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2013 25
juin

Les heureux élus !

Les heureux élus !

Les élections au Conseil d’administration de la Scam ont eu lieu le 19 juin. Les 11 % d’adhérents qui ont voté, un pourcentage plus élevé que lors des scrutins antérieurs, ont désigné Christophe Ramage pour occuper le siège « Traducteurs » rattaché au Collège audiovisuel. S’il a fait le plein de voix (voir les résultats ici), c’est grâce à la mobilisation de l’ensemble de la profession. Merci à tous !

Lors de sa première réunion, le vendredi 21 juin, le nouveau Conseil a élu Julie Bertuccelli à la présidence de la Scam. Là encore, c’est une première : Julie Bertuccelli sera la première femme à prendre la direction de notre société d’auteurs. Elle en connaît bien les coulisses puisqu’elle siégeait déjà au Conseil d’administration. Nous lui souhaitons bonne chance dans sa mission.

Historique, cette élection l’est enfin, car le nouveau Conseil d’administration sera le premier à ne voir siéger aucun des membres fondateurs de la Scam.



RÉFÉRENDUM « RETRAITE »

Ce printemps, avare en soleil, a été riche en scrutins ! Celui du référendum consacré à la cotisation retraite a vu le « oui » l’emporter largement (les résultats sont disponibles dans l’espace auteur). Le principe de la cotisation est donc accepté. Les modalités précises et la date de mise en place du précompte sur les droits d’auteur versés par la Scam restent à définir. Affaire à suivre.


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2013 19
fév

L’ATAA a le plaisir d’annoncer la naissance de L’Écran traduit, revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles, dont nous avions parlé ici même il y a quelques mois.

Le premier numéro de cette revue semestrielle est consultable à l’adresse suivante : http://ataa.fr/revue/.

ET numéro 1

Au sommaire :

- Un dossier sur le doublage en Allemagne (cinq articles)

- Un entretien avec Charles Vannier, directeur technique de Wild Bunch

- Un article sur l’inaudibilité et la traduction audiovisuelle

- « De l’écrit à l’écran », autour d’Anna Karénine… Et d’autres choses encore.

 

Bonne lecture et à bientôt !




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2012 19
nov

Lors de la réunion publique de l’Ataa qui s’est tenue à la Scam le 23 octobre dernier, l’association a annoncé la création d’une revue consacrée à la traduction/adaptation audiovisuelle. Voici les grandes lignes de ce projet.


(English text below.)

Merci à Samuel Bréan pour la traduction en anglais. Les photos de Groucho Marx et Cathy O’Donnell illustrant ce billet sont empruntées au blog
Le vieux monde qui n’en finit pas.



Groucho

1. Pourquoi une revue ?

En 2009, l’Ataa a décidé de créer un blog, celui-là même où vous lisez ces lignes. Après trois ans et 118 articles publiés (soit entre deux et trois par mois), divers problèmes se posent. Parmi eux, celui du caractère hybride des billets publiés : d’une part, le blog comporte des billets d’actualité relativement courts, des revues de presse, des communiqués, des informations pratiques sur la vie de l’association… D’autre part, on y trouve aussi des articles « de fond », des articles présentant un intérêt historique qu’il nous semble intéressant de republier, des traductions d’articles, des portraits… Ces billets très différents ne s’articulent pas toujours au mieux, de notre point de vue et il est parfois difficile de trouver un équilibre entre « brèves » et articles plus fouillés. C’est pour cette raison qu’est née l’idée d’une revue : les articles courts, les brèves d’actualité, les revues de presse, ainsi que les billets qui concernent la vie de l’association proprement dite, resteront sur le blog. La revue accueillera les autres types d’articles et permettra de les mettre mieux en valeur.

L’objectif est également de donner une plus grande visibilité à l’Ataa et aux métiers qu’elle défend. L’ATLF (Association des traducteurs littéraires de France) et la SFT (Société française des traducteurs) publient chacune une revue semestrielle (respectivement TransLittérature[1] et Traduire), deux publications établies de longue date et bien connues dans le milieu de la traduction. Or il n’existe, à notre connaissance, aucune revue consacrée spécifiquement à nos métiers, quelle que soit sa langue de publication, si bien qu’il nous a semblé pertinent de combler cette lacune. Depuis sa création, l’Ataa mène une vraie réflexion sur nos métiers et s’efforce de les faire mieux connaître, ce projet s’inscrit donc aussi dans cette ambition.


2. Quelle revue ?

La revue que l’Ataa se propose de créer s’intitulera : L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles. Un titre qui s’entend métaphoriquement, cela va de soi ! Un comité de rédaction a été créé, qui comporte trois traducteurs membres de l’Ataa : Samuel Bréan, Jean-François Cornu et Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit sera une revue :

  • en ligne et gratuite : chaque article sera consultable sur le site de la revue et il sera également possible de le télécharger sous forme de fichier .pdf (ou de télécharger toute la revue) pour un meilleur confort de lecture.

  • semestrielle : le premier numéro sera publié au début de l’année 2013.

  • principalement en français : les contributions seront acceptées en français et en anglais (et, éventuellement, dans d’autres langues, mais dans la mesure où la langue de publication principale de la revue sera le français, cela nécessite un travail de traduction pour lequel il n’est pas toujours facile de trouver des bonnes volontés.)

  • qui traitera de la traduction audiovisuelle sous toutes ses formes (sous-titrage, doublage, voice-over) et quels que soient ses supports de diffusion (cinéma, télévision, etc.).

