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2013 26
jan


Claus Stenhøj, traducteur danois, est auteur de sous-titres indépendant depuis dix-sept ans et membre du syndicat danois des sous-titreurs. Lors de l’édition 2012 du colloque Languages and the Media, fin novembre 2012, il a présenté une contribution en anglais intitulée « English Master Templates – Help or Hell? ». Il nous a semblé intéressant d’en publier ici une version abrégée avec l’accord de l’auteur, car elle pointe du doigt une pratique problématique pour de nombreux auteurs de sous-titres dans le monde.


Listes types de repérage : rêve ou cauchemar ?


Claus Stenhøj


Depuis l’avènement du DVD il y a maintenant plus de dix ans, les auteurs de sous-titrage sont souvent amenés à travailler avec des listes types de repérage (English Master Templates, EMT), c’est-à-dire un prédécoupage de la totalité des dialogues en anglais. Les EMT apportent-ils un progrès ? Les sous-titreurs rêvaient-ils vraiment de ce nouvel outil ? Mon expérience du sous-titrage au Danemark et en Scandinavie, ainsi que les témoignages de collègues travaillant par exemple en Inde, au Portugal, en Slovénie et en Finlande, m’ont inspiré les réflexions suivantes.

L’un des objectifs des EMT est de rendre le travail plus rapide, pour raccourcir les délais. Mais ces listes types, produites dans des pays où le sous-titrage interlinguistique (c’est-à-dire de traduction) n’est pas ancré dans les habitudes, imposent leurs normes dans d’autres pays : Scandinavie, Pays-Bas, Belgique, Portugal ou France, par exemple. Et ce, sans considération des particularités locales, alors que cet art s’y perfectionne depuis plus de 80 ans au cinéma et 50 à la télévision. La plupart des sous-titrages DVD que j’ai vus ces dix dernières années allaient à l’encontre des règles respectées en Scandinavie, notamment en ce qui concerne la vitesse de lecture. Je n’ai pas à donner de leçons de sous-titrage pour sourds et malentendants aux labos américains et britanniques – même si l’envie m’en démange. Dès lors que leurs produits ne franchissent pas leurs frontières, ils ne me gênent pas. L’ennui est que ces sous-titres – si tant est qu’on puisse appeler ainsi un script arbitrairement décomposé par des étudiants ou des jeunes gens au pair – sont exportés pour servir de modèles.

Le résultat est catastrophique. Les EMT pèchent par manque de concision, puisqu’ils se contentent de reproduire les dialogues en intégralité après un découpage sommaire. De ce fait, le temps de lecture laissé pour chaque sous-titre est ridiculement bref. Et la qualité est largement en dessous de celle obtenue quand le processus se déroule de A à Z dans le pays de destination, où les normes sont le fruit de décennies d’expérience. Au Danemark, tout le monde regarde les films en VOST, pas seulement les sourds et malentendants.

Avec des dialogues prédécoupés en anglais, seul le repérage est utilisable. Et encore, pour assimiler des sous-titres qui s’affichent pendant moins d’une seconde, il faut être champion de lecture rapide ! Nous, professionnels qualifiés, sommes donc contraints soit de livrer un produit de mauvaise qualité, soit de tout reprendre. Or, il est souvent aussi chronophage de réparer les dégâts que de tout faire d’un bout à l’autre – et encore faut-il qu’on nous autorise à modifier le modèle.

Pour transformer cette bouillie en sous-titres dignes de ce nom, c’est-à-dire pour refaire le repérage, nous ne touchons pas un sou de plus, bien entendu. Car l’autre finalité de ces saucissonnages absurdes est de réduire les coûts. L’an dernier, à Londres, j’ai demandé aux labos présents au colloque Media for All combien ils payaient aux traducteurs une traduction réalisée à l’« aide » de listes types de repérage, par rapport à une traduction normale. Pour toute réponse, je n’ai eu obtenu qu’un silence assourdissant. En effet, le travail avec EMT est souvent rémunéré à 25 % de celui réalisé sans EMT. Pourtant, le client final débourse, disons, 80 % de ce prix. Pour le labo qui vend presque « plein pot » un produit de seconde classe, c’est tout bénéfice. Il aurait de quoi en remontrer à un marchand de voitures d’occasion.

Condenser les dialogues en tenant compte de la vitesse de lecture normale et selon un repérage adapté au rythme des plans du film ou de l’émission, c’est l’essence même du métier de sous-titreur. Il est vain de croire que l’on peut obtenir mieux, plus vite et pour moins cher en confiant ce travail à des personnes sous-qualifiées et sous-payées. Le résultat s’avérant exécrable, sans même être plus économique pour le client final – puisque ce passage à la moulinette lui est facturé au prix fort – on perçoit difficilement l’intérêt des listes types de repérage, mis à part pour faire de l’argent facile. Pour les distributeurs de DVD et les multinationales du sous-titrage, elles sont juste un nouveau moyen de tirer sur les coûts.

