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2013 16
avr

couv traduire

Pour son numéro de décembre 2012, la revue Traduire de la Société française des traducteurs (SFT) se penche, le temps d’un copieux cahier spécial, sur la traduction dans le domaine des sciences sociales (ou des sciences humaines, les deux appellations sont employées assez indifféremment dans le dossier). Parler de traducteurs « spécialisés » dans les sciences sociales serait manifestement un non-sens, tant sont vastes les domaines abordés dans ce cahier : philosophie, économie écologique, finance, architecture, administration publique, etc.

Les différentes contributions de ce numéro placent leur focale à une distance plus ou moins grande de l’acte de traduction, ce qui permet de multiplier les angles d’approche.

Ainsi, l’article de Gisèle Sapiro qui ouvre le dossier commence par décrire un phénomène dans sa globalité, celui de la circulation des ouvrages traduits dans le domaine des sciences humaines, et balaye en quelques pages l’édition de traductions d’ouvrages de sciences sociales ainsi que ses enjeux et les obstacles qu’elle rencontre à l’heure de la mondialisation[1].

L’article d’Alice Berrichi « La traduction en sciences sociales », complémentaire de celui de Gisèle Sapiro, s’attache lui aussi à dépeindre la circulation des traductions d’ouvrages de sciences sociales, en présentant les problèmes qui se posent en la matière ainsi que les difficultés propres au transfert d’une langue à une autre des concepts et des termes appartenant à ce vaste ensemble de disciplines.

Un cran plus près des praticiens proprement dits, signalons, sous la plume de Verónica Román, un aperçu très complet de la place du traducteur dans le marché de la traduction économique et financière (tributaire de phénomènes de grande ampleur tels que la mondialisation ou la crise actuelle), ainsi qu’un regard sur le rôle de la traduction et de l’interprétation au sein des services publics espagnols (Carmen Valero Garcés). Où l’on apprend qu’ont lieu au niveau international des rencontres entre services de traduction et d’interprétation de la fonction publique de différents pays, et qu’il existe, à l’échelon espagnol, un réseau de chercheurs et de formateurs en traduction et interprétation qui joue un rôle d’observatoire permanent de la communication entre les langues et entre les cultures.

« De la traduction en philosophie » (par Tiina Arppe, chercheuse et traductrice) nous laisse entrapercevoir les défis de la traduction de la philosophie en finnois (« Lorsqu’une de mes amies finlandaises, qui habite en France, avait un jour mentionné à l’une de ses connaissances locales, professeur de philosophie, que j’étais en train de traduire un texte de Jacques Derrida vers le finnois, cette connaissance avait constaté laconiquement que c’était certainement un bon moyen de se suicider »). Problèmes étymologiques et de champs lexicaux sont abordés au moyen d’exemples très parlants (malgré notre absence de familiarité avec le finnois) et aboutissent à une conclusion éclairante : « Il ne s’agit pas en philosophie de traduire un « savoir » objectif unique, un ensemble de faits réels, auxquels le traducteur pourrait faire référence pour réussir son travail. Ses choix reposent toujours sur sa propre interprétation du texte philosophique – autrement dit, traduire un texte philosophique, c’est aussi toujours en quelque sorte philosopher, raisonner sur des questions de philosophie. »

Avec l’article de Tiina Arppe, nous nous sommes rapprochés de la pratique proprement dite de la traduction en sciences sociales et sciences humaines. Une série de textes creuse ce sillon : celui de Sabri-Fabrice Sayhi (« Traduire dans le domaine de l’économie écologique ») détaille les problèmes terminologiques propres à la traduction dans le domaine complexe (car transdisciplinaire, puisque touchant à la fois au développement économique et à l’environnement) de l’économie écologique. Plusieurs exemples concrets (notion de soutenabilité, recours aux métaphores, emploi des adjectifs « écologique » et « environnemental ») débouchent sur une réflexion intéressante quant au caractère idéologique de cette terminologie et aux glissements de sens que l’on y constate. L’article s’accompagne d’un petit glossaire anglais-français-espagnol. Dans une autre discipline, l’architecture, un article de Kim Sanderson (« À la poursuite de l’intangible ») évoque certaines difficultés de traduction très concrètes rencontrées par l’auteur (anglophone) face à un ouvrage de Le Corbusier présentant la particularité de mêler l’allemand et le français.

Trois articles élargissent la thématique du dossier principal : « Parlons du traducteur : rôle et profil » (Marie-Hélène Catherine Torres), « La face cachée de la révision » (Charles Martin) et une contribution qui nous intéresse plus directement, sur la version doublée en français d’un film italien sorti en 2002 (« Traduction multimédia et voix régionales : la version française du film Respiro d’Emanuele Crialese », par Antonino Velez). Si son lien avec la traduction en sciences humaines semble ténu, ce dernier article est néanmoins fouillé et analyse en détail les stratégies de restitution (plus ou moins fructueuses) des particularités sociolinguistiques du film dans son doublage, notamment le recours fréquent au dialecte sicilien (et le décalage entre dialecte et italien « standard »), la traduction des toponymes ou encore le rendu de certaines expressions argotiques. Une gageure dans une œuvre qui semblait prédestinée à être exclusivement sous-titrée pour sa distribution en France (film d’art et essai, en italien, mêlant italien et dialecte sicilien). On notera cependant que l’auteur évoque peu, dans son explication des choix d’adaptation, certaines contraintes propres au doublage (telles que le synchronisme des répliques avec le mouvement des lèvres des acteurs de la version originale) et surtout qu’il ne mentionne nulle part le nom de l’auteur des dialogues doublés qu’il analyse…

Un numéro éclectique, en résumé, qui permet de se faire une idée de la richesse des thématiques que l’on peut être amené à aborder en traduisant dans le domaine des sciences humaines et des sciences sociales. Un certain nombre d’articles sont du reste eux-mêmes traduits d’une autre langue (espagnol, anglais, finnois), ce qui permet aussi de constater que les traducteurs talentueux ne manquent pas dans les sciences humaines et sociales.


Traduire n°227, décembre 2012, « Éco, socio, philo… & co », 136 pages

Pour commander un numéro de Traduire ou vous abonner (deux numéros par an), contactez la Société française des traducteurs à l’adresse traduire@sft.fr ou rendez-vous sur cette page.

À noter : les adhérents de l’ATAA souhaitant s’abonner à Traduire bénéficient d’un tarif préférentiel (30 euros par an au lieu de 40).



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couv TL

Contrairement à ce numéro de Traduire, la dernière livraison de TransLittérature, la revue de l’Association des traducteurs littéraires de France, n’est pas axée sur une thématique unique et centrale.

Le numéro 44 (hiver 2013) s’ouvre sur un nouvel article de la série « Côte à côte », qui compare les différentes traductions publiées d’œuvres littéraires. Cette fois, ce sont les premières lignes de La Métamorphose de Kafka que Corinna Gepner passe au crible, au moyen de cinq traductions françaises récentes. Si l’exercice peut laisser le lecteur sur sa faim (« La suite ! », est-on tenté de réclamer), il est mené de façon intéressante par l’auteur de l’article, qui décortique les difficultés propres au texte allemand et les spécificités de chaque traduction.

Ce premier article nous place d’emblée « à hauteur de traducteur », aux prises avec les mots eux-mêmes, leurs pièges et leurs insuffisances. Plusieurs autres contributions adoptent cette même perspective, à commencer par le journal de bord tenu par Patricia Barbe-Girault qui relate la traduction épineuse de The Life (de Malcolm Knox, paru en France sous le titre Shangrila aux éditions Asphalte en 2012). Un défi à tous points de vue : pavé de plus de 500 feuillets, anglais d’Australie, écriture déconcertante à nulle autre pareille et plongée dans le milieu du surf des années 1970, un domaine que la traductrice ne connaissait guère. Le récit de cette traduction épique est tout à fait passionnant, Patricia Barbe-Girault partageant ses doutes et ses échecs avec autant de franchise que ses satisfactions et ses victoires.

Un long entretien avec Diane Meur, traductrice et romancière, nous entraîne vers d’autres horizons, ceux de son quatrième roman, Les villes de la plaine, qui mêle fiction, antiquité et réflexion sur la nature de la traduction. Dans cette entrevue surprenante, l’auteur évoque son rapport aux mots et à l’écriture, différent selon qu’elle endosse sa casquette de traductrice ou de romancière.

