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2016 15
avr

arte-en-esGrâce à la bienveillance de Mme Durupty, vice-présidente du conseil de gérance d’Arte, l’Ataa a pu récemment rencontrer la directrice déléguée à la direction des programmes et de la production ainsi que le directeur de la gestion et de la coordination d’Arte France.

Ce rendez-vous a été l’occasion de présenter nos métiers, notre statut, et d’évoquer la relation triangulaire, parfois épineuse, qui lie les auteurs, les prestataires et les commanditaires. De leur côté, nos interlocuteurs ont paru soucieux de nos conditions de travail et nous ont à ce titre demandé de rédiger un « vade-mecum » de la traduction audiovisuelle, une première qui montre toute l’importance que la chaîne culturelle accorde à notre travail.

Délais permettant de réaliser une adaptation de qualité, étapes clés à respecter, importance de la relecture, question des traductions-relais… Dans le contexte d’une nouvelle mise en concurrence de ses prestataires de sous-titrage, cet outil donne des indications concrètes sur le travail des auteurs et devrait permettre à la chaîne de mieux s’y retrouver dans les offres de ses prestataires. Le document comporte également une annexe sur les tarifs régulièrement constatés et acceptés par les traducteurs travaillant pour Arte.

Cette rencontre fructueuse fait également suite à un entretien passionnant de L’Écran traduit avec trois chargés de programmes d’Arte GEIE. Nous espérons qu’elle sera la première d’une série de rendez-vous réguliers. Le rapprochement entre les commanditaires et les auteurs ne peut qu’aider à promouvoir la qualité des adaptations. Elle ouvre aussi la porte à des relations plus apaisées avec nos clients, les laboratoires de post-production, souvent pris entre deux feux. Il ne s’agit pas de les court-circuiter, mais d’œuvrer à une meilleure compréhension de la nature, et de l’importance, de notre travail.

2016 18
mar

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L’ATAA et l’ASIF étaient présentes au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, et plus particulièrement au déjeuner du Syndicat des Producteurs Indépendants (vidéo, télévision, cinéma) qui réunissait producteurs, diffuseurs et représentants d’Unifrance. Après ces premières prises de contact, nous comptons rencontrer à Paris la direction du SPI ainsi qu’Unifrance, afin d’ouvrir des pistes de collaboration et de faire connaître l’importance de nos métiers et les bonnes pratiques permettant d’obtenir des adaptations de niveau professionnel.

L’ATAA a également collaboré avec la société Média Solution pour offrir au lauréat du Grand prix (Les Amours vertes, de Marine Atlan) un sous-titrage vers quatre langues européennes. L’objectif de cette dotation est de faire connaître le savoir-faire français sur le plan de la rigueur technique et de la qualité d’adaptation. De par son rayonnement international, le Festival de Clermont-Ferrand apparaît en effet comme le lieu idéal pour sensibiliser sur le long terme réalisateurs et producteurs à l’importance de la qualité du sous-titrage.

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2016 02
mar

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Retrouvez dans la revue de cinéma « 1895 » un compte rendu du colloque londonien « Splendid Innovations » sur la traduction audiovisuelle, organisé par Jean-François Cornu et Carol O’Sullivan les 21 et 22 mai 2015. Cet article, rédigé par Anne-Lise Weidmann et Samuel Bréan, est disponible en accès gratuit.

Extrait :

« (…) on peut néanmoins saluer en « Splendid Innovations » un premier pas vers la mise au jour de spécificités nationales, temporelles et esthétiques liées à la traduction audiovisuelle. Ce colloque aura montré que la recherche sur ce champ, proche en cela davantage de la recherche en cinéma que de la traductologie, passe aussi par la recherche de copies, de sources non-film et de documents sur la production même des films traduits. Un problème peut-être insuffisamment évoqué est celui de l’identification (et de la citation) des auteurs des traductions de films, extrêmement variable selon les époques, les pays, les supports de projection. Il reste aussi à faire mieux connaître au grand public le résultat de ces travaux, qu’ils soient menés dans un cadre universitaire ou lors de restaurations : les éditions DVD ou Blu-ray gagneraient à s’enrichir de livrets ou de bonus sur l’histoire des versions linguistiques des œuvres. »

