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2015 24
août

1009492-Drapeau_de_la_FinlandeAprès des négociations ayant traîné pendant plus de cinq ans, l’industrie finlandaise de la traduction audiovisuelle a désormais sa convention collective. Cet accord est conforme aux principales revendications des traducteurs. Une seule agence, SDI Media, ne l’a pas signé.

La convention collective de la traduction audiovisuelle a été adoptée par l’association professionnelle des traducteurs, l’Union finlandaise des Journalistes et le syndicat Akavan Erityisalat ainsi que par les agences de traduction BTI Studios, Pre-Text, Rosmer International, Stellar Text et Saga Vera. L’agence SDI Media, quant à elle, n’a pas signé. Ses employés n’ont donc aucune obligation de respecter la paix sociale.

« Nous avons réalisé l’impossible ! Cette convention collective est une belle réussite, au terme de négociations ayant duré plus de cinq ans, pendant lesquels la composition des parties présentes à la table n’a cessé d’évoluer », a déclaré Petri Savolainen, directeur de l’Union des Journalistes de Finlande.

« Cette convention collective met fin à l’effondrement généralisé et sonne le renouveau de la branche. Elle montre qu’employés et employeurs, s’ils respectent la qualité de leur travail, peuvent faire alliance pour faire avancer leur branche dans l’intérêt de toutes les parties », a déclaré Helena Lamponen, responsable du syndicat Akavan Erityisalat.

« Ce texte répond aux principales revendications des traducteurs », ont poursuivi Helena Lamponen et Petri Savolainen.

La convention est assortie d’un calendrier visant à augmenter graduellement les salaires et honoraires au cours de sa période de validité. Elle stipule également que le sous-titrage doit être rémunéré au sous-titre, revendication fondamentale pour les traducteurs, et non plus à la minute, mode de facturation souvent appliqué par le passé et qui ne tient pas compte de la charge de travail réelle. Elle prévoit enfin que les traducteurs indépendants seront dédommagés par les agences en cas de cession de leurs droits d’auteur.

Toutes les parties ont désormais pour objectif de s’entendre sur un niveau de rémunération harmonisé à l’occasion du prochain round de négociations, a déclaré Petri Savolainen.

Il est en outre extrêmement important pour l’Union des Journalistes que les traductions réalisées pour la radio-télévision publique nationale YLE soient systématiquement couvertes par la convention collective Yhtyneet et ce, indépendamment du statut du traducteur (salarié, indépendant ou sous-traitant).

La convention collective est entrée en vigueur le 1er mai 2015, jour de la fête du Travail en Finlande, et le restera jusqu’au 31 décembre 2017.

(Traduction de l’anglais : François-Xavier Durandy pour l’ATAA, un grand merci à lui !)

Article d’origine ici.

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2013 04
avr

Vendredi 29 mars, pour la remise du 2e Prix du sous-titrage et du 1er Prix du doublage organisés par l’Association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), la Fémis a fait salle comble ! En présence de quelque 150 invités issus du monde de la traduction, mais aussi de représentants des sociétés de distribution et des laboratoires, et de directeurs de plateau, les organisateurs de la manifestation ont commencé avec une question : « Un film, qu’est-ce que c’est ? » C’est un intense travail créatif, qui représente des années d’engagement et un investissement financier important. Pour franchir les frontières, il doit passer par une seule personne, l’adaptateur, qui a donc une lourde responsabilité. À lui de transmettre au public toute la richesse d’une œuvre en langue étrangère. Le principe paraît simple, mais sa mise en application relève de la gageure : respect du sens, aussi bien le plus évident que le plus subtil, du ton, des registres, de l’humour, des références culturelles, mais aussi fluidité de l’expression et naturel de la langue sont autant de difficultés que seuls des professionnels parviennent à surmonter. Une remarque d’un des jurés de cette année résume à merveille l’essence de ce travail : « Une bonne adaptation, c’est trouver sa liberté au milieu des contraintes. »

À n’en pas douter, les quatre lauréat(e)s y sont parvenu(e)s. Maï Boiron, distinguée pour son sous-titrage de Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, a rappelé qu’une adaptation était aussi un travail d’équipe effectué en collaboration avec des spécialistes du sujet abordé par un film. Autre point de vue du côté de Belinda Milosev, récompensée dans la catégorie Film non anglophone, pour La Parade, du réalisateur serbe de Srdjan Dragojevic. Visiblement émue, la lauréate a salué ses parents qui lui ont transmis l’amour de leur langue, ce qui lui a permis – conjointement avec le distributeur Sophie Dulac – de donner une deuxième vie à ce film militant tourné en 2010 et sorti en France début 2013.