Toujours au plus près des mots, mentionnons un article signé Jacques Legrand (« traducteur de Rilke, Trakl et Fontane entre beaucoup d’autres ») et intitulé « La mesure et le nombre – Autres réflexions sur la traduction poétique ». Avec beaucoup de justesse, il met le doigt sur les concessions que doit faire le traducteur de langue française aux structures syntaxiques, aux sonorités, au rythme, etc. de la langue source qu’il traduit. Trahir légèrement le sens pour parvenir à un style plus élégant, conserver l’ordre des mots mais se voir obligé d’en ajouter de nouveaux (« Adieu la percutante brièveté, le cri désespéré de l’original. Est-ce la quadrature du cercle ? »), trouver une équivalence « la moins approximative possible », autant de dilemmes quotidiens auxquels est confronté le traducteur littéraire…

Mais les traducteurs ne se contentent pas d’écrire, ils partagent aussi leur savoir-faire et leur passion de vive voix. Dominique Nédellec relate ainsi l’animation d’un atelier de traduction  dans un lycée : « Comment expliquer à des lycéens en quoi consiste mon métier ? Comment capter immédiatement leur attention ? Passeur, faussaire, imposteur, caméléon, anguille, pigeon à l’occasion… Oui, bien sûr. Mais encore ? » Elle optera finalement pour l’image du funambule en équilibre entre deux mondes distants…

De nombreux autres ateliers et interventions sont évoqués dans les articles de la revue consacrés à la « Journée de printemps » organisée le 16 juin 2012 par l’association ATLAS, qui organise par ailleurs les assises annuelles de la traduction littéraire (Arles). Au menu : « Le traducteur à ses fourneaux ». Les Assises 2012 (autour du thème « Traduire le politique ») et le festival littéraire « Mixed Zone » de Liège ont également les honneurs de la rubrique « Colloques ».

Mentionnons encore la rubrique « Lectures » qui rend compte de l’ouvrage Traduction : histoire, théories, pratiques (Delphine Chartier, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2012) et des recommandations en faveur de la traduction littéraire publiées à l’automne dernier par la Commission européenne. Sont en outre évoquées l’œuvre d’Isaac Bashevis Singer (dans le prolongement du dossier sur le yiddish publié dans un précédent numéro de TransLittérature) et celle d’Aharon Appelfeld (écrivain israélien qui relate notamment dans ses écrits comment il fut privé de langue pendant la guerre et connut par la suite une « mutation linguistique »).

Rappelons que c’est aussi dans ce numéro – décidément très riche – de TransLittérature que l’on peut retrouver l’entretien croisé « Les traducteurs tissent leur toile » entre Valérie Julia (qui a coordonné la mise en ligne des archives de TransLittérature) et Samuel Bréan (membre du comité de rédaction de la toute nouvelle revue en ligne de l’Ataa), publié simultanément dans le premier numéro de L’Écran traduit.


Depuis le lancement du site de TransLittérature, chaque numéro de la revue est accessible en ligne dès la publication du numéro suivant.


TransLittérature n° 44, hiver 2013, 93 pages




Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Profitons-en pour recommander ici quelques-uns des ouvrages de Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la sociologie de la traduction : Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation (CNRS Éditions, 2008), mais aussi l’étude récente qu’elle a dirigée et qui est chroniquée à la fin du même numéro de Traduire : Traduire la littérature et les sciences humaines : conditions et obstacles (Ministère de la Culture et de la Communication, 2012).

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2012 19
nov

Lors de la réunion publique de l’Ataa qui s’est tenue à la Scam le 23 octobre dernier, l’association a annoncé la création d’une revue consacrée à la traduction/adaptation audiovisuelle. Voici les grandes lignes de ce projet.


(English text below.)

Merci à Samuel Bréan pour la traduction en anglais. Les photos de Groucho Marx et Cathy O’Donnell illustrant ce billet sont empruntées au blog
Le vieux monde qui n’en finit pas.



Groucho

1. Pourquoi une revue ?

En 2009, l’Ataa a décidé de créer un blog, celui-là même où vous lisez ces lignes. Après trois ans et 118 articles publiés (soit entre deux et trois par mois), divers problèmes se posent. Parmi eux, celui du caractère hybride des billets publiés : d’une part, le blog comporte des billets d’actualité relativement courts, des revues de presse, des communiqués, des informations pratiques sur la vie de l’association… D’autre part, on y trouve aussi des articles « de fond », des articles présentant un intérêt historique qu’il nous semble intéressant de republier, des traductions d’articles, des portraits… Ces billets très différents ne s’articulent pas toujours au mieux, de notre point de vue et il est parfois difficile de trouver un équilibre entre « brèves » et articles plus fouillés. C’est pour cette raison qu’est née l’idée d’une revue : les articles courts, les brèves d’actualité, les revues de presse, ainsi que les billets qui concernent la vie de l’association proprement dite, resteront sur le blog. La revue accueillera les autres types d’articles et permettra de les mettre mieux en valeur.

L’objectif est également de donner une plus grande visibilité à l’Ataa et aux métiers qu’elle défend. L’ATLF (Association des traducteurs littéraires de France) et la SFT (Société française des traducteurs) publient chacune une revue semestrielle (respectivement TransLittérature[1] et Traduire), deux publications établies de longue date et bien connues dans le milieu de la traduction. Or il n’existe, à notre connaissance, aucune revue consacrée spécifiquement à nos métiers, quelle que soit sa langue de publication, si bien qu’il nous a semblé pertinent de combler cette lacune. Depuis sa création, l’Ataa mène une vraie réflexion sur nos métiers et s’efforce de les faire mieux connaître, ce projet s’inscrit donc aussi dans cette ambition.


2. Quelle revue ?

La revue que l’Ataa se propose de créer s’intitulera : L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles. Un titre qui s’entend métaphoriquement, cela va de soi ! Un comité de rédaction a été créé, qui comporte trois traducteurs membres de l’Ataa : Samuel Bréan, Jean-François Cornu et Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit sera une revue :

  • en ligne et gratuite : chaque article sera consultable sur le site de la revue et il sera également possible de le télécharger sous forme de fichier .pdf (ou de télécharger toute la revue) pour un meilleur confort de lecture.

  • semestrielle : le premier numéro sera publié au début de l’année 2013.

  • principalement en français : les contributions seront acceptées en français et en anglais (et, éventuellement, dans d’autres langues, mais dans la mesure où la langue de publication principale de la revue sera le français, cela nécessite un travail de traduction pour lequel il n’est pas toujours facile de trouver des bonnes volontés.)

  • qui traitera de la traduction audiovisuelle sous toutes ses formes (sous-titrage, doublage, voice-over) et quels que soient ses supports de diffusion (cinéma, télévision, etc.).

  • ouverte à différents types de contributions :

    • des articles de fond, tant sur la traduction elle-même que sur les traducteurs. Il peut s’agir de textes inédits, mais nous voulons aussi mettre en valeur des articles déjà existants (traductions, republications) ;

    • dans le même ordre d’idées, des articles et documents à valeur « historique », en français ou dans d’autres langues, susceptibles d’être republiés ;

    • des entretiens avec des traducteurs/adaptateurs, des « journaux de bord » de traduction, mais aussi des entretiens avec des professionnels exerçant un métier connexe à la traduction/adaptation audiovisuelle ;

    • des critiques d’ouvrages consacrés à la traduction/adaptation audiovisuelle

  • ouverte à des thématiques assez larges dont voici une liste non exhaustive : questions traductologiques propres à l’audiovisuel ; questions transversales communes à la traduction/adaptation audiovisuelle et à d’autres types de traduction ; langues rares et traduction/adaptation audiovisuelle ; aspects techniques et technologiques de la traduction/adaptation audiovisuelle ; métiers connexes  ; questions historiques et esthétiques liées au sous-titrage, au doublage, au voice-over ; questions liées à l’économie de la traduction/adaptation audiovisuelle (exemple : marché du sous-titrage ou du doublage dans tel pays) ; questions liées au droit d’auteur…

  • sans a priori intellectuel : L’écran traduit ne se positionne ni comme une revue de chercheurs universitaires, ni comme un recueil de billets d’humeur, mais quelque part entre les deux… Elle a à cœur d’informer sur la traduction/adaptation audiovisuelle, mais aussi de contribuer à la recherche non-universitaire sur ces questions par des points de vue et des formes d’articles éclectiques.

  • au lectorat potentiellement varié : traducteurs, chercheurs indépendants, universitaires, mais aussi personnes intéressées par le cinéma ou l’audiovisuel qui voudraient s’informer sur ces thèmes sous l’angle de la traduction/adaptation audiovisuelle. En somme, ce n’est surtout pas une revue « à usage interne ».

Ajoutons que nous aimerions beaucoup que des traducteurs participent à la revue, puisque l’objectif est aussi de faire entendre la voix des professionnels. Cette participation peut bien sûr prendre différentes formes : des articles écrits directement par les adaptateurs, des entretiens et des portraits, ou encore des « journaux de bord » relatant par exemple les difficultés rencontrées lors d’un travail d’adaptation particulièrement intéressant. Il y a souvent beaucoup à dire et à écrire sur une traduction/adaptation, nous espérons que cette nouvelle revue donnera l’occasion aux auteurs de faire connaître leur pratique quotidienne à un plus large public, toujours dans la perspective de faire mieux connaître nos métiers.

