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La traduction, c’est aussi… Journée européenne des langues
2009 14
sept

Petit oiseau deviendra grand ?

Petit oiseau deviendra grand ?

C’est la rentrée : les feuilles tourbillonnent, les journées raccourcissent, les vacances sont finies… et les stages aussi.

L’Ataa reçoit de nombreux courriels de traducteurs fraîchement diplômés ou d’étudiants pleins d’entrain souhaitant se lancer dans la traduction audiovisuelle, malgré l’état fort déprimé de ce secteur décrit avec réalisme dans les articles concernant « Les réalités du secteur » sur le site de l’association.

Voici une compilation en deux parties de conseils destinés à ces fringants professionnels en devenir qui se retrouveront bientôt au cœur de la jungle audiovisuelle. Elle répertorie notamment les bobards les plus courants dans la profession – une liste qui n’est bien sûr pas exhaustive : les remarques, ajouts, réactions et rectifications sont les bienvenus (blog@ataa.fr).

Sommaire de la première partie :

I. Quatre vérités bonnes à rappeler

1. Le client n’est pas votre ami (malgré les apparences)
2. Vous n’êtes ni un fansubber, ni un fabricant de boulons
3. Le spécialiste, c’est vous
4. En traduction audiovisuelle, le nerf de la guerre est le même que partout ailleurs

I. Quatre vérités bonnes à rappeler

1. Le client n’est pas votre ami (malgré les apparences)

L’audiovisuel, c’est bien connu, est une « grande famille ». Dans les sociétés de postproduction, tout le monde a tendance à se tutoyer et s’attend à ce que vous fassiez de même. Le tutoiement aidant, votre client sera très vite à l’aise avec vous et vous racontera en vrac ses vacances, sa vie de famille et ses problèmes de couple.

Il n’est bien sûr pas interdit de nouer des liens avec ses clients et une certaine convivialité ne peut pas nuire à la qualité des relations de travail. De plus, certains chargés de posproduction sont réellement très sympathiques. Toutefois, méfiez-vous : cette complicité de façade sera dans 99% des cas à l’avantage de votre client. Moins il y aura de distance entre vous deux, et plus il sera à l’aise pour vous appeler à toute heure, vous demander de le sortir de pétrins inextricables et vous proposer des missions sans intérêt. Moins il y aura de distance entre vous deux, et plus vous aurez du mal à lui dire non.

Sachez par ailleurs que la plupart de ces chargés de postproduction si avenants n’hésiteront pas à cesser de faire appel à vos services si vous réclamez une augmentation, si vous râlez sur vos délais de paiement, si vous refusez une baisse de tarif ou encore si vous montrez peu d’empressement à accepter des missions qui vous rebutent.


2. Vous n’êtes ni un fansubber, ni un fabricant de boulons

Ce n’est pas parce qu’on est auteur et qu’on travaille dans l’audiovisuel, où tout le monde est en jean et en baskets toute l’année, qu’on ne doit pas prendre son métier au sérieux. Un adaptateur ne fait pas des traductions « pour le fun ». Malgré le manque de considération croissant dont souffre ce métier, n’oubliez pas que vous êtes maintenant un professionnel, avec des obligations et des responsabilités vis-à-vis de vous-même, de vos clients et de la profession dans son ensemble.

Par ailleurs, la plupart des entreprises de postproduction avec lesquelles vous allez travailler vont vous considérer comme un simple prestataire de services, comme peut l’être un fournisseur de pièces de rechange, un service de coursiers ou un site de fournitures de bureau.

Entre ces deux réalités, à vous de vous faire respecter et de faire valoir les particularités de votre métier – notamment le fait que deux auteurs ne sont  pas interchangeables et que la traduction est l’affaire de professionnels, une activité qui demande du temps, mérite une rémunération adaptée et requiert de bonnes conditions de travail si l’on veut que la qualité soit au rendez-vous (la qualité étant l’objectif que souhaite atteindre votre client – du moins, en théorie, et surtout lorsqu’il essaie de se vendre auprès de ses propres clients, les diffuseurs des oeuvres).


3. Le spécialiste, c’est vous

Vous avez beau être un jeune professionnel, vous vous devez d’être crédible. En la matière, la règle est d’éviter de dire oui à tout sans avoir posé au préalable quelques questions qui montreront à votre client que vous connaissez votre métier et que vous n’êtes pas prêt à tout pour travailler.

Renseignez-vous sérieusement sur ce qu’on vous propose et n’ayez pas peur de creuser un peu : quelle est la durée précise et le genre du programme à traduire ? S’il s’agit d’un vieux film, le son est-il bon ? Y a-t-il un script ? Si votre client ne mentionne pas le tarif qu’il est prêt à payer ou ne vous demande pas quel est votre tarif, prenez les devants et donnez-lui votre tarif. Une fois le travail accepté, il sera trop tard pour pleurer. Quel est le délai de paiement ? S’il s’agit de sous-titrage ou de doublage, le tarif inclut-il le repérage/la détection ? Sinon, ces travaux sont-ils rémunérés à part ? En salaire, comme l’exige le Code du travail ?

Tous ces éléments sont importants. Votre client le sait, mais il ne prendra pas forcément la peine de vous renseigner spontanément – en particulier s’il y a un « léger » problème à la clé qu’il préférerait que vous découvriez vous-même un peu plus tard (script incomplet, vidéo de mauvaise qualité, tarif plus bas que d’habitude, etc.). A vous de l’amener à mettre les choses à plat, afin de pouvoir prendre une décision éclairée.

4. En traduction audiovisuelle, le nerf de la guerre est le même que partout ailleurs

Maintenant qu’il est acquis que vous êtes un professionnel qui sait de quoi il parle, il est temps de parler rémunération. Votre (premier) client vous propose un tarif, comment savoir si vous pouvez l’accepter ?

- fiez-vous à votre bon sens : une grande multinationale du sous-titrage vous propose un tarif qui vous semble un peu suspect ? Un rapide calcul vous montrera qu’à ce prix-là, vous paierez tout juste l’électricité qui fait fonctionner votre ordinateur, même en travaillant jour et nuit. Fuyez.

- fiez-vous à votre amour-propre : le tarif que vous propose un grand laboratoire, à la réputation pourtant solide, vous semble décidément louche ? Un rapide calcul vous montrera qu’à ce prix-là, vous serez très loin du Smic horaire. Alors que vous faites un métier dans lequel la grande majorité des professionnels (dont vous, probablement) ont un niveau Bac +5. Là encore, fuyez.

- écoutez votre instinct de survie : nous supposerons que si vous vous lancez dans la traduction audiovisuelle, c’est parce que vous comptez en faire votre métier et en vivre. Réfléchissez et ne sciez pas la branche sur laquelle vous êtes sur le point de vous asseoir avec nous tous. Plus les traducteurs accepteront des conditions de travail inacceptables, plus celles-ci deviendront la norme. Après tout, pourquoi les sociétés de postproduction auraient-elles une quelconque considération pour les auteurs, si ceux-ci ne se respectent pas eux-mêmes ?

- renseignez-vous : c’est le premier réflexe à avoir. Consultez le site du Snac pour avoir une idée des tarifs syndicaux recommandés. Contactez des confrères ou l’Ataa, qui se fera un plaisir de vous renseigner (info@ataa.fr). Sans la moindre information, il est difficile de se positionner raisonnablement.

LA SEMAINE PROCHAINE :

Les dix phrases qui doivent vous faire fuir
(ou à tout le moins vous inciter à la méfiance)

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