2016 25
fév

radio-interview

Le 5 février dernier, l’ATAA a rencontré César Monteyrol, journaliste/reporter chez Séance Radio, une web radio dédiée exclusivement au cinéma. Le Pavé dans la Toile est une émission qui donne la parole à ceux qui œuvrent bien souvent dans l’ombre, et cette fois-ci, pour « Les écrivains de l’écran », le micro a été tendu à trois représentants de l’ATAA : Juliette De La Cruz, Anthony Panetto et Sylvestre Meininger.

Merci encore à lui d’avoir eu l’initiative de nous contacter spontanément !

2016 14
jan

LE « FILM LE PLUS MAL DOUBLÉ DE L’HISTOIRE » :
COMMUNIQUÉ OFFICIEL DE L’ASSOCIATION DES TRADUCTEURS ET
ADAPTATEURS DE L’AUDIOVISUEL

Paris,  le  14  janvier  2016  — L’Association  des  Traducteurs  et  Adaptateurs  de  l’Audiovisuel (ATAA), a découvert avec consternation « le film le plus mal doublé de l’Histoire », présenté aujourd’hui par Patrick Cohen dans la matinale de France Inter, en écho à un billet publié hier sur le site des Inrocks.

Depuis bientôt dix ans, l’ATAA se bat pour défendre les métiers de l’adaptation audiovisuelle, dont le doublage, et œuvrer à leur reconnaissance et à leur valorisation. Notre association regroupe des professionnels  qualifiés,  qui  signent  et  s’engagent  à  respecter  un  code  de  déontologie  strict.

Quelle que soit la qualité de l’œuvre d’origine (Dumbbells, de Christopher Livingston) et sans préjuger des intentions et des circonstances qui ont abouti au doublage calamiteux présenté par la presse, nous déplorons qu’un distributeur et un diffuseur tel que Netflix (qui semble avoir retiré ledit doublage dans la nuit) puissent proposer au public francophone un travail aussi médiocre, qui s’expose, même volontairement, au ridicule et nuit ainsi à toute une profession.

Pour observer depuis plusieurs années la spectaculaire dégradation de nos conditions de travail et la chute vertigineuse des tarifs, qui poussent de nombreux professionnels à mettre la clé sous la porte, nous restons curieux de savoir si le doublage de Dumbbells résulte d’un bâclage motivé par un pur
souci d’économie poussé à l’extrême ou s’il faut y voir une œuvre parodique, à prendre au second degré.

Dans tous les cas, nous y voyons le signe d’un mépris ostensible envers le public et d’un travail de sape contre une profession déjà fragilisée par la course aux profits et les atteintes au droit d’auteur.

L’ATAA salue tous les professionnels de la traduction et de l’adaptation qui œuvrent, dans l’ombre le plus souvent, à rendre les œuvres audiovisuelles accessibles au plus grand nombre et, ainsi, à maintenir et développer la diversité culturelle.

Un hommage leur sera rendu lors de la cérémonie de remise des Prix de l’ATAA, le 29 janvier, durant laquelle seront distinguées plusieurs adaptations remarquables en doublage et sous-titrage de l’année 2015.

À propos de l’ATAA

Fondée en 2006 par des traducteurs professionnels, l’Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel  (ATAA)  compte  aujourd’hui  plus  de  250  adhérents.  Elle  rassemble  des traducteurs/adaptateurs français  et  étrangers,  exerçant dans  les domaines  du sous-titrage et  du doublage d’œuvres de fiction et de documentaires. Ses objectifs se déclinent en quatre grands axes : fédérer les adaptateurs de l’audiovisuel, souvent isolés, et leur permettre de dialoguer et d’échanger des informations ; sensibiliser le grand public aux  enjeux  de  l’adaptation  audiovisuelle  ;  représenter  les  traducteurs/adaptateurs  auprès  des institutions (Sacem, Scam, Agessa, CNC, ministères) et valoriser le métier et instaurer un dialogue avec tous les acteurs concernés (prestataires techniques, distributeurs, chaînes de télévision, éditeurs
vidéo) pour promouvoir la qualité des traductions.