À partir du numéro 2 de la revue, un appel à contribution sera diffusé aussi largement que possible, qui présentera la revue et les articles dont nous sommes demandeurs. Pour illustrer le type de contributions que nous aimerions publier, nous vous invitons à (re)découvrir certains textes publiés jusqu’à présent sur le blog de l’Ataa et qui auraient eu toute leur place dans L’écran traduit : un texte à valeur historique accompagné de notes (première partie, seconde partie), un article de l’universitaire Nolwenn Mingant sur la première scène du film Inglourious Basterds et un portrait d’une professionnelle exerçant un métier lié à la traduction/adaptation audiovisuelle (première partie, seconde partie).

N’hésitez pas à nous faire part de vos idées et commentaires à l’adresse revue@ataa.fr, et rendez-vous dans quelques mois pour le premier numéro ! Il y sera notamment question de l’histoire du doublage en Allemagne, du sous-titrage chez Jean-Luc Godard et du rôle d’un directeur technique chez un distributeur cinématographique…



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At its last public meeting on October 23rd, 2012, ATAA announced a new journal on audiovisual translation/adaptation. Here is an outline of this project.


1) Why create a journal?

Cathy O Donnell

In 2009, we decided to create the ATAA blog (where you are probably reading this announcement). After three years and 118 articles (an average of two or three per month), we are facing several issues. The main one is the hybrid nature of the different posts: on the one hand, the blog includes short pieces such as news round-ups on audiovisual translation (AVT) and announcements from the association, but it also features longer pieces, vintage articles of historical interest, translated articles, profiles… These very different blog posts don’t always fit well together: it is sometimes hard to find the right balance between “short announcements” and in-depth articles. We therefore decided to create a journal, leaving the shorter pieces, news items, news round-ups and announcements for the blog while all the other types of articles will be published in the journal and thus given a better exposure.

This also aims to make ATAA and the professions that it stands up for more visible. In the French context, two other translators’ associations, ATLF (the French literary translators’ association) and SFT (the French translators’ association), have been publishing their own, respected, biannual journals – TransLittérature[2] and Traduire, respectively – for a long time. However, to the best of our knowledge, no journal in any language is specifically dedicated to AVT in its various forms. We think it useful to try and fill this gap.


2) What kind of journal?

The journal published by ATAA will be called L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles [“The Translated Screen: a journal on audiovisual translation and adaptation”], obviously a metaphorical title. The editorial board is made up of three translators and ATAA members: Samuel Bréan, Jean-François Cornu and Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit will be:

  • a free, online journal – all articles will be directly available on the journal website, and also downloadable as .pdf files (as will be each issue as a whole) to make for easy reading.

  • biannual – the first issue is due in early 2013.

  • mainly in French, although submissions in English will also be accepted (and published both in English and in French). Submissions in other languages may be accepted on an individual basis, but as the main publication language is French, this will require an extra unpaid translation effort not always easy to provide for.

  • about AVT in all its forms (subtitling, dubbing, voiceover) and in all kinds of media (cinema, television, etc.).

  • open to different kinds of submissions:

    • in-depth articles on AV translation and translators. We are looking for unpublished material, but we would also like to showcase existing articles by translating and/or republishing them.

    • suggestions of old articles or documents with a historical value, in French or other languages, that could be reproduced.

    • interviews with translators, “translation diaries”, but also interviews with non-translators working in the AVT field.

    • reviews of books on AVT.

  • open to a broad range of topics. Here is an incomplete list: translation studies pertaining to the audiovisual field; cross-disciplinary issues common to AVT and other types of translation; rare languages in AVT; technical and technological aspects of AVT; professions connected to AVT; historical and aesthetic issues linked to subtitling, dubbing, and voiceover; issues related to the economy of AVT (e.g. the market of subtitling or dubbing in a given country); issues of audiovisual translators’ moral rights…

  • without any intellectual biasL’écran traduit doesn’t position itself as a scholars’ journal nor as a collection of opinion columns, but somewhere in-between. It aims to provide information about AVT, but also to contribute to non-scholarly research on these matters by publishing personal insights and a wide range of articles.

  • aimed at a potentially varied readership – translators, independent scholars, academics, but also people who take an interest in cinema and other audiovisual media and would like to know more about these topics under the angle of AVT. In brief, it is not “for internal use only”.

We warmly welcome contributions from translators in the journal, since one of our objectives is to make the professionals’ voice better heard than it currently is. This can be achieved in a number of ways: articles written by translators, interviews, profiles, and “translation diaries” explaining specific difficulties encountered while translating a particularly interesting audiovisual text. We hope that this new journal will give audiovisual translators the opportunity to introduce a larger readership to their day-to-day crafts, as part of our ongoing concern with communicating about our professions.

From issue number 2 onward, a call for papers will be circulated as widely as possible, to introduce L’écran traduit to potential contributors and describe the types of articles we are looking for.

By way of example, ATAA blog posts (in French) which are more similar to the “journal article” text type include:

To all our readers: please don’t hesitate to share your ideas and comments at revue@ataa.fr, and see you in a few months for the debut issue! It will include a dossier on dubbing in Germany, a piece on subtitling Jean-Luc Godard’s films, an interview with the head of a technical department in a film distribution company…



Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Signalons que l’ATLF a récemment numérisé et mis en ligne en .pdf les 43 numéros de TransLittérature: www.translitterature.fr.
  2. ALTF has recently digitized and put online in PDF format all 43 back issues of TransLittérature: www.translitterature.fr.
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2012 27
juil

yiddishDouble actualité pour le yiddish : côté traduction littéraire, dans les pages de la revue TransLittérature, et côté cinéma, à la Cinémathèque Française, avec quatre films rares du réalisateur Edgar G. Ulmer, auquel une rétrospective est consacrée jusqu’au 5 août.

« Traduire le yiddish »

TransLittérature 43

Tel est le titre du dossier du numéro 43 de la revue TransLittérature, éditée par l’ATLF. Mais qu’est-ce que le yiddish ? Corinna Gepner, coordinatrice de cet ensemble, en signe une brève présentation : c’est « la langue vernaculaire parlée par les communautés juives d’Allemagne, de Bohême, de Moravie, de Pologne, de Lituanie, d’Ukraine, de Biélorussie, d’Alsace, de Hollande et d’Italie du Nord jusqu’au XXe siècle […] résultat de multiples influences dialectales. » Le yiddish, dont le nombre de locuteurs a chuté après la Seconde Guerre mondiale, est représenté à Paris par la dynamique Maison de la culture yiddish – Bibliothèque Medem, à laquelle est également consacré un bref article. Celle-ci propose des cours de tout niveau (y compris des ateliers de traduction), abrite une bibliothèque considérable, et mène également une activité éditoriale.

« Double fidélité et double trahison » est le récit de la traduction, par Isabelle Rozenbaumas, des mémoires de son père Moïshé Rozenbaumas (L’Odyssée d’un voleur de pommes), né en 1922 en Lituanie. Une expérience émouvante et fascinante, d’abord de par la singularité de cette « commande » particulière et familiale car « il n’est pas anodin d’écrire en tant que traducteur, disons ici de traducteur particulier, les mémoires de son auteur, de l’auteur de ses jours » ; mais aussi en raison de l’importance que revêt la transmission générationnelle dans la survie difficile du yiddish aujourd’hui. L’auteur relate le cheminement d’une traduction intime devenue pour elle un véritable parcours dans son propre passé.

Dans « Traduire du yiddish : de la trahison à la métamorphose », Corinna Gepner explore les particularités de la traduction du yiddish, « entreprise délicate, émotionnellement chargée du fait de l’Histoire, qui interdit, aujourd’hui encore, de voir dans cette langue une langue comme les autres ». S’appuyant largement sur un texte de Carole Matheron-Ksiazenicer publié dans un numéro antérieur de TransLittérature, l’article décortique la difficulté du passage du yiddish au français et le trouble qui naît de la traduction d’une langue au caractère prétendument « populaire » dans une langue dite « savante » : « Ce qui s’efface en se traduisant, je découvre (mais c’est bien tard) que c’est la langue de la disparition même. » Et de rappeler en conclusion qu’avec la mort des derniers locuteurs naturels, « c’est dans la littérature qu’on apprend[ra] le yiddish ».