  • ouverte à différents types de contributions :

    • des articles de fond, tant sur la traduction elle-même que sur les traducteurs. Il peut s’agir de textes inédits, mais nous voulons aussi mettre en valeur des articles déjà existants (traductions, republications) ;

    • dans le même ordre d’idées, des articles et documents à valeur « historique », en français ou dans d’autres langues, susceptibles d’être republiés ;

    • des entretiens avec des traducteurs/adaptateurs, des « journaux de bord » de traduction, mais aussi des entretiens avec des professionnels exerçant un métier connexe à la traduction/adaptation audiovisuelle ;

    • des critiques d’ouvrages consacrés à la traduction/adaptation audiovisuelle

  • ouverte à des thématiques assez larges dont voici une liste non exhaustive : questions traductologiques propres à l’audiovisuel ; questions transversales communes à la traduction/adaptation audiovisuelle et à d’autres types de traduction ; langues rares et traduction/adaptation audiovisuelle ; aspects techniques et technologiques de la traduction/adaptation audiovisuelle ; métiers connexes  ; questions historiques et esthétiques liées au sous-titrage, au doublage, au voice-over ; questions liées à l’économie de la traduction/adaptation audiovisuelle (exemple : marché du sous-titrage ou du doublage dans tel pays) ; questions liées au droit d’auteur…

  • sans a priori intellectuel : L’écran traduit ne se positionne ni comme une revue de chercheurs universitaires, ni comme un recueil de billets d’humeur, mais quelque part entre les deux… Elle a à cœur d’informer sur la traduction/adaptation audiovisuelle, mais aussi de contribuer à la recherche non-universitaire sur ces questions par des points de vue et des formes d’articles éclectiques.

  • au lectorat potentiellement varié : traducteurs, chercheurs indépendants, universitaires, mais aussi personnes intéressées par le cinéma ou l’audiovisuel qui voudraient s’informer sur ces thèmes sous l’angle de la traduction/adaptation audiovisuelle. En somme, ce n’est surtout pas une revue « à usage interne ».

Ajoutons que nous aimerions beaucoup que des traducteurs participent à la revue, puisque l’objectif est aussi de faire entendre la voix des professionnels. Cette participation peut bien sûr prendre différentes formes : des articles écrits directement par les adaptateurs, des entretiens et des portraits, ou encore des « journaux de bord » relatant par exemple les difficultés rencontrées lors d’un travail d’adaptation particulièrement intéressant. Il y a souvent beaucoup à dire et à écrire sur une traduction/adaptation, nous espérons que cette nouvelle revue donnera l’occasion aux auteurs de faire connaître leur pratique quotidienne à un plus large public, toujours dans la perspective de faire mieux connaître nos métiers.

À partir du numéro 2 de la revue, un appel à contribution sera diffusé aussi largement que possible, qui présentera la revue et les articles dont nous sommes demandeurs. Pour illustrer le type de contributions que nous aimerions publier, nous vous invitons à (re)découvrir certains textes publiés jusqu’à présent sur le blog de l’Ataa et qui auraient eu toute leur place dans L’écran traduit : un texte à valeur historique accompagné de notes (première partie, seconde partie), un article de l’universitaire Nolwenn Mingant sur la première scène du film Inglourious Basterds et un portrait d’une professionnelle exerçant un métier lié à la traduction/adaptation audiovisuelle (première partie, seconde partie).

N’hésitez pas à nous faire part de vos idées et commentaires à l’adresse revue@ataa.fr, et rendez-vous dans quelques mois pour le premier numéro ! Il y sera notamment question de l’histoire du doublage en Allemagne, du sous-titrage chez Jean-Luc Godard et du rôle d’un directeur technique chez un distributeur cinématographique…



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At its last public meeting on October 23rd, 2012, ATAA announced a new journal on audiovisual translation/adaptation. Here is an outline of this project.


1) Why create a journal?

Cathy O Donnell

In 2009, we decided to create the ATAA blog (where you are probably reading this announcement). After three years and 118 articles (an average of two or three per month), we are facing several issues. The main one is the hybrid nature of the different posts: on the one hand, the blog includes short pieces such as news round-ups on audiovisual translation (AVT) and announcements from the association, but it also features longer pieces, vintage articles of historical interest, translated articles, profiles… These very different blog posts don’t always fit well together: it is sometimes hard to find the right balance between “short announcements” and in-depth articles. We therefore decided to create a journal, leaving the shorter pieces, news items, news round-ups and announcements for the blog while all the other types of articles will be published in the journal and thus given a better exposure.

This also aims to make ATAA and the professions that it stands up for more visible. In the French context, two other translators’ associations, ATLF (the French literary translators’ association) and SFT (the French translators’ association), have been publishing their own, respected, biannual journals – TransLittérature[2] and Traduire, respectively – for a long time. However, to the best of our knowledge, no journal in any language is specifically dedicated to AVT in its various forms. We think it useful to try and fill this gap.


2) What kind of journal?

The journal published by ATAA will be called L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles [“The Translated Screen: a journal on audiovisual translation and adaptation”], obviously a metaphorical title. The editorial board is made up of three translators and ATAA members: Samuel Bréan, Jean-François Cornu and Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit will be:

  • a free, online journal – all articles will be directly available on the journal website, and also downloadable as .pdf files (as will be each issue as a whole) to make for easy reading.

  • biannual – the first issue is due in early 2013.

  • mainly in French, although submissions in English will also be accepted (and published both in English and in French). Submissions in other languages may be accepted on an individual basis, but as the main publication language is French, this will require an extra unpaid translation effort not always easy to provide for.

  • about AVT in all its forms (subtitling, dubbing, voiceover) and in all kinds of media (cinema, television, etc.).

  • open to different kinds of submissions:

    • in-depth articles on AV translation and translators. We are looking for unpublished material, but we would also like to showcase existing articles by translating and/or republishing them.