À propos des Prix de l’ATAA

Créés en 2010, les Prix de l’ATAA (Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel) visent à récompenser l’excellence de l’adaptation audiovisuelle. Ils sont décernés tous les ans dans quatre catégories : sous-titrage d’un film tourné en anglais, sous-titrage d’un film non anglophone, doublage d’un film d’animation et doublage d’un film en prises de vue réelles.
Les films en compétition sont sélectionnés par l’ATAA et par les membres de deux jurys, composés d’auteurs,  professionnels  des  sociétés  de  distribution,  directeurs  artistiques,  journalistes,  etc.
L’édition 2016 des Prix de l’ATAA aura lieu le 29 janvier à la SACEM.
Des Prix concernant le sous-titrage et le doublage des séries télévisées et des documentaires sont également en préparation.

2016 05
jan

AGESSA : augmentation des cotisations au 1er janvier 2016

logoAgessa

Depuis le 1er janvier 2016, la cotisation « Sécurité sociale » (maladie + vieillesse déplafonnée) est passée de 1,05% à 1,10 % du montant brut des droits d’auteur. Pensez à modifier vos modèles de NDA.

Soit :

• assurances sociales (1,10% x montant brut)

• CSG (7.5% x 98.25% x montant brut)

• CRDS (0.5% x 98.25% x montant brut)

• Contribution auteur formation professionnelle (0.35% x montant brut)

Retrouvez toutes les informations détaillées sur le site de l’AGESSA.


2015 17
déc

Merci à Diane Bardinet pour la traduction de ce billet paru sur le site de l’ATRAE (Asociación de Traducción y Adaptación Audiovisual de España).

index

« Le sous-titrage n’est pas un hobby.

Communiqué face au sous-titrage non-professionnel lors du festival Casa Asia Film Week

Au lendemain de la clôture du festival de cinéma Casa Asia Film Week, le 15 novembre 2015, l’ATRAE (Asociación de Traducción y Adaptación Audiovisual de España) a tenu à montrer sa totale désapprobation concernant le sous-titrage en langue catalane de plusieurs films projetés lors du festival, et qui répondait à l’appel à volontaires lancé par ses organisateurs, le centre Casa Asia et les salles Cinemes Girona par le biais de l’organisation Plataforma per la Llengua.

À travers ce billet, nous nous joignons à ceux déjà émis par l’APTIC (Associació Professional de Traductors i Intèrprets de Catalunya) et par l’AELC (Associació d’Escriptors en Llengua Catalana), et dénonçons une pratique qui tire avantage de ceux qui croient à la défense et à la promotion du catalan et qui a porté jusqu’aux salles de cinéma le produit de fansubs, sous-titrages amateurs de qualité douteuse, sous prétexte de vouloir offrir l’adaptation en catalan de productions audiovisuelles aux moyens de distribution limités sur le territoire espagnol.

À l’instar de l’Associació d’Escriptors en Llengua Catalana, nous croyons que les festivals sont une voie d’accès importante à la culture, secteur fondamental de notre civilisation, qui plus est dernièrement fort malmené. L’ATRAE défend l’altruisme et la coopération ; elle ne considère pas que les sous-titreurs et les professionnels de la traduction audiovisuelle se distinguent d’autres professions au moment d’offrir leurs services bénévolement pour la réalisation de projets non-lucratifs. Néanmoins, nous considérons qu’il est important de souligner l’existence d’excellents professionnels du sous-titrage traduisant vers le catalan, et qu’il est nécessaire que les festivals de cinéma tiennent compte dans leur budget d’une somme allouée au sous-titrage. La décision de ne pas rémunérer financièrement le sous-titrage laisse entendre que la traduction est un hobby à la portée de quiconque et non un service professionnel qui doit être rétribué convenablement. »