Royaumes juifs

Pour clore ce dossier, Corinna Gepner dresse le portrait de deux figures emblématiques du yiddish : Batia Baum et Rachel Ertel. La première a passé sa petite enfance dans les années noires où « parler yiddish s’apparent[ait] à une condamnation à mort ». Elle ne reviendra que bien plus tard au yiddish, avec une ambition de transmettre cette « langue de l’entre-deux », composite, langue de traduction par nature, « dont les locuteurs sont porteurs à la fois de leurs propres valeurs et de celles des autres. » Quant à Rachel Ertel, elle a fortement contribué à faire connaître la littérature yiddish en France, formant des enseignants et des traducteurs, et menant elle-même des projets éditoriaux. Son ouvrage Brasier de mots balaye l’histoire de la langue et de la littérature yiddish et s’interroge sur leur avenir après « l’Anéantissement » du milieu du XXe siècle. Contre-pied de cette disparition annoncée du yiddish : l’anthologie Royaumes juifs proposée par Rachel Ertel et parue chez Robert Laffont en 2008 permet à la poésie yiddish d’entrer « dans le patrimoine français et universel »…

Le yiddish au cinéma – le cinéma yiddish

Et au cinéma ? Le yiddish fait encore des apparitions furtives, voire fantomatiques. Prenons deux films américains de 2009. Au début de A Serious Man des frères Coen, avant le générique, une séquence de sept minutes se déroulant en Pologne à une époque indéterminée (sûrement au début du XXe siècle) est entièrement parlée en yiddish. Elle met en scène un dibbouk, être mythologique maléfique qui prend possession du corps d’un individu. (Cette séquence n’a pas de rapport explicite avec la suite du film.) Dans Inglourious Basterds, l’escouade de choc des « Basterds » est composée de Juifs de nationalité américaine. Dans la dernière partie du film, ils prévoient de s’infiltrer dans une soirée où sera présent Hitler. Hélas, les deux « Basterds » germanophones sont morts, ce qui rend difficile cette tentative de passer inaperçus au milieu d’un parterre d’Allemands. L’actrice allemande Bridget von Hammersmark leur demande alors : « Je sais que c’est une question bête, mais est-ce que vous savez parler d’autres langues que l’anglais ? » Un échange figurait alors dans le script, mais n’a pas été filmé. « À part le yiddish ? », répondait un « Basterd » (Gerold Hirschberg). « De préférence », précisait von Hammersmark[1].

L’un des personnages du film de Tarantino s’appelle Omar Ulmer. Difficile de ne pas voir là une référence cinéphilique au réalisateur Edgar G. Ulmer (1904 – 1972), figure peu aisée à cerner, souvent cantonnée à la série B (il était surnommé « King of the B’s »). On peut parier que l’Ulmer cher à Tarantino est celui du Chat noir, de Detour ou encore du Bandit (trois de ses plus grandes réussites, certes) ; mais sait-il que ce réalisateur a aussi tourné quatre films en yiddish dans les années 1930 ?

Ces films appartiennent à ce que J. Hoberman appelle « la quatrième phase » (1935 – 1940) du cinéma yiddish. Quatrième, et avant-dernière : la Seconde Guerre mondiale donna un coup d’arrêt quasiment définitif à cette production, qui n’a survécu après 1945 que par des titres épars. Mais auparavant, le cinéma yiddish aura donné 130 longs métrages et 30 courts, d’après le décompte de Judith N. Goldberg (p. 17), qui ajoute que cela représente moins que la production annuelle d’un studio hollywoodien durant cette période.

Avant d’en venir aux films d’Edgar G. Ulmer, nous reprendrons brièvement la chronologie d’Hoberman, en nous attardant sur des aspects liés à la langue et à la traduction.

Brève histoire du cinéma yiddish, de 1911 à 1935

Lié à une langue, le cinéma yiddish ne l’est donc pas à un pays en particulier (même si nous nous pencherons tout particulièrement sur les États-Unis). « La première période, de 1911 au milieu de la Première Guerre mondiale, coïncide avec la transformation du cinéma en produit de consommation populaire et correspond à la conquête d’un public de cinéma juif dans l’Empire tsariste et, à un moindre degré, aux États-Unis. Bien que Varsovie, alors ville russe, ait été le principal centre de production, le théâtre yiddish new-yorkais fournissait la plus grande partie de son inspiration. (…) Pratiquement aucun de ces films n’a survécu.

« La seconde étape, annoncée par l’évolution du cinéma aux États-Unis à la veille de la Première Guerre mondiale, débute avec la chute du tsar en 1917 et s’étend sur douze ans, pendant toute la période du cinéma muet. Elle est caractérisée par des tentatives sporadiques mais ambitieuses de produire des films spécifiquement juifs au sein des industries des trois nouveaux pays, l’Autriche, la Pologne et l’Union soviétique.

« La troisième période, qui débute avec le parlant, fut presque entièrement américaine. Le premier film sonore synchrone yiddish fut produit en 1929 à New York, dix-huit mois après la sortie du Chanteur de Jazz, qui traitait d’une certaine manière du dilemme juif » (Hoberman, « Un pont de lumière », p. 221).

Le premier long métrage parlant yiddish fut Mayn yidishe mame (My Yiddishe Mama, USA, 1930)[2]. L’arrivée du parlant brouilla les pistes : les critiques n’arrivaient jamais à s’accorder pour dire si les films étaient en « yiddish », en « juif » ou en « hébreu » (Goldberg, p. 101). D’ailleurs, « pour le grand public, ainsi que pour le New York State Board of Censors [bureau de la censure de l’État de New York], les films yiddish étaient considérés comme étrangers, même quand ils étaient produits dans le New Jersey. De fait, ils s’inscrivaient dans une plus large mouvance. New York n’était pas seulement un pôle de distribution du cinéma ethnique, mais un centre de production pour les films tournés entièrement avec des Noirs et pour les films en langue étrangère » (Hoberman, Bridge of Light, p. 182).

taxi

Le yiddish est également présent dans le cinéma hollywoodien, dès le début des années 30. Par exemple, une séquence au début de Taxi! (Roy Del Ruth, 1932) montre un policier tenter désespérément de comprendre ce que lui dit un homme dans cette langue. Le personnage de James Cagney, un chauffeur de taxi (irlandais, comme l’acteur lui-même), engage alors la conversation et prend l’homme dans sa voiture : il disait simplement qu’il voulait se rendre à Ellis Island (cette séquence peut être visionnée ici). À noter que Cagney connaissait réellement le yiddish, langue qu’il avait apprise quand il était petit, dans les rues de New York. « Le parlant a ressuscité l’humour ethnique, traditionnellement lié au vaudeville », note Hoberman. « Jusqu’à ce que les Juifs caractérisés comme tels disparaissent des écrans au milieu des années 30, des phrases en yiddish ont émaillé un certain nombre de films produits par la Warner » (Bridge, p. 167).

Au début du parlant, un phénomène apparenté au détournement eut cours dans le cinéma yiddish. « Comme toutes les productions indépendantes, les films ethniques étaient caractérisés par de faibles budgets et par des méthodes pragmatiques. Pourtant, l’exemple le plus radical de ce pragmatisme est spécifique à l’industrie du cinéma yiddish : il s’agit de la transformation de films muets en films parlants yiddish » (Bridge, p. 182). Il pouvait s’agir de monter des séquences de plusieurs films (Di shtime fun Yisroel/The Voice of Israel, 1931) ou de reprendre un film entier en ajoutant des séquences et une voix off (Joseph of Egypt, 1931, d’après un film italien de 1914). Surtout, le « narrateur yiddish » (souvent un acteur connu), semblable en cela aux benshis japonais, inventait une nouvelle histoire, la rendait « faryidisht », en référence à une tendance de la presse et du théâtre yiddish du XIXe siècle de ne pas « se contenter » de traduire la littérature des Gentils, mais de la rendre « plus juive ». Cependant, l’ajout d’une bande son en yiddish n’impliquait pas forcément de modifications au niveau de l’intrigue : ainsi, Le Golem (Julien Duvivier, 1936), d’après le roman de Gustav Meyrink, fut d’abord distribué à New York en mars 1937, puis doublé en yiddish pour une deuxième sortie, six mois plus tard (Bridge, p. 187, 190).

lgwandering

Il convient de préciser que dans les premières années du parlant, les films en yiddish étaient diffusés « tels quels », c’est-à-dire sans sous-titres. Ce n’est qu’en 1933, année d’accession de Hitler au pouvoir, que la donne changea, avec la sortie d’un film singulier à plusieurs égards : Der vanderer yid/The Wandering Jew, réalisé par George Roland. Il s’agit « non seulement du seul film yiddish à dépeindre la situation des Juifs dans l’Allemagne nazi, mais aussi du premier long métrage américain à le faire » (Bridge, p. 197). Le New York Times commenta ainsi : « Cet impressionnant récit des tribulations du peuple juif, depuis les pharaons jusqu’à Adolf Hitler (…), est palpitant du début jusqu’à la fin. Cette condamnation du nazisme et de ses agissements paraît difficilement dépassable. » L’article se termine par cette précision : « Il y a de nombreux sous-titres en anglais [super-imposed English titles] pour les spectateurs qui ne connaissent pas le yiddish » (Harry T. Smith, 21 octobre 1933). En effet, The Wandering Jew (littéralement, « le Juif errant ») fut le premier film yiddish sous-titré. Cela n’alla pas sans problèmes, étant donné son sujet : « Après avoir donné son accord pour la distribution de Der vanderer yid, le New York State Board of Censors se montra plus circonspect en apprenant que le film serait montré avec des sous-titres anglais, ce qui aurait pour effet ‘d’atténuer son aspect juif’ [de-faryidisht]. » Un mémo, publié six jours après, s’en expliquait : « Tel qu’il a été présenté à l’origine, avec des dialogues et des titres juifs, ce film ne s’adressait qu’aux Juifs, les exhortant à conserver leurs valeurs religieuses même dans les situations difficiles, comme ils l’ont fait par le passé. L’ajout de titres anglais le transforme en film de propagande, puisqu’il s’adresse de façon partisane aux spectateurs parlant anglais. Ce film est susceptible de créer tensions, conflits et manifestations de violence. » Le bureau de la censure se réservait par la suite le droit d’effectuer des coupes. Le film sortit, mais ne resta que deux semaines à l’affiche et eut peu de succès.

Les quatre films yiddish d’Edgar G. Ulmer

« La quatrième période [du cinéma yiddish] est la plus connue. Elle débute en 1935, avec le renouveau de l’industrie cinématographique polonaise. Les premiers films polonais parlant yiddish ont stimulé les producteurs américains et instauré un dialogue entre Varsovie et New York, dialogue poursuivi jusqu’à la disparition du marché avec la Seconde Guerre mondiale. Cet âge d’or, qui coïncide avec la période du Front populaire contre le fascisme, se distingue par un certain nombre de succès mondiaux, en particulier Yidl mitn fidl [Yiddle et son violon] (Joseph Green, Pologne, 1936), Grine felder/Green Fields (USA, 1937) et Le Dibbouk (Der Dibek, Michal Waszynsky, Pologne, 1937). Le cinéma yiddish a atteint son apogée pendant les dix-huit mois séparant l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1937 et l’invasion nazie et soviétique de la Pologne. Pendant cette période, vingt-trois films furent présentés à New York (dont un tiers produit à Varsovie et tous, sauf sept, situés en Europe de l’Est) avant d’être montrés dans les enclaves juives en Amérique du Nord et du Sud » (« Un pont de lumière », p. 221).

Green Fields 1

Green Fields, cité plus haut, est le premier des quatre films qu’Edgar G. Ulmer fit en yiddish. Né en 1904 à Olomouc (aujourd’hui en République Tchèque), Ulmer grandit à Vienne. Après avoir participé au film collectif Les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag, 1929), il s’installe aux États-Unis. Après Le Chat Noir (The Black Cat, 1934), il est forcé de quitter Hollywood : il a eu une liaison avec la femme du neveu du producteur (il l’épousera ensuite). Il devient alors un cinéaste indépendant. Dans les années 1930, il gagne le surnom de « cinéaste des minorités » : s’il affirme avoir tourné « pour les Espagnols, les Ukrainiens, les Caucasiens, les Arméniens, les Juifs, les Noirs, les Indiens d’Amérique », les filmographies du réalisateur ne sont pas aussi généreuses (Ulmer revendiquait la paternité de 127 titres ; on en connaît avec certitude un peu plus de 40). Reste qu’outre les films yiddish, Ulmer a effectivement tourné deux films en ukrainien, Natalka Potalvka (1937) et Zaporozhets za Dunayem/Cossacks in Exile (1938), ainsi que Moon Over Harlem (1939).

Bien que juif, Ulmer ne l’a su qu’en entrant au collège. Il ne parlait pas yiddish, mais, d’après l’actrice Helen Beverly, « il s’y est mis très vite. Il parlait l’allemand et parfois l’utilisait avec nous. Du reste, il connaissait le script par cœur. Il ne lui a pas fallu longtemps pour se mettre au diapason et s’imprégner du yiddish. Sur les films suivants, il fut en mesure de le parler » (citée in Charles Tatum, Jr (dir.), Edgar G. Ulmer, p. 130). Green Fields est co-réalisé par Jacob Ben-Ami, figure célèbre du théâtre yiddish (scène qu’Ulmer connaissait bien), qui s’est chargé de faire répéter les acteurs. Comme les deux films suivants du « cycle », il est adapté d’une pièce. Il s’agit d’un beau film, élégiaque, principalement en extérieurs (dans les plaines du New Jersey). Il raconte l’histoire d’un jeune étudiant talmudique qui part à la recherche des « vrais Juifs ». Tournée avec très peu de moyens, cette comédie est pleine de vitalité, notamment dans la mise en scène. Elle a remporté un grand succès critique et public.

singingblacksmith001

Le film suivant, Yankel der schmid/The Singing Blacksmith (1938), est bien décrit par Bill Krohn comme « un musical hollywoodien à très petit budget » (« Ulmer sans larmes », p. 102). Cette fois-ci, Ulmer a construit un shletl en trompe-l’œil, qui lui servira aussi pour Cossacks in Exile. « Visuellement plus proche des films noirs et thrillers expressionnistes qu’Ulmer fera à Hollywood dans les années 40 » (Hoberman), The Singing Blacksmith vaut pour ses séquences dansées et chantées par l’acteur Moishe Oysher, le « forgeron chantant » du titre, dont le cœur balance entre deux femmes. D’après Vincent Brook, le film reprend l’opposition, esquissée dans Green Fields, entre deux archétypes : le musklyid, c’est-à-dire le « Juif musclé[3] », et le yeshive bokker, l’étudiant talmudique, ici ridiculisé.

Light Ahead 3

Les deux titres suivants ont longtemps été ignorés des filmographies d’Ulmer. Fishke der krumer/The Light Ahead (1939) a même été perdu pendant plusieurs années ; la copie actuelle est plus courte de 25 minutes[4]. Ce film se détache nettement des trois autres par sa qualité et par sa noirceur (même s’il pèche parfois par sa mise en scène, trop souvent frontale et marquée par l’origine théâtrale de l’intrigue). Le titre anglais est trompeur : l’action se déroule en grande partie dans les ténèbres de Glubsk (« la ville des fous »), qui semble encore « vivre au Moyen-Âge », d’après l’un des personnages, et où règnent obscurantisme (religieux, en particulier) et maladie. Une très touchante histoire d’amour est contée : celle de Hodel, une jeune aveugle (Helen Beverly) et de Fishke, le boiteux (David Opatoshu). On songe cette fois-ci aux films de Frank Borzage, à ceux de Murnau dont Ulmer fut l’assistant (dans une belle formule, Andrew Sarris décrivait Ulmer comme « l’exécuteur testamentaire de Murnau »), à Caligari aussi pour certains décors. Ce film-ci eut peu de succès. Cependant, Hoberman (p. 306) mentionne qu’à Kansas City, d’après le Hollywood Reporter, « le film a obtenu d’excellentes critiques dans la presse locale, qui a incité les Gentils à aller le voir toutes affaires cessantes avec leurs voisins juifs. Il a donc attiré des spectateurs de toutes croyances et de toutes nationalités. »

Matchmaker

Enfin, Amerikaner schadchen/American Matchmaker (1940), s’il s’avère décevant au pur plan cinématographique, est néanmoins intéressant à plusieurs égards. C’est le seul film des quatre qui soit basé sur un scénario original (dû à Shirley, la femme d’Ulmer) et il se déroule à New York, où il a été tourné. Le personnage principal est Nat Silver, joué par Leo Fuchs, surnommé le « Fred Astaire yiddish ». Après avoir essuyé huit échecs successifs dans ses projets de mariage, il se résigne au célibat et s’établit comme super-schadchen (entremetteur), activité traditionnelle – cf. The Singing Blacksmith – qu’il américanise. Il annonce en effet exercer le métier d’« Advisor in Human Relations » (conseiller en relations humaines). C’est au niveau de la langue que le film passionne le plus : les personnages parlent un yiddish généreusement saupoudré d’anglais. Curieux renversement de ce qui se produira par la suite : de nombreux mots de yiddish passeront dans la langue courante aux États-Unis… Contrairement aux trois films précédents, qui se déroulaient dans un microcosme juif situé (plus ou moins précisément) en Europe de l’Est, American Matchmaker montre l’adaptation des Juifs au Nouveau Monde, alors que dans l’Ancien, des problèmes autrement plus graves se posent alors. « Quand on repense au Marieur américain », écrit Louis Skorecki, « la légèreté presque folklorique du yiddish apparaît comme la dernière résistance possible à la barbarie hitlérienne. Pour un cinéaste, en 1940, il n’y avait donc rien de plus urgent que de tourner en yiddish ? Rien. Absolument rien[5]. »

Réception française, hier et aujourd’hui

Certains films yiddish ont été diffusés en France à l’époque de leur sortie. Le plus connu d’entre eux est sans doute Le Dibbouk, qui fut même plusieurs fois réédité par la suite et diffusé à la télévision[6]. Mais on trouve des chroniques d’autres de ces films dans la presse, avec parfois des références aux sous-titres. Ainsi, dans sa critique du Roi Lear d’Israël (Der yidisher kenig Lir, Joseph Seiden, 1936), décrit comme un « film américain, parlant yiddish, sous-titres français », Claude Vermorel indique que « tout s’y passe en dialogues compacts que traduisent de loin en loin des sous-titres de Benno Vigny[7] ».