    • suggestions of old articles or documents with a historical value, in French or other languages, that could be reproduced.

    • interviews with translators, “translation diaries”, but also interviews with non-translators working in the AVT field.

    • reviews of books on AVT.

  • open to a broad range of topics. Here is an incomplete list: translation studies pertaining to the audiovisual field; cross-disciplinary issues common to AVT and other types of translation; rare languages in AVT; technical and technological aspects of AVT; professions connected to AVT; historical and aesthetic issues linked to subtitling, dubbing, and voiceover; issues related to the economy of AVT (e.g. the market of subtitling or dubbing in a given country); issues of audiovisual translators’ moral rights…

  • without any intellectual biasL’écran traduit doesn’t position itself as a scholars’ journal nor as a collection of opinion columns, but somewhere in-between. It aims to provide information about AVT, but also to contribute to non-scholarly research on these matters by publishing personal insights and a wide range of articles.

  • aimed at a potentially varied readership – translators, independent scholars, academics, but also people who take an interest in cinema and other audiovisual media and would like to know more about these topics under the angle of AVT. In brief, it is not “for internal use only”.

We warmly welcome contributions from translators in the journal, since one of our objectives is to make the professionals’ voice better heard than it currently is. This can be achieved in a number of ways: articles written by translators, interviews, profiles, and “translation diaries” explaining specific difficulties encountered while translating a particularly interesting audiovisual text. We hope that this new journal will give audiovisual translators the opportunity to introduce a larger readership to their day-to-day crafts, as part of our ongoing concern with communicating about our professions.

From issue number 2 onward, a call for papers will be circulated as widely as possible, to introduce L’écran traduit to potential contributors and describe the types of articles we are looking for.

By way of example, ATAA blog posts (in French) which are more similar to the “journal article” text type include:

To all our readers: please don’t hesitate to share your ideas and comments at revue@ataa.fr, and see you in a few months for the debut issue! It will include a dossier on dubbing in Germany, a piece on subtitling Jean-Luc Godard’s films, an interview with the head of a technical department in a film distribution company…



Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Signalons que l’ATLF a récemment numérisé et mis en ligne en .pdf les 43 numéros de TransLittérature: www.translitterature.fr.
  2. ALTF has recently digitized and put online in PDF format all 43 back issues of TransLittérature: www.translitterature.fr.
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2012 13
nov

Du nouveau sur le site de la Scam

Du nouveau sur le site de la Scam

Il y a un an, la Scam (Société civile des auteurs multimédia) offrait aux auteurs d’œuvres audiovisuelles la possibilité de déclarer leurs œuvres en ligne. Désormais, ce service est également accessible aux traducteurs de l’audiovisuel pour les traductions de documentaires.

Le formulaire de déclaration est accessible après connexion à l’Espace Auteur sur le site de la Scam (bouton « Connexion membre » dans la barre de menu en haut à droite).

Sur le fond, la procédure n’a pas changé : l’auteur remplit le formulaire en ligne et fournit une attestation de traduction ou une copie de son contrat. La nouveauté est qu’il n’est pas nécessaire d’imprimer le bulletin de déclaration et qu’il est possible d’envoyer une version numérisée de l’attestation.

Attention : si la déclaration doit être cosignée par plusieurs auteurs ou si l’adaptateur ne peut pas envoyer les documents complémentaires par voie électronique, l’impression du bulletin et l’envoi par voie postale restent impératifs.

Enfin, en cas d’erreur, le menu « Mes œuvres déclarées via Internet » permet d’annuler une déclaration.

Quant aux adaptateurs qui préfèrent en rester aux bulletins papier et aux attestations photocopiées, ils peuvent bien sûr continuer à déclarer leurs adaptations sous cette forme.



déclaration Scam

Aperçu du nouveau formulaire de déclaration en ligne (capture d’écran au 13/11/2012).


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2012 18
juil


1. Adaptation, vous avez dit adaptation ?

Ce n’est pas un hasard si l’ATAA est l’Association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel. L’adaptation, c’est même un élément essentiel pour les professionnels de la traduction audiovisuelle. Mais que signifie exactement ce terme ? Au sens le plus large, il désigne le fait d’écrire une version française (sous-titrée ou doublée) qui, au-delà des techniques de traduction proprement dites et des spécificités de la langue cible, tienne compte

  • des contraintes propres à chaque spécialité de la traduction audiovisuelle (contraintes de temps et de lisibilité en sous-titrage, par exemple) ;

  • du caractère oral des dialogues que l’on traduit ;

  • de l’image, indissociable des éléments parlés de l’œuvre ;

  • enfin, du public auquel est destinée l’œuvre traduite.

C’est surtout ce dernier point qui nous intéresse et nous semble mériter quelques explications, car il peut paraître étonnant. Après tout, « traduire », si l’on en croit l’édition 2010 du dictionnaire Le Robert, c’est « faire que ce qui était énoncé dans une langue naturelle le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique et expressive des deux énoncés » ; cette définition renvoie bien à l’idée de fidélité et de respect de l’énoncé original. Autrement dit, s’adapter au public cible d’une œuvre, n’est-ce pas prendre le risque de trahir l’œuvre d’origine ? La question se pose de façon particulièrement aigüe dans la traduction de documentaires en voice-over pour la télévision : rappelons en effet que dans ce cas, les voix des comédiens français viennent se superposer ou se substituer aux propos prononcés dans la version originale du programme. C’est par conséquent sur cette forme de traduction audiovisuelle que nous allons nous concentrer.

« Adapter », c’est aussi la grande constante des consignes transmises aux traducteurs de l’audiovisuel par leurs clients.