2015 10
déc

GetInlineLe RAAP, le régime de retraite complémentaire obligatoire des artistes-auteurs, dont relèvent les traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel, a adopté en septembre 2015 un projet de réforme qui doit encore être validé par le ministère. Le projet détaillé est consultable ici :
http://www.ircec.fr/fr/actualites-14/detail-reforme-du-raap-le-projet-vote-49

Voici les principaux éléments de ce projet :
- adoption d’un taux de cotisation proportionnel aux revenus
- montée en charge de ce taux de cotisation sur 4 ans (5 %, puis 6 %, puis 7 %, puis 8 %)
- phase de transition de 10 ans permettant de surcotiser (c’est-à-dire cotiser au moins autant qu’avant la réforme)
- taux réduit à 4 % pour les revenus inférieurs à 25 000 € par an environ
- taux réduit à 4 % sur la partie des revenus soumise à cotisation RACL pour les auteurs concernés, dont les auteurs de doublage et sous-titrage de fiction dépassant un certain montant de droits versés par la SACEM.

L’ATAA a participé aux réunions de concertation.

La réforme que le RAAP vient d’adopter, que le ministère doit maintenant valider ou non, paraît équilibrée en ceci que :

1) ceux qui veulent cotiser à 8 % dès le premier euro peuvent le faire.

2) ceux qui veulent cotiser à 4 % au motif qu’ils gagnent trop peu pour cotiser davantage peuvent aussi le faire.

Ce projet répond à deux demandes contradictoires de la part des membres du RAAP, demandes tout aussi légitimes l’une que l’autre : cotiser un maximum (vœu des designers, surtout, qui sont la première population au sein du RAAP) ou cotiser très peu (vœu des auteurs du secteur du livre, notamment).

Le plafond retenu pour bénéficier du taux réduit à 4 % est d’environ 25 000 € de revenus par an en droits d’auteur, dans un seul métier (plus exactement de 3 fois le seuil d’affiliation au RAAP). D’après le tableau publié sur le site de l’IRCEC, on pourrait gagner 25 000 € de salaire par an + 25 000 € de droits comme compositeur musique + 25 000 € de droits comme écrivain, et on pourrait encore bénéficier du taux réduit à 4 % .
D’après ce tableau, les montants de cotisation par an peuvent donc rester relativement bas.

Actuellement, les retraités du RAAP touchent en moyenne environ 90 € de pension par mois au titre du RAAP car ils ont très peu cotisé dans le passé. Un des objectifs de la réforme est de permettre aux artistes-auteurs actifs de cotiser davantage afin d’acquérir des droits à retraite complémentaire plus importants.

Bien que certains artistes-auteurs ne se déclarent pas intéressés par cette possibilité, il faut se conformer au cadre réglementaire français : la France a choisi en 1945 de mettre en place une protection sociale obligatoire pour tous. Chacun doit donc cotiser pour soi et les autres, dans un principe de solidarité nationale.

(merci à Caroline Barzilaï, auteur adhérente de l’ATAA, d’avoir rédigé ce point complet)

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2015 09
déc

1412598087Dans le cadre des séminaires TRACT 2015-2016, organisés par l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, Jean-François Cornu, traducteur/adaptateur de l’audiovisuel, sera invité à parler de son livre Le doublage et le sous-titrage, histoire et esthétique (P. U. de Rennes).

Cette rencontre aura lieu le jeudi 10 décembre, de 17h30 à 19h, sur le site Censier de l’Université, 13 rue Santeuil dans le 5e arrondissement (salle Las Vergnas, 3ème étage).

À signaler également au menu de ces séminaires : Samuel Bréan, traducteur audiovisuel, membre fondateur de l’ATAA, interviendra le jeudi 25 février 2016, de 17h30 à 19h, sur le thème : « Jean-Luc Godard traduit/traduisant : logiques et paradoxes d’un auteur ».

IMPORTANT : pour des raisons de sécurité, les personnes extérieures à l’Université Paris 3 qui souhaiteraient assister aux séminaires doivent se signaler à Bruno Poncharal, co-organisateur (bruno.poncharal@orange.fr)  pour pouvoir entrer dans le bâtiment.

2015 25
nov

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Pour la sortie du coffret 4 films d’Andreï Zviaguintsev (Le Retour, Le Bannissement, Elena et Leviathan), le distributeur Pyramide Vidéo a demandé à Joël Chapron, adaptateur en sous-titrage de ces films (et lauréat du Prix de l’adaptation en sous-titrage 2013-2014 de l’ATAA pour son travail sur The Major (Zootrope Films), long métrage russe), de rédiger un texte sur son processus créatif et les problématiques rencontrées. Vous pourrez le retrouver dans le livret de l’édition DVD du coffret, disponible dès le 01/12/2015.

« ZVIAGUINTSEV, EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE

Sous-titrer un film n’est pas tâche anodine. Si traduire, c’est trahir un peu, sous-titrer, c’est adapter beaucoup – d’où le terme d’adaptateur que revendiquent les sous-titreurs de films. Il faut, de fait, jongler avec la vitesse d’élocution des personnages, se soumettre aux contraintes de la vitesse de lecture des spectateurs du film, permettre à ces spectateurs d’identifier sur-le-champ non seulement le locuteur mais aussi celui dont on parle (ce qui, en russe, compte tenu des nombreux diminutifs qu’offrent les prénoms, rend l’opération complexe : qui sait qu’Ekaterina, Katia, Katioucha, Katenka… sont une seule et même personne ?), respecter le niveau de langue de chacun des personnages, se priver de trait de soulignement pour insister sur un mot, etc. Tous les artifices auxquels recourent les traducteurs littéraires – notes de bas de page, italique, gras, soulignement, périphrases – sont inaccessibles aux sous-titreurs, d’où cette qualification d’adaptateur.

La schizophrénie du sous-titreur tient également au fait qu’il fait passer à l’écrit un texte écrit pour l’oral. Or l’écrit nivelle l’oral, il le prive des intonations, des troncations, des emportements, des inflexions… Par manque de place, le sous-titre va, de plus, réduire l’oral (que faire des deux scènes de tribunal de Leviathan, vu la vitesse de lecture des arrêtés du jugement ?). Sous-titrer un film, c’est savoir qu’on va devoir tailler, élaguer, écourter… Les choix du sous-titreur/adaptateur sont différents de ceux du traducteur littéraire, car la place dont dispose ce dernier pour rendre au mieux les phrases qu’il a sous les yeux est infinie, alors même que celle du sous-titreur est scrupuleusement comptée.

Adapter aux sous-titres français un film d’Andreï Zviaguintsev, c’est tout d’abord pénétrer dans l’immense culture que ce quasi-autodidacte a acquise au gré de ses nombreuses lectures, c’est reprendre les diverses traductions existantes de la Bible pour y trouver les meilleures formulations correspondant à ses citations, c’est revisiter la mythologie aux sources de ses exégètes, c’est, enfin, livrer aux spectateurs français les méandres de l’indécision dans lesquels se débattent ses personnages désorientés. Andreï Zviaguintsev, l’homme, possède un vocabulaire bien plus riche que la moyenne de ses concitoyens, fussent-ils cinéastes émérites. Cette richesse induit une telle précision dans le choix des termes qu’il met dans la bouche de ses personnages qu’elle doit impérativement se retrouver dans la langue des sous-titres. La richesse de ce vocabulaire serait inutile s’il ne l’adaptait pas au niveau socio-professionnel de chacun des personnages. Du frère gangster du Bannissement aux enfants du Retour en passant par le maire de Leviathan et le fils d’Elena, Zviaguintsev balaie la société russe d’un regard clairvoyant, attribuant à chacun un registre de vocabulaire, un niveau de langue, des expressions, des hésitations, des intonations, voire des redondances, qui viennent compléter leur aspect physique, leur garde-robe, leur logement, leur voiture – tous ces détails importants qui caractérisent une personnalité. Transcrire la partie linguistique de leur être n’est pas chose aisée, tant les contraintes techniques du sous-titrage sont grandes. Il faut, de plus, ne jamais employer un mot français qui rende précisément l’acception d’un mot russe si son occurrence dans la langue française est presque inexistante, alors que le mot russe est courant. Ce mot « rare » en français déviera forcément le spectateur de son appréhension générale du film. On doit donc respecter la fréquence d’emploi d’un mot russe pour lui trouver un équivalent français de même fréquence d’emploi, fût-il sensiblement plus éloigné de l’acception du mot russe, afin de ne pas provoquer de rupture dans la lecture – un bon sous-titrage est celui qui ne se voit pas.

Si tout ce travail est censé être effectué sur tous les films, quels qu’ils soient, la responsabilité de l’adaptateur est plus grande encore lorsqu’il s’agit de grands cinéastes, dont on sait qu’ils laissent peu de place au hasard, que leurs dialogues sont généralement ciselés et que chaque mot est pesé – même si la fin de la scène chez l’avocat dans Elena est improvisée et que les paroles prononcées par l’actrice Elena Liadova furent inventées par elle durant la prise, dans le droit-fil du niveau de langue du personnage… L’archevêque et le pope rencontré à l’épicerie dans Leviathan, bien qu’ils aient la religion en partage, n’ont pas le même vocabulaire : ils n’emploient pas les mêmes mots pour parler de Dieu. Les deux enfants du Retour n’ont ostensiblement pas le même vécu que ceux du Bannissement. Même si le niveau socio-professionnel du héros de Leviathan n’est sans doute pas très éloigné de celui du fils d’Elena, l’oisiveté de ce dernier est le parfait contrepoint de l’abnégation au travail du premier. Le vide abyssal de la pensée du fils d’Elena, son inconséquence dans la conduite de sa famille – de la scène devant la télé à l’arrivée finale dans l’appartement de Vladimir (Zviaguintsev a pensé appeler son film L’Invasion des barbares, mais Denys Arcand l’avait précédé) – doivent transparaître dans le choix des mots-valises, des interjections, dans le registre de la familiarité.

Sous-titrer les films de Zviaguintsev, c’est aussi se confronter à ses choix : pour lui, comme pour de nombreux metteurs en scène, la radio, la télé, sont des éléments importants dans le champ, mais pas capitaux au point que l’on traduise ce qui s’y dit. Ma place de « transmetteur » me conduit à vouloir impérativement donner à comprendre au spectateur français ce qui s’y dit – puisque le spectateur russe, lui, le comprend. La plus banale émission de télé, parce qu’elle est choisie par le metteur en scène, joue forcément un rôle dans la scène. C’est à force de dialogue, de discussion, d’explication de points de vue, que les sous-titres finissent par voir le jour.

Mais derrière ce travail d’adaptation, de sélection des mots (en partie imposée par la longueur de ces derniers), de choix du niveau de langue et de décisions radicales prises pour le confort du spectateur français (choisir un nom ou un prénom, fût-ce un diminutif, pour chaque personnage et l’appeler ainsi tout au long du film pour ne pas égarer le spectateur, indépendamment de ce qui est dit à l’écran), il y a surtout le plaisir d’entrer de plain-pied dans une œuvre qui se construit film après film, personnage après personnage, situation après situation, et qui, à elle seule, dessine les contours d’une société en déshérence, porteuse d’une histoire millénaire, mais dont le poids semble freiner non pas le développement, mais la libération psychologique de ses citoyens, toujours enfermés dans un carcan qui les contraint.

Joël Chapron »