Quant aux films d’Edgar Ulmer, ils ont notamment été montrés en 2002, au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (Paris), lors d’une mini-rétrospective consacrée au cinéaste en partenariat avec le festival d’Amiens. Ils ont alors été projetés tels quels, c’est-à-dire avec les seuls sous-titres anglais présents sur la copie (et dont l’auteur, à l’époque, était crédité au générique[8]). Cependant, deux de ces films ont été précédemment commentés dans la presse spécialisée : Green Fields et The Singing Blacksmith.

Green Fields 2

Même si la première filmographie, courageusement établie par Luc Moullet en 1956, ne classait pas Green Fields parmi les films sortis en France, ce titre a connu une sortie le 28 septembre 1938 dans une salle parisienne, le Ciné Bellevue[9]. La cinématographie française précise : « Grine Felder passe en exclusivité dans un cinéma parisien qui s’adresse avant tout aux spectateurs juifs de Paris. Il est parlant yiddish, ce qui le classe à part dans la production exotique du moment. (…) Film curieux et sensible, mais qui restera hermétique pour bien des spectateurs. » Cinémonde, qui trouve le film « moyen[10] », nous informe qu’il est sorti avec des sous-titres français. Bien que le lieu et l’époque de l’intrigue ne soient pas précisés, le critique croit y voir « la Russie d’avant-guerre »[11].

Le cas de The Singing Blacksmith est caractéristique de la « politique des auteurs », voire de ses excès. Ulmer avait les faveurs des Cahiers du cinéma depuis le n° 58, comprenant la filmographie évoquée plus haut, une présentation du réalisateur par le même Luc Moullet[12] et un beau texte de Jean Domarchi sur Le Bandit (The Naked Dawn). En mars 1960, dans la section « Petit journal du cinéma » de la revue, Jean Douchet écrit : « Un film d’Edgar G. Ulmer est un événement trop rare pour le rater. Il faut encore dénicher où ce film passe. Mais le hasard aide quelquefois le cinéphile impénitent. Première condition : connaître à fond la filmographie de ses auteurs préférés. Ensuite passer près d’une affiche qui annonce The Singing Blacksmith, film parlant yiddish, programmé pour un gala d’Israélites de cette langue. Et c’est ainsi que (…) la moitié de l’équipe des Cahiers s’est retrouvée dans une salle du quartier de Belleville[13]. » La copie projetée est en yiddish, mais sans sous-titres. « Évidemment, nous ne comprenions rien aux dialogues », raconte Douchet, « mais l’histoire se laisse par elle-même facilement saisir » – point sur lequel on pourrait, pour une fois, lui accorder partiellement raison, mais qui serait plus discutable concernant The Light Ahead, par exemple. Enfin, il conclut en parlant d’un film « fait de beauté, d’une élégance dans le naturel et d’une immense tendresse ».

Les copies actuellement en circulation des quatre films yiddish d’Ulmer ont été restaurées par le National Center for Jewish Film à des époques différentes (1981 pour Green Fields, 1998 pour American Matchmaker…). Ces copies ont été tirées avec les sous-titres anglais d’origine (assez lacunaires, comme très souvent à cette époque-là), auxquels d’autres sous-titres ont été adjoints. Malheureusement, de très nombreux passages restent encore non traduits (par exemple, les sous-titres additionnels d’American Matchmaker ne traduisent que les chansons). En 2002, lors des projections à la Maison d’Art et d’Histoire du Judaïsme, des spectateurs comprenant le yiddish étaient présents dans la salle. L’on pouvait alors parfois se reconnaître dans la situation décrite par Jean Douchet, 42 ans auparavant : « La salle s’amusait follement et semblait ravie de retrouver des héros qu’elle devait connaître de longue date. Elle avait sur nous l’avantage de comprendre ce dialecte non sous-titrés. » Dix ans plus tard, les répliques non sous-titrées en anglais ne sont pas plus compréhensibles pour les spectateurs de la Cinémathèque Française qui ne parlent pas le yiddish. Des sous-titres français sont bien projetés électroniquement sous l’écran (en direct), mais ils ont de toute évidence été établis à partir des sous-titres anglais, à part quelques répliques isolées, suffisamment proches de l’allemand pour être comprises par un germanophone, et qui peuvent passer inaperçus à cause de la synchronisation hasardeuse des sous-titres. Le même défaut est encore plus flagrant pour Cossacks in Exile, opérette en ukrainien dont les chansons ne sont pas davantage traduites dans les sous-titres anglais que dans les sous-titres français[14]. Rappelons, dans la lignée de la brochure Faire adapter une œuvre audiovisuelle de l’ATAA, que faire appel aux langues relais (ici, l’anglais) constitue une « fausse bonne idée », plutôt que d’engager des traducteurs connaissant la langue de départ d’un film.

Light Ahead 1

Edgar Ulmer, cinéaste de la « primauté du visuel », selon la jolie formule de Myron Meisel ? Indéniablement, au vu de bon nombre de ses films, mais pas seulement. Longtemps négligés, ses quatre films en yiddish, loin d’être une simple parenthèse dans son œuvre, ont le mérite de faire entendre une langue qui brillait alors quasiment de ses derniers feux à l’écran.

Anne-Lise Weidmann, Samuel Bréan

Pour en savoir plus :

Sur la langue yiddish

- Le documentaire Nemt (« prenez ») réalisé par Isabelle Rozenbaumas et Michel Grosman en 2002, qui peut être visionné en version anglaise et en version française sur cette page.

- Un long entretien filmé avec Rachel Ertel, sur le site Akadem.

- Sans oublier le documentaire Traduire de Nurith Aviv, que nous avions déjà évoqué il y a un an, et dans lequel dans lequel Yitskhok Niborski, vice-président de la Maison de la culture yiddish, est interviewé sur la question de la traduction de l’hébreu en yiddish.

Voir des films en yiddish

- Chez soi : on peut commander des DVD auprès du National Center for Jewish Film.

- À Paris : on peut consulter des vidéos (VHS et DVD) à la médiathèque du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) et à la Maison de la culture yiddish – Bibliothèque Medem (voir leur catalogue commun).

Textes sur le cinéma yiddish et sur Edgar G. Ulmer

- Eisenschitz, Bernard, « Poésie et vérité : le Petit Théâtre du monde d’Edgar G. Ulmer », in Marc Cerisuelo (dir.), Vienne et Berlin à Hollywood, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, p. 147-162.

- Goldberg, Judith N., Laughter through Tears, Toronto, Associated University Press, 1983.

- Herzogenrath, Bernd (ed.), The Films of Edgar G. Ulmer, Lanham (MD), The Scarecrow Press, 2009 [à propos des films yiddish : John Belton, « The Search for Community » ; Vincent Brook, « Forging the ‘New Jew’ » ; Miriam Strube, « When You Get to the Fork, Take It »].

- Hoberman, J., Bridge of Light : Yiddish Film between Two Worlds, New York, Museum of Modern Art, 1991.

- Hoberman, J., « Un pont de lumière : le cinéma yiddish entre deux mondes », in Cinémémoire, 3e festival international films retrouvés – films restaurés, Paris, Cinémémoire, 1993, p. 220-223 [traduction française, par Sylvie Pliskin, de l’introduction de Bridge of Light].

- Krohn, Bill, « Ulmer sans larmes », in Charles Tatum, Jr (dir.), Edgar G. Ulmer, p. 95-109.

- Lourcelles, Jacques, Dictionnaire du cinéma, tome 3, Paris, Robert Laffont, 1992 [sept films chroniqués].

- Martin, Adrian, « Ulmer in the Aquarium », in Bernd Herzogenrath (ed.), Edgar G. Ulmer: Essays on the King of the B’s, Jefferson (N.C.), McFarland, 2009, p. 262-278.