« d’une manière générale, ne pas hésiter à ADAPTER. »

… concluent ainsi les lignes directrices fournies par un laboratoire de postproduction parisien.

Adaptation du script

  • Trois priorités :
    - Alléger
    - S’approprier le texte + traduire l’esprit plus que les mots
    - Respecter justesse de la langue et des infos
  • Style : style oral mais correct, dynamique, précis, aéré, phrases courtes, fluides, valeur ajoutée / image, gommer les répétitions et les récap, créer apartés
  • Vocabulaire : accessible et cohérent

… indiquent les consignes de la chaîne France 5, établies il y a quelques années dans le but avoué de « créer un ton + moderne, à l’opposé du docu-sieste » (citation extraite du document transmis par la chaîne à ses prestataires de postproduction et à ses traducteurs). Mais concrètement, en quoi consiste l’adaptation ?



2. Il y a adaptation… et adaptation

Commençons par un exemple très élémentaire : lorsque, dans un documentaire anglophone, une distance est exprimée en miles, l’adaptateur qui traduit pour un public français convertira sans états d’âme la distance en kilomètres. C’est une mesure de bon sens, le degré zéro de l’adaptation, en quelque sorte : il en va simplement de la bonne compréhension du documentaire par son public.

Autre exemple tout aussi évident : les documentaires, britanniques ou américains, notamment, comportent en général des coupures publicitaires toutes les 15 minutes. Lorsque ces programmes sont destinés à être diffusés en un seul bloc en France, il est logique pour le traducteur de supprimer les phrases annonçant les coupures publicitaires (« Dans un instant… », « Après la pause… ») et les récapitulatifs de la narration. Il peut soit les remplacer par une phrase un peu passe-partout, soit décaler à cet endroit une autre phrase de narration présente ailleurs dans la version originale, soit laisser quelques secondes de silence dans la narration. Là encore, c’est une simple question de bon sens.

Mais le travail de l’adaptateur va généralement plus loin que cela, et si la plupart des commanditaires de traductions audiovisuelles ont pour mot d’ordre : « Adaptez ! », cette consigne recouvre parfois des exigences assez différentes, qui varient en fonction des diffuseurs des documentaires, c’est-à-dire des chaînes de télévision.

  • Dans certains cas, il s’agira simplement de contrôler les informations vérifiables données dans le documentaire (dates, ordres de grandeur, noms propres, etc.) et de corriger le cas échéant les erreurs. Présenté sous cette forme, cela n’a l’air de rien. Mais cela signifie tout de même que l’on attend du traducteur/adaptateur qu’il refasse en quelques jours une partie du travail de recherche effectué parfois sur plusieurs mois par le réalisateur du documentaire. Adapter, c’est donc tout d’abord rectifier.

  • Il est généralement bien vu aussi de gommer les redondances qui peuvent survenir au sein d’un même documentaire : si une information a déjà été donnée au spectateur une minute auparavant, il paraît en effet peu utile de la répéter. Un exemple issu d’un documentaire allemand sur une clinique des Petites Antilles : à la cinquième minute du programme, un chirurgien détaille le mode de financement de l’établissement :

    « Il y a des patients fortunés qui viennent se faire soigner ici. (…) On leur facture 30 dollars par consultation. Cette somme nous permet de soigner gratuitement deux autres personnes qui ne peuvent pas payer leurs soins. Ici, les hommes politiques sont très riches, par exemple. Quand l’un d’eux vient se faire soigner ici, je n’ai aucun scrupule à lui faire payer deux fois les honoraires que payent les autres – jusqu’à 60, 90 ou 120 dollars. »

    40 secondes plus tard, la narration allemande indique, littéralement :

    « Les médecins délibèrent sur le cas [du patient n°1]. Une opération de la colonne vertébrale coûterait au moins 5 000 dollars. Une somme qu’ils doivent d’abord gagner auprès de patients aisés. »

    Et une minute plus tard :

    « Sur cinquante patients quotidiens, un sur deux seulement se voit présenter une facture. Comme [le patient n°2]. Il contribue alors à payer les frais d’un patient qui doit être opéré.« 

    Dans ces deux paragraphes de narration, il est possible, sans priver le spectateur d’informations importantes, de supprimer les redondances sur le financement de la clinique (en rouge). Adapter, c’est donc aussi alléger.

  • Le traducteur/adaptateur est souvent incité à rendre le texte du documentaire « plus vivant ». Cela peut passer par des formulations plus percutantes que celles de la narration originale (dont l’effet somnifère est parfois puissant, il faut l’avouer), mais aussi par un resserrement du texte, lorsque c’est possible sans nuire au contenu, par exemple en supprimant un élément de contexte redondant pour le spectateur.

    Exemple tiré cette fois d’un documentaire allemand sur les trains canadiens :

    « Neben dem Bahnsteig stehen Busse bereit. Morgens bringen sie die Fahrgäste hierher, wenn der Zug nach Whistler abfährt und am späten Nachmittag, wenn er wieder zurück ist, geht’s nach Vancouver Downtown. »

    Littéralement : « Près du quai, des bus se tiennent prêts. Le matin, ils transportent les passagers jusqu’ici pour le départ du train vers Whistler, et en fin de journée, lorsqu’il est de retour, il les conduit au centre de Vancouver. »

    Le spectateur a déjà été informé de la destination du train dont il est question et de la fréquence de ses trajets (départ le matin, retour le soir) ; il est donc possible de raccourcir le texte comme suit :

    « Non loin du quai, des bus attendent les passagers. Matin et soir, ils assurent la navette avec le centre de Vancouver. »

    Tant qu’il n’y a pas de déperdition d’information pour le public, il est toujours préférable d’opter pour des formulations aussi directes que possible. Ici, adapter, c’est toujours alléger, mais encore resserrer, voire dynamiser.

