte tout de même des passages sous-titrés[2].

Dès lors, on ne comprend pas toujours la logique qui a présidé à certains choix : le « film dans le film », un faux film patriotique allemand qui est projeté dans le dernier « chapitre » d’Inglourious Basterds, est par exemple doublé dans la version italienne, alors que les dignitaires nazis qui assistent à sa projection y discutent en allemand, comme dans la version originale.

Les passages qui étaient en français dans la version originale sont pour la plupart doublés dans les versions italienne et espagnole, sauf… la première scène, longue et importante scène d’exposition dans laquelle il est manifestement impossible de faire abstraction d’un passage d’une langue (le français) à une autre (l’anglais), comme on va le voir tout à l’heure. Résultat, dans ces deux versions, la première scène est la seule dans laquelle on entend du français, une situation là encore quelque peu bancale…

Ce problème global de cohérence touche aussi l’intrigue. En effet, chacun des grands « chapitres » composant l’œuvre comporte au moins une scène où les langues ont une importance cruciale, parce qu’elles constituent un élément de suspense, contribuent à faire avancer l’intrigue ou introduisent un effet comique. La comparaison des quatre versions doublées et des partis pris d’adaptation retenus met en lumière ce point d’une façon tout à fait évidente et permet de juger du degré de respect ou de trahison de l’œuvre multilingue de départ.

Enfin, la recherche de cohérence est aussi thématique. Tout au long du film, les situations d’échanges entre personnes ne parlant pas la même langue sont soulignées et explicitées. C’est une thématique récurrente que Nolwenn Mingant résume parfaitement lorsqu’elle évoque « la capacité à parler une langue comme ce qui peut déterminer le destin d’une personne à l’époque de la Seconde Guerre mondiale »[3].

Il y aurait matière à s’attarder sur quantité d’autres éléments, tels que la transposition plus ou moins fidèle des références culturelles, le sort réservé aux personnages et aux comédiens eux-mêmes polyglottes (dont certains se doublent eux-mêmes, comme Christoph Waltz dans les versions française et allemande) ou encore les accents plus ou moins crédibles de certains des comédiens de doublage de chacune des versions visionnées. On a cependant choisi ici de s’intéresser à trois scènes d’une certaine durée qui illustrent ce que l’on peut appeler la « stratégie de doublage » globale des différentes versions et les problèmes qu’elle pose en termes de cohérence.

  • La scène d’ouverture, au cours de laquelle un Français et un Allemand parlent successivement en français, puis en anglais, puis à nouveau en français.

  • Une scène d’interprétation entre l’anglais et l’allemand au chapitre 2.

  • La scène du chapitre 5 dans laquelle un Allemand démontre sa connaissance de l’italien à des Américains qui tentent eux-mêmes de se faire passer pour des Italiens.


Pour un meilleur confort de lecture, la suite de l’article est à consulter en pdf : cliquez sur ce lien pour télécharger l’intégralité du texte.


En guise d’illustration, voici quelques vidéos (de qualité variable) correspondant aux séquences commentées :



Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Une nécessité économique affichée et assumée, y compris dans les médias grand public. Cf. l’interview de l’acteur Christoph Waltz dans le magazine Tip Berlin , consultable à l’adresse suivante : http://www.tip-berlin.de/kino-und-film/inglorious-basterds-star-christoph-waltz-im-gesprach. (Nous traduisons :

    Tip : […] Inglourious Basterds est un film impossible à doubler. On dirait qu’il a été tourné de manière à ne jamais pouvoir l’être. Les acteurs, et vous au premier chef, parlent français, allemand, anglais et italien.

    Christoph Waltz : J’ai posé de nombreuses questions à ce sujet, mais on m’a systématiquement servi un blabla marketing condescendant en guise de réponse, et hop, la discussion était close ! « Personne ne va au cinéma pour lire ! », m’a-t-on dit. Mais qui va aller voir le film, d’après eux ?  Des compromis ont été faits, des discussions sont en cours pour voir quelles scènes vont être conservées. Il y aura plus de copies que d’habitude en version originale sous-titrée en allemand.)

  2. L’idée même de réaliser un doublage pour un film tel qu’Inglourious Basterds semble à vrai dire presque un anachronisme : si le doublage convenait bien à une époque où les pays et les cultures étaient relativement isolés, le « tour de passe-passe » sur lequel repose ce mode d’adaptation n’est sans doute plus transposable à tous les films de nos jours. Le mélange des cultures, la circulation des œuvres, l’habitude prise de côtoyer des langues étrangères sont autant de facteurs qui remettent en cause la forme traditionnelle du doublage. Sans doute serait-il intéressant d’entamer une réflexion sur ce que peut être désormais un doublage « réfléchi » à l’heure de la mondialisation, un doublage adapté  aux nouvelles exigences de ce monde multiculturel…

  3. Nolwenn Mingant, « Le doublage de la première scène d’Inglourious Basterds (Tarantino, 2009) : Traduction, conventions et cohérence narrative », publié sur le blog de l’Ataa le 3 juin 2012 (http://www.ataa.fr/blog/retour-sur-inglourious-basterds-2-le-doublage-de-la-premiere-scene/).

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2012 14
juil

revue-de-presse


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Revue de presse préparée par Samuel Bréan

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2012 22
juin
Connaissez-vous le mashup ?

Connaissez-vous le mashup ?

La deuxième édition du MashUp Film Festival ouvre ses portes ce soir au Forum des Images à Paris, même si l’essentiel se déroule surtout samedi et dimanche. « Mashup », kézaco ? D’après le site du festival, « le mot mashup pourrait se traduire littéralement par « purée » : il s’agit d’un montage d’images et de sons, tirés de sources qui peuvent être très diverses, et qui sont copiés, collés, découpés, transformés, mixés, assemblés… pour créer une nouvelle œuvre ». C’est notamment l’occasion de voir l’un des « détournements » cinématographiques les plus connus : La dialectique peut-elle casser des briques ?, qui utilise les outils de la traduction audiovisuelle pour changer le sens d’un film hong-kongais.

Il sera question de ce détournement et d’autres dans ce billet, mais recommandons également plusieurs autres choses dans ce programme :

Le concept de « détournement » vient de l’Internationale Situationniste (IS), qui exista officiellement entre 1957 et 1972. « Détournement » s’emploie par abréviation de la formule : « détournement d’éléments esthétiques préfabriqués ». Ont été détournés par les « situs », à des fins militantes, des bandes dessinées, des romans-photos… Et à partir de 1971, autour de Gérard Cohen et René Viénet, des films (asiatiques), par le biais du sous-titrage ou du doublage. En 1967, Viénet a signé, dans le n°11 de la revue L’Internationale Situationniste, le texte « Les situationnistes et les nouvelles formes d’action contre la politique et l’art », prônant notamment « la réalisation de films situationnistes ».

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2012 03
juin

Inglourious Basterds poster

Après la traduction de l’article de Carol O’Sullivan publiée au mois d’avril (« Langues et traduction chez Tarantino »), voici un deuxième point de vue sur Inglourious Basterds proposé par Nolwenn Mingant, maître de conférences en civilisation américaine à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et spécialiste du cinéma américain (pour en savoir plus sur ses publications, rendez-vous sur cette page).

Nolwenn Mingant avait déjà publié en décembre 2010 un article très complet intitulé « Tarantino’s Inglourious Basterds : a Blueprint for Dubbing Translators ? » dans la revue de traduction Meta 55 (4) dont le résumé (en anglais et en français) peut être consulté ici. Nous la remercions beaucoup d’avoir écrit pour le blog de l’Ataa cet article complémentaire, centré sur la première scène du film.

Le doublage de la première scène d’Inglourious Basterds (Tarantino, 2009) -
Traduction, conventions et cohérence narrative

Nolwenn Mingant (Université Sorbonne nouvelle-Paris 3)

En 2009, Quentin Tarantino met les langues au cœur de son film Inglourious Basterds. Situé en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, le film met en scène des personnages américains, anglais, allemands et français, joués par des acteurs de ces pays. Il est important pour le réalisateur que chacun parle de façon authentique la langue de son personnage. Les dialogues en anglais, allemand, français et italien s’entremêlent alors dans une œuvre qui a tout d’un casse-tête pour les traducteurs. Car la langue n’est pas seulement là pour donner une allure authentique au film, elle joue un rôle narratif et thématique central. Dès la première scène, une rencontre d’une vingtaine de minutes entre l’officier allemand Landa et le paysan français, Lapadite, Quentin Tarantino établit les codes qui guideront son film. L’analyse de cette scène et des défis qu’elle a pu poser au moment du doublage en français est riche d’enseignements non seulement pour le film dans son ensemble, mais pour les pratiques de doublage en général.

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Au premier abord, la scène d’ouverture suit les conventions classiques utilisées à Hollywood. La langue française est utilisée pendant les cinq premières minutes, accompagnée de sous-titres. Puis, une remarque habile de la part de l’officier allemand permet de passer à l’anglais : il déclare ne pas parler assez bien français pour continuer la conversation dans cette langue et propose de passer à l’anglais. Cette convention fait appel à une attitude traditionnelle de la part du spectateur anglophone : la suspension volontaire de l’incrédulité. Il lui paraît tout à fait crédible que le militaire allemand et le paysan français parlent couramment anglais. Seule une pointe d’accent vient rappeler, à nouveau de façon très codifiée, l’origine nationale des personnages. L’origine de cette convention est bien entendu d’assurer le confort du spectateur anglophone en faisant parler les personnages dans sa langue.

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