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Journal de bord de tutorat (3) Enquête SFT sur les tarifs et les conditions de travail des traducteurs
2010 02
août

Quatrième et dernier épisode du journal de bord de tutorat de Clémence. Lire aussi : l’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 3.

Si j’ai tenu à faire ce stage, ça n’est pas uniquement pour connaître un peu mieux la traduction audiovisuelle, mais surtout pour en apprendre plus sur le métier de traducteur indépendant. Ce tutorat a été pour moi une expérience complètement nouvelle dont je n’avais eu que quelques échos et à deux jours de la fin, je ne suis pas déçue.

Durant ces neuf semaines, j’ai eu la chance de m’installer seule dans un bureau dans lequel Christophe travaille. Cette pièce est indépendante de son appartement, ce qui d’un point de vue pratique n’est pas négligeable : non seulement cela m’a permis de travailler seule comme ce serait le cas si je devenais traductrice indépendante, mais en plus, Christophe et moi pouvions travailler chacun de notre côté, sans nous gêner l’un l’autre. Je ne pense évidemment pas qu’un traducteur qui veut recevoir un étudiant en stage doit absolument avoir des bureaux à lui proposer, mais c’est indéniablement un gros avantage !

Je « craignais » que ce stage soit trop long : qu’allais-je bien pouvoir faire pendant deux mois ? Evidemment, il fallait dépasser le cadre du « stage d’observation ». Je ne me suis finalement pas ennuyée du tout, pour la simple et bonne raison que j’avais toujours quelque chose à faire. D’autre part, tout ce temps m’a permis de me pencher sur divers exercices, d’avoir une idée globale de tous les aspects de la profession. Il me semble important qu’un traducteur qui prend un stagiaire lui fasse découvrir, dans la mesure du possible, le maximum de choses, même si la diversité des exercices n’est pas toujours représentative du quotidien du métier.

Toujours au niveau du travail, ce que j’ai préféré – et qui m’a paru le plus intéressant, c’est de travailler dans des conditions « faussement réelles ». Par exemple, je commençais une traduction en même temps que Christophe et devais respecter les mêmes délais que lui. Evidemment, ça n’a pas été réalisable tout de suite car j’ai dû commencer par me familiariser avec les outils de traduction. Mais c’est réellement ce qui me semble le plus enrichissant. D’une part, ça donne l’impression de ne pas travailler « dans le vide », ou pour rien. D’autre part, c’est aussi une façon de « se mesurer » à un professionnel, ou du moins de prendre réellement conscience des vraies conditions de travail des traducteurs.

Bien sûr, cet exercice n’a d’intérêt que si la traduction faite par le stagiaire est ensuite corrigée. Et même si cela demande du temps au traducteur, il me semble que sa correction doit être aussi détaillée que possible. Pour le stagiaire, c’est une chance de recevoir des appréciations et des conseils donnés d’un point de vue professionnel. D’autant plus que ça n’est pas forcément le cas lors d’un stage en entreprise. En étant corrigé au fur et à mesure, on prend conscience de ses faiblesses et on s’améliore au fil du temps, d’où l’intérêt de faire durer un tel stage plus de quelques jours !

A deux reprises, nous nous sommes rendus dans un labo pour lequel travaille Christophe. J’ai trouvé très intéressant de voir le fonctionnement de l’entreprise et de comprendre un peu mieux ce qui se passe avant et surtout après que la traduction a été réalisée. Encore une fois, il me paraît nécessaire qu’un stagiaire puisse se rendre compte de ces choses-là pour se placer dans une optique professionnelle.

L’un des grands avantages de ce tutorat, c’est de découvrir tout ce qui touche à l’aspect « administratif » de la profession. Sans forcément rentrer dans les détails, c’est l’occasion de se faire une idée de la facturation, des droits d’auteur etc., des choses que l’on peut difficilement apprendre seul avant d’y être vraiment confronté et qui ne sont pas non plus enseignées à l’école.

Même si j’étais bien installée et que je travaillais seule, mes conditions de travail n’étaient pas vraiment représentatives de celles d’un traducteur indépendant. Et c’est là le seul point négatif de ce stage : je n’étais pas chez moi, je n’ai pas vraiment pu suivre mon propre rythme de travail, etc. Je sais que l’ISIT refuse que ses étudiants stagiaires travaillent depuis chez eux, mais si d’autres écoles ou facs le permettent, cela vaudrait peut-être le coup d’essayer. Le stagiaire pourrait ne passer qu’un certain moment chez le traducteur avant de retourner travailler chez lui. Il pourrait ainsi travailler à son propre rythme, apprendre à réellement gérer son temps etc. De plus, ça simplifierait la vie du traducteur qui n’a peut-être pas forcément envie de trouver quelqu’un chez lui toute la journée et pendant plusieurs semaines…

Cette expérience a réellement été enrichissante pour moi, j’ai en quelque sorte « satisfait ma curiosité ». Mon but n’était pas du tout de progresser en traduction, mais de me rendre compte par moi-même de la réalité de ce métier dont je savais finalement assez peu. Je conseillerais un stage comme celui-là à tous les étudiants dans mon cas. En prenant des stagiaires, ne serait-ce que pour quelques semaines, les traducteurs indépendants rendent un grand service aux étudiants qui sont intéressés par cette profession sans vraiment savoir de quoi il s’agit.

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