  • Dans certains cas, cette double exigence de « légèreté » et de « dynamisme » est poussée encore un peu plus loin. Si la version originale du documentaire est particulièrement répétitive, si les informations données dans la narration sont peu intéressantes, si le ton général est laborieux, le traducteur/adaptateur est invité à fournir une version française fortement remaniée. Adapter consiste alors très clairement à pimenter et à réécrire, quitte à s’éloigner grandement du documentaire original et à supprimer des phrases entières de narration.

  • Des adaptations peuvent également être bienvenues dans le ton du documentaire. Tonalité trop larmoyante (dans certains programmes, souvent de type télé-réalité, où l’on « sort les violons » toutes les deux minutes), déclarations péremptoires sur la supériorité du pays dont est issu le documentaire, ou encore affirmations susceptibles de choquer par exemple, sont alors à modérer dans la mesure du possible lors de la traduction, afin que le documentaire gagne en neutralité. Adapter, c’est alors neutraliser, parfois aplanir.

  • Des exigences de style sont parfois imposées au traducteur : le diffuseur peut lui demander de modifier dans sa traduction le registre d’expression de tel ou tel intervenant, voire le registre de la narration. Curieusement, cela peut aller ou dans le sens d’une élévation du niveau de langue ou dans le sens au contraire d’une « familiarisation » de celui-ci. On pourra ainsi lire l’article de Francine Kaufmann paru dans Meta : journal des traducteurs (volume 49, numéro 1, avril 2004) et intitulé « Un exemple d’effet pervers de l’uniformisation linguistique dans la traduction d’un documentaire : de l’hébreu des immigrants de ‘Saint-Jean’ au français normatif d’ARTE » pour trouver un bon exemple d’« expurgation » des incorrections et des maladresses de langage dans les propos recueillis dans un documentaire. À l’inverse, nous nous souvenons d’un programme consacré à une colonie de singes, dont la narration, dans la version originale, était rédigée dans un style tout à fait classique (sans doute trop aux yeux du diffuseur, dont nous tairons le nom par charité). Dans la version française, la chaîne avait demandé que toute la narration soit réécrite dans un style « jeune », en utilisant au besoin du verlan. Nous laisserons les lecteurs juger du bien-fondé de cette exigence. Adapter, c’est parfois aussi déformer et trahir, pour dire les choses crûment.

  • Certaines chaînes demandent de surcroît que le texte de la version française soit moins dense en informations et moins compliqué que la version originale du documentaire. Là, adapter devient simplifier, voire rendre simpliste, et parfois appauvrir son vocabulaire. Les consignes en la matière sont variables, en voici trois qui nous ont été transmises lors de la traduction d’une série documentaire sur l’archéologie :

    - supprimer le plus possible les noms propres d’origine étrangère (ce qui est extrêmement pratique lorsque le documentaire relate les travaux d’archéologues britanniques et allemands en Inde…) ;

    - remplacer systématiquement « non loin de » par « près de », « demeurer » par « rester », « extrêmement » par « très », etc. ;

    - sabrer les raisonnements et les explications afin de les alléger au maximum. Et peu importe si au final, cela donne parfois des séquences sans queue ni tête, où l’on passe sans transition d’une prémisse à une conclusion. Il n’y a plus qu’à espérer que le téléspectateur regarde le documentaire un peu distraitement et ne soit pas trop exigeant sur la rigueur des démonstrations…



3. Problématique, l’adaptation ?

Tant qu’il s’agit de rectifier, d’alléger et de dynamiser un documentaire, les mesures d’adaptation demandées par les chaînes de télévision sont tout à fait acceptables. Elles font partie du travail normal du traducteur/adaptateur – et il est d’ailleurs assez agréable, pour ce dernier, d’avoir la liberté de s’éloigner un peu du texte d’origine lorsqu’il comporte des redondances et des lourdeurs évidentes. La vérification d’informations (et leur correction éventuelle) semble également aller de soi dans le cadre du travail de recherche qu’effectue le traducteur/adaptateur spécialisé dans le documentaire.

L’opération devient problématique

  • lorsque les mesures d’adaptation demandées en amont au traducteur risquent de déformer, trahir, simplifier à l’extrême, aplanir et appauvrir le documentaire d’origine. On se trouve alors face à un problème déontologique de fidélité à l’œuvre d’origine et de respect des intentions de l’auteur du documentaire.

  • lorsque les mesures d’adaptation souhaitées par la chaîne entraînent en aval d’importantes modifications du texte du traducteur, parfois contre son gré. Dans la mesure où son nom apparaît au générique du documentaire, il n’est pas normal que le traducteur soit obligé d’accepter une réécriture parfois radicale de son texte sans être consulté du tout ou sans avoir la possibilité de refuser ces modifications (ce dernier cas est certes rare, mais il existe).

Si de telles situations peuvent se présenter, c’est sans doute parce qu’en voice-over, contrairement à ce qui se fait en sous-titrage (mode de traduction des documentaires qui a pratiquement disparu à la télévision, mais qui garantit une plus grande fidélité de l’adaptation en raison de la présence simultanée de la traduction écrite et du texte original parlé), le documentaire traduit est souvent traité comme un « produit audiovisuel » bien plus que comme une « œuvre ». Les chaînes de télévision qui acquièrent des programmes ont leur propre ligne éditoriale et se font une idée précise de ce qu’elles veulent diffuser. Autrement dit, si la version originale des documentaires qu’elles ont achetés ne correspond pas tout à fait à leur ligne éditoriale, elles souhaiteront tout de même que la version française corresponde à ce « moule » et attendront du traducteur qu’il s’adapte à ce cahier des charges, quelle que soit la version originale… Or rappelons que le droit au respect de l’œuvre implique que nul ne peut modifier cette œuvre sans l’accord de son auteur ; dans les deux cas cités ci-dessus, ce grand principe du droit d’auteur se trouve enfreint.

La question du rôle du traducteur se pose également : il est parfaitement normal que l’on exige de lui qu’il fournisse une traduction comportant un certain degré d’adaptation ; mais la réécriture complète du documentaire et la suppression subjective et/ou aléatoire d’éléments d’information dont la présence est a priori justifiée sont-elles vraiment de son ressort ? On peut considérer aussi qu’il s’agit là d’un travail différent qui devrait incomber aux rédacteurs des chaînes en amont de la traduction, surtout au vu des variations observées dans les consignes transmises par un même diffuseur à ses traducteurs en fonction des documentaires ou des séries de programmes concernés. Une plus grande clarté dans les exigences posées, voire (on peut rêver) un signalement des passages à exclure d’emblée de la traduction, permettrait de perdre moins de temps en allers et retours entre traducteurs, prestataires de postproduction et chaînes, et d’éviter de nombreuses crises de nerfs.

Enfin, on peut évoquer aussi le point de vue du public : les chaînes de télévision continuent de viser, encore et toujours, un « grand public » aux contours imprécis. D’une part, les chaînes dites thématiques se multiplient (et parmi elles, celles qui diffusent pour l’essentiel des documentaires) et s’efforcent de conquérir de nouveaux publics dans un paysage audiovisuel où le nombre de diffuseurs a littéralement explosé ; d’autre part, les grandes chaînes historiques voient leurs propres parts d’audience décliner par un effet mathématique et tentent de les remplumer en s’adressant elles aussi à un public aussi large que possible. Autrement dit, il n’existe pas réellement de « spectateur-type ». Le « grand public » susceptible de passer une soirée devant un documentaire historique, par exemple, compte aussi bien des spectateurs qui allument par hasard leur télévision et suivent d’un œil distrait le programme sans avoir la moindre connaissance préalable sur les faits qui lui sont présentés, que des passionnés connaissant en profondeur l’époque évoquée, et qui seront donc particulièrement vigilants et critiques face à un documentaire à la tonalité simpliste. De notre point de vue, le nivellement par le bas demandé par certains télédiffuseurs qui jugent que leurs spectateurs regardent les documentaires « tout en faisant la cuisine » (cette expression est celle d’une personne chargée des versions multilingues d’une grande chaîne publique) n’a donc pas lieu d’être.

Partir du principe que les téléspectateurs regardent les documentaires d’un œil distrait et n’ont qu’un temps de cerveau disponible limité, déclarer aux traducteurs qu’il ne faut pas trop se creuser la tête parce que « ce n’est jamais que de la télé », tout cela est insultant à la fois pour le travail des traducteurs et pour le public. Après tout, lorsqu’une chaîne achète une série de documentaires consacrée à un sujet scientifique ou historique pointu, on peut espérer qu’elle en visionne au moins quelques épisodes et qu’elle a donc conscience d’acquérir des programmes exigeants. La meilleure volonté du monde ne permet pas de transformer un documentaire sur les philosophes antiques en talk-show.

Ou alors, il ne faut plus acheter que de la télé-réalité…




Ce billet, dû à la traductrice qui tient le blog « Les Piles Intermédiaires » est publié simultanément sur ledit blog.


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2012 13
mai

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Que vous voyez cinéphile, amateur de séries télévisées ou fondu de documentaires, vous côtoyez régulièrement la traduction/adaptation audiovisuelle qui vous accompagne dans ses diverses déclinaisons (sous-titrage, doublage ou voice-over) pour vous permettre de profiter au mieux de ces œuvres étrangères.

Mais connaissez-vous vraiment la traduction/adaptation audiovisuelle ? Savez-vous ce qu’est une simulation ? Un TC ? Une VM ? Un doubleur ?

Pour en savoir plus, l’Ataa vous propose un petit quiz consacré à la traduction/adaptation audiovisuelle : sept questions pour tester vos connaissances et découvrir les coulisses de nos métiers.

Rendez-vous sur le site de l’association, vous serez peut-être surpris !

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2012 21
jan

Lors de la dernière réunion publique organisée par l’Ataa à la Scam, le 8 novembre 2011, Caroline Hartman a présenté les résultats d’une enquête menée auprès des traducteurs/adaptateurs travaillant vers une langue autre que le français. Voici une synthèse des réponses collectées.

Ce questionnaire a été adressé à la fin de l’été 2011 à 100 adaptateurs et a recueilli 66 réponses.

Question 1 : Es-tu inscrit à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, l’organisme collecteur chargé de reverser aux adaptateurs de l’audiovisuel les droits d’auteur relatifs au doublage et au sous-titrage des films de long métrage, des fictions ou des séries diffusées au cinéma, à la télévision ou sur DVD) ?

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Si « non », est-ce :
a) par manque de temps ?
b) parce que tu ignorais que tu pouvais t’inscrire à la Sacem ?
c) parce que la Sacem t’a fait savoir que tu n’y avais pas droit ?
d) autre

Pas inscrites à la Sacem

Si oui, est-ce pour :
a) des diffusions sur TV5
b) des DVD-multilingues
c) les deux
d) autre

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Conclusion : trop peu d’adaptateurs vers des langues étrangères sont inscrits à la Sacem, alors qu’ils en ont tout à fait le droit et peuvent percevoir des droits sur les diffusions TV5 et sur les DVD multilingues commercialisés en France et dans les pays étrangers dont les sociétés d’auteur ont signé un accord de réciprocité avec la Sacem. Ce questionnaire aura permis de sensibiliser les traducteurs à la question, de les aider à identifier les programmes sur lesquels ils peuvent toucher des droits, et de les encourager à adhérer à la Sacem.