- Meisel, Myron, « Edgar G. Ulmer: The Primacy of the Visual » [1972], in Todd McCarthy, Charles Flynn (eds.), Kings of the Bs, New York, E. P. Dutton, 1975, p. 147-152.

- Tatum, Jr, Charles (dir.), Edgar G. Ulmer : le bandit démasqué, Crisnée, Yellow Now, 2002.

Entretiens avec Ulmer

- Bogdanovich, Peter, « ‘Nous n’avions rien, hormis des ambitions.’ », in Charles Tatum, Jr (dir.), Edgar G. Ulmer, p. 219-266. Entretien effectué en 1970. 1ère parution : Film Culture, n° 58-59-60, 1974. Dernière version en anglais : Peter Bogdanovich, Who the Devil Made It: Conversations with Legendary Film Directors, New York, Knopf, 1997.

- Moullet, Luc, et Bertrand Tavernier, « Entretien avec Edgar G. Ulmer », Cahiers du cinéma, n° 122, août 1961, p. 1-16.

à la Cinémathèque Française
Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Passage mentionné par Maxime Cervulle dans « ‘Glorious Basterd’ : Quentin Tarantino et la politique de l’identité », intervention au séminaire de recherche « Qu’est-ce que le cinéma ? », Institut National d’Histoire de l’Art, Paris, 26 octobre 2009. Pour une uchronie plus stimulante qu’Inglourious Basterds, et pour rester dans notre sujet, on conseillera le roman de Michael Chabon, The Yiddish Policemen’s Union (New York, HarperCollins, 2007 ; Le Club des policiers yiddish, tr. fr. Isabelle D. Philippe, Paris, Robert Laffont, 2009). Il se déroule dans une réalité alternative, prenant comme point de départ qu’en 1941, les Juifs d’Europe se sont établis temporairement en Alaska, à l’invitation des États-Unis. Lire aussi Amelia Glaser, « From Polylingual to Postvernacular: Imagining Yiddish in the Twenty-First Century », Jewish Social Studies, vol. 14, n° 3, 2008, p. 150-164.
  2. Hoberman raconte les problèmes qu’il connut à sa sortie à Tel Aviv, puisque « les exploitants avaient apparemment oublié que pour de nombreux sionistes, tout particulièrement dans le Yichouv, le yiddish était considéré comme anathème, un vestige méprisable de la dispersion et de l’exil. (…) Lors de la première de Mayn yidishe mame au cinéma Mograbi de Tel Aviv, le 27 septembre 1930 (…), des manifestants lancèrent de l’encre contre l’écran et firent tellement de chahut que les troupes britanniques durent intervenir pour rétablir l’ordre. (…) Les autorités municipales ordonnèrent l’interdiction du film jusqu’à ce que les séquences parlées aient été ôtées. Il faudra attendre vingt ans pour qu’un autre film yiddish soit montré à Tel Aviv en langue originale » (Bridge of Light, p. 158).
  3. On songe au personnage historique de Zishe Breitbart (1883-1925), lui-même forgeron, dont le film Invincible (Werner Herzog, 2001) raconte la vie de façon romancée.
  4. Pour le détail des scènes manquantes, cf. Bridge of Light, p. 312. Hoberman s’est appuyé sur une traduction des dialogues consultée au New York State Board of Censors. À noter qu’un passage du film figure en ouverture du documentaire Une histoire du cinéma israélien (Raphaël Nadjari, 2009). Cette utilisation est douteuse à plusieurs titres : l’extrait est au mauvais format d’image, et le film est attribué à Edgar G. Ulmer et Henry Felt, lequel se trouve être en fait le « technical director » de la copie restaurée de The Light Ahead (une erreur qu’on trouve sur le site Internet Movie Database, et qui explique peut-être cela). Enfin, outre que le film n’est pas israélien, le passage choisi, sorti du contexte, est annexé au propos du début du documentaire, qui évoque le projet sioniste des premiers films de la chronologie.
  5. Louis Skorecki, « Detour », Libération, 28 juin 2001. Lire aussi la séduisante analyse d’American Matchmaker par Bill Krohn, « Ulmer sans larmes », p. 107-109.
  6. Lire par exemple Louis Skorecki, « Pologne 1938 », Cahiers du cinéma, n° 320, février 1981, p. 50-51 et Édouard Waintrop, « Le Dibbouk qui rend chèvre », Libération, 24 février 1984.
  7. Claude Vermorel, « Le Roi Lear d’Israël », Pour Vous, n° 396, 18 juin 1936, p. 5. Romancier et scénariste, Benno Vigny se vit adapté à l’écran dans Morocco (Josef von Sternberg, 1930). Son dernier scénario fut celui de L’Homme perdu (Der Verlorene, 1951), très beau (et unique) film réalisé par Peter Lorre, qui le co-écrivit également.
  8. Green Fields : Leon Dennen ; The Singing Blacksmith : Charles Cooper ; The Light Ahead : Julien Leigh ; American Matchmaker : S. Rubinstein.
  9. Située au 118, rue de Belleville, cette salle, ouverte en 1905, s’était précédemment appelée le Cinématographe Parisien, puis le Gavroche. Elle s’appellera ensuite le Bellevue, son dernier nom avant sa fermeture définitive en 1989. Juste avant, un film y sera tourné : Les Sièges de l’Alcazar, réalisé par… Luc Moullet.
  10. Il existait quatre catégories : « excellents », « bons », « moyens », « les autres ». Sous le tableau où étaient consignées ces appréciations, il était précisé : « Le signe ● indique que la cote du film concerne sa version ‘originale’, la version ‘doublée’ pouvant entraîner des modifications à ce jugement. »
  11. « Grine Felder », La cinématographie française, n° 1049, 9 décembre 1938, p. 16 ; Benjamin Fainsilber, « Grine Felder », Cinémonde, n° 521, 13 octobre 1938, p. 875.
  12. Qui écrira plus tard : « J’avais dix-huit ans et ne connaissais que trois de ses films (dont deux en version française). Ce texte n’était pas très bon. Aussi ai-je été ravi d’en écrire un meilleur, quarante-sept ans après » (Luc Moullet, Piges choisies, Nantes, Capricci, 2009, p. 210). Le texte en question est « Mailles du destin et bouts de ficelle », in Charles Tatum, Jr (dir.), Le bandit démasqué, p. 39-46, repris in Piges choisies, p. 210-217. Entretemps, Moullet aura écrit deux notules sur Ulmer : l’une dans le numéro 150-151 des Cahiers du cinéma (décembre 1963-janvier 1964) et l’autre dans un Dictionnaire du cinéma (Paris, Éditions Universitaires, 1966) – il dit alors avoir vu douze films du réalisateur.
  13. Jean Douchet, « Le forgeron chantant », Cahiers du cinéma, n° 105, mars 1960, p. 44. Cela dit, même si ce trajet semble avoir beaucoup coûté à Douchet (il parle d’un déplacement « immense » : « déranger un critique de cinéma hors d’un périmètre étroit et bien défini est en lui-même un exploit épique et méritoire »), il faut rappeler que certains cinéphiles n’hésitaient pas à aller en Belgique, à Londres ou ailleurs pour voir des films non sortis en France. Cf. les comptes rendus de telles expéditions, parus dans les Cahiers du cinéma ou dans des revues plus modestes comme Midi-Minuit Fantastique ou Présence du cinéma. À propos des liens entre cinéphilie classique et (absence de) sous-titrage, lire aussi Samuel Bréan, « godard     english     cannes: The Reception of Film Socialisme’s ‘Navajo English’ Subtitles », Senses of Cinema, n° 60, 2011, notamment la note 8.
  14. La qualité des sous-titres de la Cinémathèque Française (systématiquement non signés) est hélas un problème récurrent. Dans le cas de la rétrospective Ulmer, Le Chat noir et Le Bandit, ressortis en 2005 par le Théâtre du Temple, sont montrés dans des copies sous-titrées, ainsi que Detour (sorti en France en 1990). Dans le cas de copies non sous-titrées en français (ou dotées de sous-titres français incomplets, comme pour la copie belge d’époque de Girls in Chains), les films sont accompagnés de sous-titres électroniques qui ne sont généralement pas d’un niveau professionnel : style maladroit ou inapproprié (« ça ne le fait pas », dans un film de 1946), fautes d’accord, de ponctuation, mauvais découpage d’une ligne ou d’un sous-titre à l’autre, inscriptions à l’écran non traduites, répliques manquantes… Une traduction sans script n’excuse pas de désigner pendant tout un film le comte de Monte Cristo comme Edmond « Dante » (The Wife of Monte Cristo). À déplorer également, des traductions littérales comme « Où est tout le monde ? », « Le vrai McCoy », « Comment allez-vous ? » (pour « How do you do ? ») ou « Ça avait l’habitude de marcher » (« this used to work »). Difficile enfin de croire à une relecture sérieuse quand on tombe sur un sous-titre tel que « Ils étaient three ».
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2012 19
avr

revue-de-presse



Pour retrouver toutes les revues de presse de l’Ataa, cliquez ici.