Pour les vrais professionnels, l’outil rêvé des labos n’est qu’un cauchemar. Sans lui, ils produiraient des adaptations de qualité bien supérieure.


Traduction synthétisée : Marie-Christine Guyon


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2012 21
jan

Lors de la dernière réunion publique organisée par l’Ataa à la Scam, le 8 novembre 2011, Caroline Hartman a présenté les résultats d’une enquête menée auprès des traducteurs/adaptateurs travaillant vers une langue autre que le français. Voici une synthèse des réponses collectées.

Ce questionnaire a été adressé à la fin de l’été 2011 à 100 adaptateurs et a recueilli 66 réponses.

Question 1 : Es-tu inscrit à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, l’organisme collecteur chargé de reverser aux adaptateurs de l’audiovisuel les droits d’auteur relatifs au doublage et au sous-titrage des films de long métrage, des fictions ou des séries diffusées au cinéma, à la télévision ou sur DVD) ?

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Si « non », est-ce :
a) par manque de temps ?
b) parce que tu ignorais que tu pouvais t’inscrire à la Sacem ?
c) parce que la Sacem t’a fait savoir que tu n’y avais pas droit ?
d) autre

Pas inscrites à la Sacem

Si oui, est-ce pour :
a) des diffusions sur TV5
b) des DVD-multilingues
c) les deux
d) autre

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Conclusion : trop peu d’adaptateurs vers des langues étrangères sont inscrits à la Sacem, alors qu’ils en ont tout à fait le droit et peuvent percevoir des droits sur les diffusions TV5 et sur les DVD multilingues commercialisés en France et dans les pays étrangers dont les sociétés d’auteur ont signé un accord de réciprocité avec la Sacem. Ce questionnaire aura permis de sensibiliser les traducteurs à la question, de les aider à identifier les programmes sur lesquels ils peuvent toucher des droits, et de les encourager à adhérer à la Sacem.

La répartition des droits sur VOD (vidéo à la demande), souvent proposée avec un choix de sous-titres ou de doublages dans plusieurs langues, sera l’un des prochains combats à mener auprès de la Sacem.



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Question 2 : T’es-tu inscrit(e) à la Scam (Société civile des auteurs multimedia, la société d’auteurs qui répartit les droits sur les doublages et sous-titrages de documentaires) ?
a) oui
b) non

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Très peu d’adaptateurs vers une langue étrangère sont adhérents de la Scam, et aucun d’entre eux ne touche de droits d’auteur sur des adaptations vers une langue étrangère. Ceci est principalement dû au fait que cette société d’auteurs ne répartit pas ou peu les droits sur les documentaires édités en DVD, alors que ces adaptations relèvent bien de son répertoire. Les adaptateurs vers des langues autres que le français comptent se joindre à leurs confrères de langue française pour faire avancer ce dossier.



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Les deux questions suivantes avaient pour but de faire connaître l’Ataa et le Snac (Syndicat national des auteurs et des compositeurs).

Question 3 : Es-tu membre de l’Ataa ?
a) oui
b) non

Question 4 : As-tu adhéré au Snac ?
a) oui
b) non

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Seul un faible pourcentage d’adaptateurs est adhérent du Snac. Il faut dire que ce syndicat, qui défendait auparavant les intérêts des adaptateurs « vers le français », n’a que très récemment changé ses statuts pour prendre en compte plus largement les auteurs de « dialogues et commentaires d’œuvres audiovisuelles dans une langue différente de celle du tournage ».



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Question 5 : Vers quelle(s) langue(s) traduis-tu ?

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A partir de quelle(s) langue(s) ?

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L’éventail de langues représentées est vaste ! C’est l’occasion de rappeler que même dans le cas d’une adaptation vers le français, il est toujours préférable de faire appel à un spécialiste de la langue étrangère considérée, plutôt que de passer par ce que l’on appelle une « traduction relais » (faire adapter un film à partir d’une liste de sous-titres réalisés préalablement dans une autre langue, souvent l’anglais) pour des raisons de budget ou de temps. L’adaptateur de langue française peut au besoin travailler en binôme avec son confrère spécialiste de la langue « rare » en question si celui-ci ne manie pas parfaitement le français (à ce sujet, voir aussi la p. 21 de la brochure de l’Ataa « Faire traduire une oeuvre audiovisuelle« ), et les deux traducteurs peuvent alors signer l’adaptation ensemble. Sans oublier qu’il existe des adaptateurs parfaitement bilingues qui travaillent dans les deux sens, et d’autres qui prennent eux-mêmes l’initiative de se faire relire par un confrère de langue maternelle française.



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Question 6 : Tu fais :
a) doublage
b) sous-titrage
c) voice-over
d) traduction avant doublage français

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Ce questionnaire a permis à un certain nombre d’adaptateurs vers des langues autres que le français de se réunir et d’échanger sur ces questions : un plus pour renseigner d’autres confrères, faire circuler les informations et aller vers la résolution de certains problèmes communs à tous les adaptateurs, quelle que soit leur langue maternelle.

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