preload
2016 07
oct

loupdans labergerieUber est le symbole d’une nouvelle façon de travailler, si controversée qu’elle a donné naissance à un mot, la fameuse uberisation. Maintenant, imaginez qu’Uber se dise : « Quel dommage, il y a tant de gens là-bas, en région, qui ne peuvent pas bénéficier de la merveilleuse facilité de transport qu’offre Uber…» Alors, il décide de lancer une expérience : « Tu habites en rase campagne ; conduire, tu en rêves depuis toujours. Alors, tiens-toi bien, je vais te prêter une voiture. Comme ça, tu pourras être au volant toute la journée. Et même la nuit. Tu emmèneras des clients d’un point A à un point B. Mais comme tu adores ça, tu vas le faire gratuitement, parce que bon, c’est une passion, on ne va pas en plus te payer. Nous, par contre, on récupérera des sous sur tes courses. Enfin, ça nous fera de la pub et puis on aura des subventions. C’est normal, on est là pour faire le Bien, aider les gens à se déplacer, tout ça, mais on ne peut pas se permettre de le faire gratuitement, on a des frais. Alors, tu signes ? Tu ne sais pas conduire ? T’inquiète, tu as la passion. Le reste, ça viendra tout seul. Ah, j’oubliais, si jamais tu as un accident, ce sera de ta poche. C’est quand même toi qui es au volant. »

Inconcevable ? C’est pourtant ce que vient de faire Arte Europe, avec la bénédiction, et les subsides, de la Commission européenne. Dans un autre registre, évidemment. La voiture, ce sont des programmes télévisés que la chaîne a coproduits. Les clients, les habitants de petits pays d’Europe, et donc de « langues mineures », soit toutes les langues sauf l’anglais, l’allemand, l’espagnol, le français et le polonais. Et les conducteurs ? Ma foi. C’est peut-être vous, lecteur. Des sous-titreurs amateurs, prêts à donner de leur temps, de leur compétence, de leur enthousiasme pour faire rayonner Arte dans toute l’Europe. Non, pardon, pour « rendre ses programmes accessibles à des gens qui ne pouvaient jusque-là en bénéficier. » Des gens dont, finalement, Arte ne doit pas avoir grand-chose à faire, puisqu’ils ne méritent pas de voir ses programmes sous-titrés par des professionnels, comme c’est le cas pour les chanceux que nous sommes, nous, les « grands » pays européens.

Cette initiative d’Arte soulève tant de questions qu’elle en donne le tournis : aspect légal, respect du droit d’auteur, du droit du travail, des processus nécessaires pour obtenir une traduction fidèle à l’œuvre d’origine, fragilisation d’une profession essentielle à la compréhension entre les peuples, et qui n’a pas besoin d’un coup de couteau dans le dos. Mais un point peut-être choque plus que d’autres. Cette hiérarchie implicite, sourde, faite entre les langues. L’Europe est riche de sa diversité linguistique, clament en chœur Arte et la Commission européenne. Mais au moment de leur donner un prix, le masque tombe : ta langue, ami roumain, danois, slovène, croate, norvégien, portugais, grec ? Elle vaut exactement zéro.

tags:
2012 14
juil

revue-de-presse


Pour retrouver toutes les revues de presse de l’Ataa, cliquez ici.









Revue de presse préparée par Samuel Bréan

tags:
2011 27
déc

<em>Series Addict</em>, l'addiction aux séries vue par Olivier Joyard

Series Addict, l'addiction aux séries vue par Olivier Joyard


Canal + a diffusé début décembre un documentaire réalisé par Olivier Joyard, Series Addict, qui a suscité de vives réactions de la part des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel. Il nous semblait donc nécessaire de revenir sur la question.

Pour ceux à qui la polémique aurait échappé, ce documentaire est une enquête somme toute bien faite sur le phénomène des séries et leur évolution au cours de ces dernières années. Mais un passage, finalement bien peu de choses dans ces 50 minutes de film, a fait réagir nombre d’entre nous. En effet, le « fansubbing » y est, on peut le dire, littéralement porté aux nues.

Le documentaire prend le temps d’expliquer comment travaillent ces fansubbers, qualifiés de « sous-titreurs » par le narrateur. A l’aube, ces « héros de l’ombre » téléchargent les vidéos et les transcriptions pour sourds et malentendants, puis ils dispatchent chaque épisode entre différents subbers : certains traduisent, d’autres synchronisent, d’autres enfin, corrigent…

Là où le bât blesse, c’est qu’Olivier Joyard donne uniquement la parole aux fans et aux fansubbers, ce qui produit un discours assez surprenant, car ce documentaire affirme sans argumenter, sans remettre en question un seul instant l’éloge inconditionnel des fansubbers, et sans s’interroger sur les conditions de réalisation du fansubbing, que ce soit en termes de qualité ou de légalité.