  • Un article paru dans le 13 avril dans La Croix, « Le cinéma en version originale, d’une version à l’autre », évoque les auteurs de sous-titres, à l’occasion du Prix du sous-titrage organisé par l’ATAA. Dommage : l’encadré concernant le prix n’est pas accessible en ligne. En revanche, l’annonce du palmarès a été reprise sur Internet : sur Allociné, sur le blog de l’ATLF, sur Les feuilles volantes… Et 20 minutes vient de publier un article laissant la parole aux deux lauréates, Massoumeh Lahidji et Pascale Joseph.

  • Autre actualité de l’ATAA : la republication du texte Le doublage à un tournant, article sur le doublage et les évolutions récentes de cette branche de la traduction audiovisuelle, sur le site universitaire de cinéma cadrage.net. Nous remercions à nouveau son équipe pour sa disponibilité et pour avoir accepté de nous aider.

  • Évoqué plus haut, le blog de l’ATLF a été lancé en février dernier et est régulièrement alimenté. On y trouve des annonces d’événements, des entretiens avec des traducteurs, des réflexions sur les langues… Et, récemment, le sommaire du dernier numéro (42) de la revue Translittérature, que nous avons évoquée ici (n°37, n°41). Dans cette dernière livraison, on recommandera tout particulièrement le « journal de bord » (Jean-Marie Saint-Lu, sur Calligraphie des rêves) et l’entretien avec Khaled Osman. À signaler, une section « colloques » particulièrement riche.

  • La diffusion, sur France 2, de la deuxième saison de « Sherlock » (BBC) a suscité deux articles sur le doublage français de cette série : l’un dans Libération, l’autre sur le site reviewer.fr (avec une vidéo). Le site anglais Radio Times en a d’ailleurs repris une partie, avec une courte vidéo accompagnée de sous-titres anglais hélas effectués de façon peu professionnelle.

  • Sur son blog, le traducteur italien Giuseppe Manuel Brescia fait le récit du premier sous-titrage qu’il a effectué : celui du film néo-zélandais The Orator, qui a la particularité d’être le premier film tourné en samoan, par un réalisateur samoan. On peut lire son texte en italien ou en anglais. À noter que The Orator sera présenté au prochain festival de Cannes : sélection « Cannes Antipodes », dans le cadre de « Cannes Cinéphiles ». Il avait été proposé par la Nouvelle-Zélande dans la catégorie « Films étrangers » des Oscars 2012.

  • Justement, à l’occasion de la cérémonie des Oscars, un article paru dans le New York Times attirait l’attention sur la diversité des langues dans le cinéma récent. Variety faisait le même constat en début d’année et proposait plusieurs explications.

  • Toujours outre-Atlantique, la sortie du film Casa de mi padre, avec le comique Will Ferrell, a intrigué : cette parodie de telenovela est en effet apparue sur les écrans en espagnol avec des sous-titres anglais. Si un article du Las Vegas Sun explique que « les spectateurs bilingues sont ceux qui profiteront le plus du film », puisque les sous-titres traduisent de façon incorrecte, à des buts comiques, le reportage mené par le Wall Street Journal permet d’en savoir plus sur ce projet atypique. Aucune date de sortie n’est annoncée en France.


Revue de presse préparée par Samuel Bréan

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2011 27
juil
Deux documentaires à l'honneur dans <em>TransLittérature</em>

Deux documentaires à l'honneur dans TransLittérature

Dans son dernier numéro, TransLittérature revient sur deux documentaires sortis en salles au cours de l’année écoulée et consacrés à la traduction : La femme aux cinq éléphants (Vadim Jendreyko, 2009, dont il a déjà été question ici, et qui est encore visible dans plusieurs salles de cinéma parisiennes) et Traduire (Nurith Aviv, 2010). Cette récente profusion (toute relative) de films consacrés à nos métiers, ainsi que les grandes qualités de ces deux œuvres, sont l’occasion d’un excellent dossier de quatre articles intitulé « Traduire en images » dans la revue semestrielle de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF).

Un premier article de Jacques Catteau, traducteur du russe et spécialiste de Dostoïevski, éclaire La femme aux cinq éléphants sous l’angle de la métaphore filmique : ou comment le portrait tourné par Vadim Jendreyko devient, par le jeu du montage, des choix des plans et de l’agencement des séquences, une métaphore même de l’acte de traduire.

Suit une « Lettre à Svetlana Geier » d’Agathe Neuve, un hommage impressionniste et personnel à cette traductrice au parcours exceptionnel.

Sophie Ehrsam nous présente ensuite Traduire et sa plongée dans l’univers d’une dizaine de traducteurs de l’hébreu : leurs difficultés à restituer cette langue source dans leur langue maternelle, la passion qui semble les unir tous, le passage d’une langue à l’autre tout au long du film… « Il n’est pas besoin de connaître l’hébreu ni d’être traducteur pour apprécier ce film », souligne l’auteure de l’article : Nurith Aviv ouvre une série de fenêtres sur la traduction, tout comme le livre est lui-même une fenêtre sur le monde, selon les termes mêmes de la réalisatrice.

Enfin Emmanuèle Sandron, dans « La langue appartient à qui la parle et l’écrit », revient sur trois autres films de Nurith Aviv : D’une langue à l’autre (2004) et Langue sacrée, langue parlée (2008), les deux premiers volets de la trilogie consacrée à l’hébreu que vient clore Traduire ; sans oublier Vaters Land – Perte (2002), un court métrage qui aborde le vide et les fantômes de l’après-guerre en Allemagne.

Un dossier décidément passionnant, qui rend justice à ces deux documentaires très riches.

On trouvera par ailleurs dans ce dernier numéro de TransLittérature un comparatif des traductions en français de The Great Gatsby (rubrique « Côte à côte »), mais aussi un entretien entre Ros Schwartz et Sarah Ardizzone, respectivement auteure d’une nouvelle traduction en anglais du Petit Prince de Saint-Exupéry et traductrice de l’adaptation en bande dessinée par Joann Sfar du même Petit Prince, sans oublier des comptes rendus intéressants dans les rubriques « Profession » et « Lectures ». Un excellent cru, en somme !

Si vous n’êtes pas adhérent de l’ATLF ou d’ATLAS, vous pouvez vous abonner à TransLittérature à l’année (2 numéros) en envoyant un chèque de 20 euros à l’ordre d’ATLF au 99, rue de Vaugirard, 75006 Paris. Il est également possible de commander les anciens numéros de la revue.

En complément du dossier « Traduire en image », on pourra consulter les vidéos des nombreuses rencontres organisées autour des projections de Traduire ces derniers mois sur le site officiel du film.

Bernard Eisenschitz, auteur (avec d’autres adaptateurs) des sous-titres du film de Nurith Aviv, y explique notamment comment la réalisatrice lui a demandé de travailler sur la traduction de l’œuvre avant même que celle-ci soit terminée. Son intervention peut être visionnée ici.

Ajoutons enfin que les films de cette réalisatrice ont été réunis dans un coffret DVD aux éditions Montparnasse, et étudiés également dans un texte récent de Jean-Paul Fargier (« Les débuts infinis de Nurith Aviv », Trafic n°78, été 2011).

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2011 05
mar

Nous avons parlé de ce film ici même.

Voir aussi le site officiel.

Séance de travail pour Svetlana Geier

Séance de travail pour Svetlana Geier

Le président de la Scam,

l’Association des Traducteurs-Adaptateurs de l’Audiovisuel (ATAA),

l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF)

et la Société Française des Traducteurs (SFT)

ont le plaisir de vous convier à la projection de

La Femme aux 5 éléphants

un film documentaire de Vadim Jendreyko
2009 – 1h33’
une production Mira Film et Filmtank
une distribution Nour Films

Ce documentaire retrace l’histoire et l’œuvre de Svetlana Geier, grande traductrice de Dostoïevski en allemand. Il tente de percer à jour le mystère de cette femme infatigable. Une grande souffrance, des aides secrètes, des chances inespérées. Et un amour des mots qui éclipse tout le reste.

La projection sera suivie d’une discussion menée par Jacques Catteau, professeur de littérature russe et traducteur, et en présence de Patrick Sibourd, distributeur du film.

mardi 22 mars 2011
à 19 heures 45
salle Charles Brabant à la Scam
5, avenue Vélasquez
75008 Paris (métro Villiers ou Monceau)

Nombre de places limité, réservation indispensable à delegation.iledefrance@sft.fr

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