La répartition des droits sur VOD (vidéo à la demande), souvent proposée avec un choix de sous-titres ou de doublages dans plusieurs langues, sera l’un des prochains combats à mener auprès de la Sacem.



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Question 2 : T’es-tu inscrit(e) à la Scam (Société civile des auteurs multimedia, la société d’auteurs qui répartit les droits sur les doublages et sous-titrages de documentaires) ?
a) oui
b) non

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Très peu d’adaptateurs vers une langue étrangère sont adhérents de la Scam, et aucun d’entre eux ne touche de droits d’auteur sur des adaptations vers une langue étrangère. Ceci est principalement dû au fait que cette société d’auteurs ne répartit pas ou peu les droits sur les documentaires édités en DVD, alors que ces adaptations relèvent bien de son répertoire. Les adaptateurs vers des langues autres que le français comptent se joindre à leurs confrères de langue française pour faire avancer ce dossier.



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Les deux questions suivantes avaient pour but de faire connaître l’Ataa et le Snac (Syndicat national des auteurs et des compositeurs).

Question 3 : Es-tu membre de l’Ataa ?
a) oui
b) non

Question 4 : As-tu adhéré au Snac ?
a) oui
b) non

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Seul un faible pourcentage d’adaptateurs est adhérent du Snac. Il faut dire que ce syndicat, qui défendait auparavant les intérêts des adaptateurs « vers le français », n’a que très récemment changé ses statuts pour prendre en compte plus largement les auteurs de « dialogues et commentaires d’œuvres audiovisuelles dans une langue différente de celle du tournage ».



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Question 5 : Vers quelle(s) langue(s) traduis-tu ?

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A partir de quelle(s) langue(s) ?

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L’éventail de langues représentées est vaste ! C’est l’occasion de rappeler que même dans le cas d’une adaptation vers le français, il est toujours préférable de faire appel à un spécialiste de la langue étrangère considérée, plutôt que de passer par ce que l’on appelle une « traduction relais » (faire adapter un film à partir d’une liste de sous-titres réalisés préalablement dans une autre langue, souvent l’anglais) pour des raisons de budget ou de temps. L’adaptateur de langue française peut au besoin travailler en binôme avec son confrère spécialiste de la langue « rare » en question si celui-ci ne manie pas parfaitement le français (à ce sujet, voir aussi la p. 21 de la brochure de l’Ataa « Faire traduire une oeuvre audiovisuelle« ), et les deux traducteurs peuvent alors signer l’adaptation ensemble. Sans oublier qu’il existe des adaptateurs parfaitement bilingues qui travaillent dans les deux sens, et d’autres qui prennent eux-mêmes l’initiative de se faire relire par un confrère de langue maternelle française.



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Question 6 : Tu fais :
a) doublage
b) sous-titrage
c) voice-over
d) traduction avant doublage français

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Ce questionnaire a permis à un certain nombre d’adaptateurs vers des langues autres que le français de se réunir et d’échanger sur ces questions : un plus pour renseigner d’autres confrères, faire circuler les informations et aller vers la résolution de certains problèmes communs à tous les adaptateurs, quelle que soit leur langue maternelle.

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2011 15
nov

(Cliquer ici pour lire le premier volet de cet entretien.)

Dans la seconde partie de l’entretien, Marie-Céline Noclain revient sur les liens entre traducteurs et directeurs artistiques, le rôle du client final dans la réalisation d’une version française, le (triste) sort parfois réservé aux traductions en enregistrement et l’évolution des exigences vis-à-vis des adaptations.

Y a-t-il des demandes précises des rédacteurs Arte s’agissant de la direction artistique ? Comment la chaîne contrôle-t-elle l’étape de l’enregistrement ?

Le contrôle en amont, c’est le casting que propose le D.A. : il transmet systématiquement des échantillons de voix à la chaîne, qui fait son choix. Arte peut aussi demander qu’un programme soit confié à un D.A. donné, en fonction du style de direction des uns et des autres. Pour certains documentaires, le rédacteur vient en outre assister à l’enregistrement. Dans ce cas, je sais qu’une partie de la direction artistique va m’échapper, c’est comme ça… Mais dans l’ensemble, le contrôle se fait surtout a posteriori : la version française doit être encore validée par Arte une fois qu’elle est enregistrée et mixée.

Il y a aussi la fameuse indication « Direction artistique fine, s’il vous plaît ! » qui figure parfois sur les bons de commande. Là, on fait de son mieux en sachant que le client sera très exigeant sur le résultat, mais on ne dispose pas d’indications plus précises. En revanche, rien n’empêche le D.A. d’appeler le rédacteur et d’orienter son travail en fonction de cet échange. C’est une pratique courante.

L’une des demandes de la chaîne, c’est aussi qu’on lui apporte « du sang neuf » et de fait, les comédiens se renouvellent beaucoup. Il y a quelques années, une autre société de postproduction strasbourgeoise a commencé à faire venir de Paris des comédiens de doublage pour les enregistrements de documentaires, ce qui ne se faisait qu’exceptionnellement auparavant. Les autres laboratoires lui ont emboîté le pas, et ça a entraîné une grosse évolution dans le style d’interprétation des textes.

En définitive, ça correspond à ce que souhaite Arte : s’éloigner d’un style de documentaires un peu plat et sans relief. Les traitements très neutres sont désormais réservés à l’information et aux reportages. Pour tout le reste, il faut incarner davantage le texte, être vivant.

Les traductions ont suivi ce mouvement ?

Oui, on est allé vers plus d’adaptation et plus de simplicité. À une époque, il y avait des règles sacro-saintes, des mots à bannir : on avait par exemple l’interdiction formelle d’utiliser le passé simple, jugé trop littéraire. Aujourd’hui, on estime que son emploi peut se justifier sans alourdir la traduction, que tout dépend du contexte. « Être » et « avoir » étaient pratiquement bannis au profit de verbes plus riches ; cette règle paraît un peu désuète, maintenant. La traduction évolue autant que la langue française.

On préfère globalement la simplicité, pour éviter de noyer les téléspectateurs dans un flot de paroles. Ça crée aussi des dilemmes, bien sûr : il ne s’agit pas de tout niveler et j’aime aussi entendre du beau français. Comme en toute chose, il faut trouver un juste milieu.

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2011 02
nov
Marie-Céline Noclain

Un bon D.A. doit savoir où il va !

Que devient une traduction/adaptation de voice-over une fois que son auteur l’a rendue ? Après relecture, elle passe entre les mains d’un directeur artistique qui va superviser l’enregistrement des voix.

Marie-Céline Noclain exerce ce métier de directrice artistique (elle préfère dire « D.A. ») dans le créneau spécialisé des documentaires Arte, après avoir dirigé pendant plusieurs années le service multilingue d’une société de postproduction strasbourgeoise. Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus sur cette profession aux contours parfois flous et sur ses liens avec la traduction/adaptation audiovisuelle.

Parcours, compétences et méthode de direction artistique sont au programme de la première partie de cet entretien en deux volets.

Quel a été ton parcours ?

J’ai fini mes études par un DEA d’études germaniques, avec un mémoire orienté sur la télévision. À l’époque, j’ai postulé auprès de Carmin Films (aujourd’hui Seppia) à Strasbourg et je suis tombée au bon moment, car la responsable du service multilingue était sur le point de s’en aller. J’ai été retenue pour le poste, mes fonctions se partageaient entre une partie coordination (planning des traductions et des enregistrements, arrivée des commandes, livraisons, etc.) et une partie relecture de traductions. J’étais contente de faire des relectures parce que je suis plutôt une littéraire… Petit à petit, j’ai délégué certains aspects organisationnels pour faire davantage de relectures et m’intéresser de plus près aux castings. Je m’occupais aussi des relations avec le client (Arte), des discussions de fond avec les différents rédacteurs de la chaîne ou encore des éventuels litiges sur les traductions.

Comment es-tu ensuite arrivée à la direction artistique ?

À l’origine, la notion de D.A. était assez floue chez les laboratoires de postproduction travaillant pour Arte. Certains en avaient, d’autres pas, les ingénieurs du son se débrouillaient souvent tous seuls… c’était un peu informel. Jusqu’au jour où Arte a demandé expressément à ses prestataires de faire appel à un directeur artistique, vers 2004. Je n’avais pas forcément prévu de me lancer là-dedans, mais après tout, je connaissais les rédacteurs chez Arte, je connaissais les textes, puisque je les relisais, et je connaissais aussi les comédiens… Je me suis dit que j’allais essayer.

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2011 19
sept

Qu’est-ce que le partage intersocial ? Que devient le bulletin de déclaration envoyé par un auteur de traduction audiovisuelle à sa société de répartition ? Comment est fixé le montant des droits reversés aux auteurs par les chaînes de télévision ?

Dans son numéro 40 de mai 2011, la Lettre de la Scam (Société civile des auteurs multimédia), Astérisque, proposait un long article intitulé « La perception et la répartition pour les nuls », qui répond à ces questions et à bien d’autres encore. Cet aperçu des coulisses de la Scam nous a semblé intéressant à reproduire sur le blog de l’Ataa, puisqu’il concerne notamment les auteurs de traductions/adaptations de documentaires.

Le chapeau de l’article annonce notamment que « la déclaration en ligne des œuvres sera une réalité de la Scam avant la fin de l’année ». Et de fait, l’extranet de la Scam (c’est-à-dire l’espace réservé à ses membres) a fait peau neuve cet été.

Scam 01
Scam 02

Le bulletin de déclaration d’une traduction audiovisuelle, qu’il fallait auparavant remplir à la main, prend désormais la forme d’un document PDF que l’on peut compléter directement sur son ordinateur. Il faut encore l’imprimer pour le communiquer à la Scam, mais ce changement est d’ores et déjà appréciable. En attendant une déclaration 100% en ligne (réservée pour l’instant aux réalisateurs de documentaires), vous pouvez découvrir les étapes de la perception et de la répartition des droits dans l’article qui suit.

Un grand merci à son auteure et à la Scam, qui nous ont autorisés à reproduire ce texte.

La perception et la répartition
pour les nuls

Béatrice de Mondenard

Pour mieux comprendre à quoi correspond la retenue statutaire pour frais de gestion, prélevée sur les droits versés aux auteurs.

Dans un monde rêvé, les auteurs déclarent en ligne, les œuvres ont un numéro d’identification, les opérateurs font un reporting exhaustif des œuvres exploitées, et des logiciels sophistiqués permettent de calculer à qui reverser quoi. Ce ne sont pas là des utopies puisque la déclaration en ligne des œuvres sera une réalité de la Scam avant la fin de l’année. Dans l’attente, pour que les sommes perçues par la Scam auprès des diffuseurs et opérateurs soient bien réparties aux auteurs, des équipes s’activent pour saisir les bulletins, les analyser et les enrichir. Visite guidée des services de perception, documentation et répartition.

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