Pas un mot sur le droit d’auteur, une notion reconnue internationalement à travers la Convention de Berne, ni sur le Code de la Propriété Intellectuelle français (voir lien à la fin de l’article) ou sur l’illégalité dans laquelle œuvrent les fansubbers. Oliver Joyard est auteur, ignore-t-il que les traducteurs audiovisuels le sont aussi ? Ignore-t-il le rôle important que le droit d’auteur joue dans la création audiovisuelle ou préfère-t-il laisser croire à son public tous les poncifs qu’on entend sur le sujet du piratage ? Le fansubbing serait un acte militant pour apporter la culture gratuite et défendre les fans de séries contre les gros producteurs qui s’en mettent plein les poches ? Naïf ou malhonnête ? A voir.

Si cette complaisance dans la présentation du fansubbing est un choix du réalisateur, qui est libre de donner la direction qu’il souhaite à son documentaire, elle nous amène à poser d’autres questions. Que pense donc Olivier Joyard du phénomène illégal qu’il encense ainsi ? Lui-même auteur, comprend-il le risque que représentent pour la création le fansubbing et le piratage ? Pourquoi n’a-t-il pas l’honnêteté de reconnaître que la majorité des sous-titres de fansubbing sont de piètre qualité, remplis de fautes et de contresens, mal synchronisés, repérés à la hache, rédigés en dépit du respect de la lisibilité du spectateur ?

De même, cela ne pose-t-il pas problème à Canal+, une chaîne payante qui a bâti son image sur des productions de qualité et sur la diffusion de séries en exclusivité, de diffuser un documentaire qui fait l’apologie d’une pratique qui va directement à l’encontre de ses valeurs et de ses intérêts économiques ? En effet, ce phénomène met directement l’industrie audiovisuelle en danger, ainsi que celle du doublage et du sous-titrage. Car si les séries ne sont plus regardées à la télévision mais piratées, elles rapportent moins d’argent aux chaînes françaises, qui peuvent encore moins investir dans le doublage et le sous-titrage.

Certes, certaines plaintes avancées par les fans sont légitimes. Il est vrai que le retard entre les diffusions américaines et françaises est considérable. Et quand les chaînes font l’effort de mettre les épisodes à disposition très rapidement, c’est à des prix prohibitifs. De plus, les téléspectateurs qui souhaitent se tourner vers les éditions DVD sont souvent confrontés à des sous-titrages catastrophiques, payés au rabais et réalisés par des non professionnels engagés par de grandes multinationales de la localisation. Mais, d’une part, le droit de se plaindre ne donne pas le droit de voler, et, d’autre part, les fans ne pousseront pas les chaînes à faire davantage d’effort en les volant. Deux évidences qui semblent avoir échappé à Olivier Joyard.

Voilà pourquoi ce documentaire nous a choqués, notamment sur une chaîne dont les points forts sont la qualité et l’innovation, deux ambitions incompatibles avec le piratage. Nous souhaitions donc exercer notre droit de réponse et le faisons tout d’abord en publiant ce billet sur le blog de l’Ataa avant de passer à une action plus large qui visera à faire connaître et souligner les lacunes de ce documentaire.



Un lien indispensable : « Fansubbing et droit d’auteur : le sous-titrage par les fans d’œuvres protégées est-il légal ? »


tags:
2009 13
mai
If you pay peanuts...

If you pay peanuts... hire a monkey !

Dans son numéro de mars dernier, l’excellent magazine Générique(s) a consacré un article au sous-titrage. Sa rédaction nous a aimablement autorisés à le diffuser en intégralité. Le voici donc.

Le sous-titre est l’ami du sériphile friand de VO. Mais qui sait vraiment comment il est fabriqué ? Eléments de réponse.

Sylvain Gourgeon et Guillaume Regourd

Les sous-titres, on a fini par ne plus les remarquer. Ce qui est exactement le but. Cet outil formidable pour apprécier une œuvre en langue étrangère à sa juste valeur sans être forcément bilingue, est de plus en plus populaire, notamment auprès des sériphiles. Pourtant la méconnaissance autour de sa fabrication reste immense, alors même que l’essor du sous-titrage amateur est venu souligner l’importance de sa qualité. Voici une panoplie de questions parfois pointues, parfois élémentaires, que nous avons posées à des acteurs privilégiés de la scène sous-titrage, qu’ils soient pros (Estelle Renard, adaptatrice entre autres sur les séries Reno 911 et Battlestar Galactica, et présidente de l’ATAA, l’Association des Traducteurs/Adaptateurs de l’Audiovisuel) ou amateurs (Guillaume, François et Marie du site Sub-way.fr) pour tenter d’y voir un peu plus clair.

suite »

tags:
2009 25
mar
couverture Générique(s) mars 2009

couverture Générique(s) mars 2009

Le magazine Générique(s) publie ce mois-ci un article de 3 pages sur le sous-titrage en général et celui des séries en particulier. Interviews croisées de fansubbers et d’un auteur de sous-titrage professionnel (membre de l’ATAA bien sûr), éclairage sur le métier, les contraintes techniques, économiques etc… Bref une mine d’infos à mettre entre toutes les mains !

http://www.generiques-mag.com/

tags: