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Traduire pour le théâtre L’ATAA dans la revue du SNAC
2011 19
jan

Sonovision, revue professionnelle de l’audiovisuel, consacre un long article à la situation des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel dans son numéro 558 de janvier 2011.

Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de Lionel Ollier, rédacteur en chef de cette publication et auteur de l’article.

 

L’adaptation audiovisuelle dans tous ses états

 

L’Ataa, l’Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel, tire la sonnette d’alarme et tente de faire prendre conscience aux distributeurs, chaînes de télé… de l’importance de maintenir des conditions de travail viables pour les créateurs de doublages et de sous-titrages.

 

Séance de sous-titrage pour Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa, qui aime à répéter que le traducteur traduit du sens, pas des mots.

Séance de sous-titrage pour Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa,
qui aime à répéter que le traducteur traduit du sens,
pas des mots.

L’association a été créée en 2006 afin de fédérer les auteurs de sous-titrage, de doublage d’audiodescription, de voice over et de sous-titrage dont les conditions de travail sont de plus en plus difficiles. Elle travaille en parallèle du syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) qui représente également ces métiers aux côtés d’autres professions. L’Ataa dénonce un manque de reconnaissance et des tarifs régulièrement à la baisse. Si les métiers de réalisateurs, scénaristes, dialoguistes font partie du domaine artistique, la traduction audiovisuelle, qui consiste à traduire l’œuvre sous forme de doublage ou de sous-titrage, est aussi une activité de création. Comme le font remarquer les auteurs de l’association, il s’agit d’un travail d’adaptation littéraire et non d’une traduction technique. Les femmes et hommes qui exercent ce métier ne sont ni salariés ni intermittents du spectacle, ils ont le statut d’auteur. « Il n’y a pas de convention collective pour le statut d’auteur. Mais c’est un statut auquel nous tenons beaucoup car il témoigne de notre participation au processus de création », explique Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa, auteur de sous-titrage et de voice over. « La conséquence de cette absence de réglementation des tarifs, c’est que le prix d’un sous-titre varie du simple au triple selon que l’on travaille pour le cinéma, la télé, l’édition vidéo… ajoute la jeune femme. Pour le cinéma, le tarif syndical est de 3,90 euros le sous-titre. Les prix ont pour l’instant tendance à se maintenir pour les grands studios, mais ce n’est hélas pas le cas général. Côté télé, le tarif syndical est de 2,80 euros le sous-titre, mais dans la pratique, les prix varient énormément et peuvent chuter jusqu’à 0,20 euro. Le problème réside dans le fait que notre travail est de plus en plus intégré dans un forfait global facturé sur la durée (à la minute, à l’épisode ou au long-métrage) et négocié entre le producteur ou la chaîne et le postproducteur. » Pour l’Ataa, le mode de rémunération forfaitaire n’est pas satisfaisant car il ne correspond pas au travail réel fourni : en effet, le nombre de sous-titres ou de lignes de doublage d’un documentaire ou d’un long-métrage peut varier du simple au double. La pression se fait sentir autant sur le secteur du documentaire que sur celui de la fiction, du côté des adaptateurs mais aussi des postproducteurs.

À titre d’exemple, un prestataire qui recevrait de la chaîne 2 500 euros seulement pour le doublage d’un documentaire (appelé aussi voice over) de 45 minutes devrait intégrer dans cette enveloppe le travail de son chargé de production, un directeur artistique, l’ingénieur du son, le(s) traducteur(s) selon les délais de remise du travail, un relecteur, le responsable du casting voix, les comédiens de doublage, le monteur, le chargé de l’habillage graphique, le technicien d’exploitation, le coût du studio d’enregistrement… Autant dire que certaines fonctions ne sont pas attribuées, mais plutôt « ventilées » sur d’autres postes afin de tenir dans le budget négocié. Les membres de l’Ataa aimeraient que leur travail littéraire soit reconnu en dehors d’un package technique et que puisse se nouer une relation directe en tant qu’auteur avec le distributeur, le producteur, en lien avec le postproducteur.

 

 

La qualité en leitmotiv

La multiplication des programmes et des chaînes a entraîné un raccourcissement des délais des commandes de sous-titrages et de doublages, pour permettre un accès légal à des séries américaines en France le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis.

La multiplication des programmes et des chaînes a entraîné
un raccourcissement des délais des commandes
de sous-titrages et de doublages,
pour permettre un accès légal à des séries américaines en France
le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis.

« Notre travail est basé sur le respect d’une œuvre audiovisuelle, explique Estelle Renard, membre du conseil d’administration de l’Ataa, auteur de voice over et de sous-titrage. Quelle que soit sa forme, la traduction audiovisuelle est le seul moyen permettant à un film ou un programme étranger d’être diffusé en France, et donc d’être regardé et compris par le public francophone ». Pour travailler de façon sereine, les traducteurs/adaptateurs, qui ont généralement un niveau d’études minimum Bac+5, militent pour « la préservation de la qualité des traductions audiovisuelles, pour le respect du spectateur et de l’œuvre originale ». Et ceci quel que soit le type de programme : « De la télé réalité bien doublée, c’est tout de même plus agréable ! », ajoute Estelle Renard. Le téléspectateur est de plus en plus habitué à de la qualité visuelle et s’équipe de téléviseurs HD et lecteurs blu-ray. En acceptant de payer pour DVD, un film en VoD ou une chaîne par abonnement, il s’attend à ce que la qualité soit au rendez-vous et ce, également pour un doublage réaliste ou un sous-titrage bien calé.

Pour produire de la qualité, le traducteur a besoin de travailler dans de bonnes conditions, d’obtenir des délais suffisants pour ses recherches…, de disposer d’un matériel correct comme un script détaillé avec le découpage des sous-titres, une version vidéo et audio de bonne qualité… Et de bénéficier « d’un tarif décent qui ne nous forcera pas à faire de l’abattage en négligeant les recherches et les relectures indispensables », s’inquiètent les membres de l’Ataa qui parlent de tarifs diminués de 60% depuis 20 ans. Si le doublage d’une œuvre audiovisuelle reste le même quel que soit le mode de diffusion (cinéma, télé, DVD, VoD…), le sous-titrage n’est pas identique selon le support d’exploitation du film. Il faut parfois recadrer des sous-titres ou en créer de nouveaux en DVD, adapter leur découpage pour la télévision (passage de 24 à 25 images/sec., de 40 à 36 signes/ligne)… La multiplication des programmes et des chaînes a entraîné un raccourcissement des délais des commandes de sous-titrages et de doublages, notamment à cause de la lutte contre le piratage, pour permettre un accès légal (par le biais de la VoD, par exemple) à des séries américaines en France le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis.

 

 

Jeunes diplômés à l’export

Le marché du sous-titrage et du doublage devient mondial. Les prestataires sont soumis à une concurrence internationale. Et les diffuseurs télé mettent la pression sur les postproducteurs qui tentent de trouver des solutions. « Certains prestataires étrangers diffusent même des annonces de recrutement en France dans les universités afin d’attirer les jeunes diplômés dans des pays à faible coût salarial, comme cette annonce où une multinationale du sous-titrage installée en Inde recrute des jeunes français pour travailler sur place avec un salaire en rapport avec le coût de la vie locale… », explique Estelle Renard. Aujourd’hui, l’Ataa, aux côtés du SNAC, se concentre sur la mise en place d’une charte de qualité dans le cadre de négociations menées sous l’égide du CNC entre les auteurs de traductions-adaptations audiovisuelles, les postproducteurs et les clients finaux.

L’association vient d’éditer un guide de conseils fort utile pour les distributeurs, éditeurs vidéo, chaînes de télé, sur ce métier qui permet de prendre conscience de l’intérêt d’un sous-titrage et d’un doublage bien faits… L’Ataa travaille aussi à la mise en place d’un label de qualité respectant certains critères (délai laissé aux adaptateurs, éléments disponibles lors de la traduction…), mais aussi à l’organisation d’un prix du meilleur sous-titrage. De plus, les membres de l’association interviennent régulièrement dans différents colloques internationaux et n’hésitent pas à rencontrer les futurs diplômés universitaires afin de les prévenir des réalités
de ce métier.

 

Lionel Ollier

Pour télécharger l’article en PDF, cliquez ici.

 

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