blog la parade + zero

Changement de genre avec Sur la route. Qui mieux qu’une inconditionnelle de Jack Kerouac pour assurer l’adaptation en doublage du long métrage du même nom réalisé par Walter Salles ? Le hasard faisant parfois bien les choses, Claire Impens, lectrice assidue de l’œuvre de cet auteur majeur de la « Beat Generation », s’est en effet vu confier ce travail qu’elle a vécu comme un vrai coup de chance et un clin d’œil du destin. Enfin, dans la catégorie Film d’animation, le jury a souligné l’excellence du travail de Bob Yangasa dont l’adaptation du film Les Pirates ! Bons à riens, mauvais en tout de Peter Lord restitue à merveille l’humour so british et parvient à toucher aussi bien les enfants que les adultes.



blog les pirates + sur la route

À l’heure où certains prestataires techniques, parmi les plus prestigieux, souhaiteraient réduire l’auteur à une ligne anonyme dans les devis, la richesse et la diversité de ce palmarès mettent en avant des auteurs dont la passion reste intacte et dont la volonté de traduire dans les meilleures conditions fait d’eux les garants de l’investissement créatif et financier que représente une œuvre cinématographique. Que faut-il en conclure ? Lorsqu’un distributeur confie une telle responsabilité à une personne, il a tout intérêt à la choisir lui-même !

Venu nombreux pour soutenir les auteurs d’adaptations, le public ne s’y est pas trompé, tout comme les professionnels du secteur audiovisuel qui, par leur présence, ont témoigné de l’importance de ce métier encore méconnu. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine !




Palmarès

SOUS-TITRAGE

Film anglophone :
Maï Boiron pour Zero Dark Thirty (États-Unis) de Kathryn Bigelow (distribution : Universal)

Film non anglophone :
Belinda Milosev pour La Parade (Serbie) de Srdjan Dragojevic (distribution : Sophie Dulac)

DOUBLAGE

Film en prises de vue réelles :
Claire Impens pour Sur la route (France/États-Unis/Grande-Bretagne/Brésil) de Walter Salles (distribution : MK2, VF dirigée par Philippe Blanc)

Film d’animation :
Bob Yangasa pour Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout de Peter Lord (distribution : Sony Pictures, VF dirigée par Barbara Tissier)

Pour télécharger le dossier de presse, cliquez ici.

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2013 19
mar

the prosperous translator

Voici une cinquième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite par Karine Rybaka. Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici.

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

Je relis actuellement le travail le plus nul que j’aie jamais vu de ma carrière. Il s’agit d’une traduction française de 10 000 mots à partir d’un texte anglais traduit du japonais… La traduction anglaise est plutôt bonne, mais la traduction française est un tissu d’âneries. Elle est « l’œuvre » d’un type au CV impressionnant, qui prétend être titulaire d’un MBA et enseigner la comptabilité dans une université suisse. Mais son travail n’est que de la bouillie pour chats.

Je me pose donc deux questions :

  1. De toute évidence, ma relecture sauve la mise de l’agence de traduction qui a commandé la traduction. Comment puis-je en tirer parti ?

  2. Je suis agacé qu’un « confrère » puisse pondre un travail aussi médiocre, tout en étalant de telles références. J’ai ses coordonnées. Comment pourrais-je lui rabattre son caquet ?

signé : Correcteur de l’extrême

Réponse :

Cher Correcteur,

  1. Facturez en fonction du travail effectué. Un petit entretien avec le chef de projet pourrait également s’avérer utile, mais en restant au-dessus de la mêlée. Au lieu de fulminer contre l’incompétence de votre confrère (l’agence doit se mordre les doigts de lui avoir confié ce travail), placez-vous plutôt sur un terrain plus neutre en leur parlant de la qualité. Demandez-leur par exemple si leurs contrats interdisent aux traducteurs de sous-traiter. C’est une piste à explorer, car c’est peut-être là que le bât a blessé (à moins que le traducteur ait placé une confiance excessive dans sa mémoire de traduction ou ait tout bonnement travaillé en état de mort cérébrale).

  2. Bon, vous avez très envie d’écrire une lettre à la fois élégante, spirituelle et efficace sur le thème : « Vous êtes un vaurien qui discrédite notre profession ».

    À notre avis, la meilleure tactique consisterait à vous adresser à lui d’égal à égal, et à lui faire comprendre que vous n’êtes pas dupe. Quelque chose comme : « Cher confrère, cette traduction vous a visiblement échappé. J’ignore si vous ne maîtrisez pas votre logiciel d’aide à la traduction, ou si vous faites une confiance exagérée à l’un de vos étudiants, en tout cas, en tant que confrère, je tiens à vous dire que je compatis, et vous prie de trouver ci-joint mes commentaires. »

    Vous lui rappelez ainsi que sa façon d’agir envers le client n’a rien de professionnel (sans parler du manque d’éthique), tout en restant modéré dans vos propos.

Laisser libre cours à sa colère peut être euphorisant, mais garder en tête le point 1. sera meilleur pour vos affaires.

FF & AO

suite »

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2013 06
mar

Venez nombreux !

Venez nombreux !

En 2012, l’ATAA avait innové en créant le tout premier Prix du sous-titrage, afin de mieux faire connaître au grand public et aux médias les métiers qu’elle défend depuis 2006.

Forte du succès de cette première édition, l’ATAA a décidé de renouveler l’expérience. Renouveler ? Pas seulement ! Si, en 2013, un jury rassemblant des auteurs, des distributeurs et des producteurs distinguera à nouveau deux sous-titrages (Catégorie film anglophone et Catégorie film non anglophone), un second jury décernera en effet le premier Prix du doublage. Composé de trois auteurs, d’un distributeur et de deux directeurs artistiques, il statuera sur dix films choisis par le comité de sélection et sortis en salle entre janvier et novembre 2012. Comme pour le sous-titrage, deux catégories ont été définies : film d’animation et film en prise de vue réelle. Les lauréats seront désignés en fonction de quatre critères principaux : la fidélité au texte original, la qualité du français, la fluidité des dialogues et le naturel de la langue.

Les organisateurs auront le plaisir de vous accueillir le 29 mars 2013 à la Femis (6, rue Francœur, Paris 18e), à 18h30, pour la remise des Prix. Début des réjouissances à 19h précises. La cérémonie sera suivie d’un cocktail avec buffet.

Plus de renseignements à cette adresse :
http://www.ataa.fr/index.php/notre-action/prix-du-st-et-du-db.html

L’événement Facebook se trouve ici :
https://www.facebook.com/events/433403850072995/

Important : il est impératif de s’inscrire au préalable auprès de info@ataa.fr.

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2013 26
jan


Claus Stenhøj, traducteur danois, est auteur de sous-titres indépendant depuis dix-sept ans et membre du syndicat danois des sous-titreurs. Lors de l’édition 2012 du colloque Languages and the Media, fin novembre 2012, il a présenté une contribution en anglais intitulée « English Master Templates – Help or Hell? ». Il nous a semblé intéressant d’en publier ici une version abrégée avec l’accord de l’auteur, car elle pointe du doigt une pratique problématique pour de nombreux auteurs de sous-titres dans le monde.


Listes types de repérage : rêve ou cauchemar ?


Claus Stenhøj


Depuis l’avènement du DVD il y a maintenant plus de dix ans, les auteurs de sous-titrage sont souvent amenés à travailler avec des listes types de repérage (English Master Templates, EMT), c’est-à-dire un prédécoupage de la totalité des dialogues en anglais. Les EMT apportent-ils un progrès ? Les sous-titreurs rêvaient-ils vraiment de ce nouvel outil ? Mon expérience du sous-titrage au Danemark et en Scandinavie, ainsi que les témoignages de collègues travaillant par exemple en Inde, au Portugal, en Slovénie et en Finlande, m’ont inspiré les réflexions suivantes.

L’un des objectifs des EMT est de rendre le travail plus rapide, pour raccourcir les délais. Mais ces listes types, produites dans des pays où le sous-titrage interlinguistique (c’est-à-dire de traduction) n’est pas ancré dans les habitudes, imposent leurs normes dans d’autres pays : Scandinavie, Pays-Bas, Belgique, Portugal ou France, par exemple. Et ce, sans considération des particularités locales, alors que cet art s’y perfectionne depuis plus de 80 ans au cinéma et 50 à la télévision. La plupart des sous-titrages DVD que j’ai vus ces dix dernières années allaient à l’encontre des règles respectées en Scandinavie, notamment en ce qui concerne la vitesse de lecture. Je n’ai pas à donner de leçons de sous-titrage pour sourds et malentendants aux labos américains et britanniques – même si l’envie m’en démange. Dès lors que leurs produits ne franchissent pas leurs frontières, ils ne me gênent pas. L’ennui est que ces sous-titres – si tant est qu’on puisse appeler ainsi un script arbitrairement décomposé par des étudiants ou des jeunes gens au pair – sont exportés pour servir de modèles.

Le résultat est catastrophique. Les EMT pèchent par manque de concision, puisqu’ils se contentent de reproduire les dialogues en intégralité après un découpage sommaire. De ce fait, le temps de lecture laissé pour chaque sous-titre est ridiculement bref. Et la qualité est largement en dessous de celle obtenue quand le processus se déroule de A à Z dans le pays de destination, où les normes sont le fruit de décennies d’expérience. Au Danemark, tout le monde regarde les films en VOST, pas seulement les sourds et malentendants.

Avec des dialogues prédécoupés en anglais, seul le repérage est utilisable. Et encore, pour assimiler des sous-titres qui s’affichent pendant moins d’une seconde, il faut être champion de lecture rapide ! Nous, professionnels qualifiés, sommes donc contraints soit de livrer un produit de mauvaise qualité, soit de tout reprendre. Or, il est souvent aussi chronophage de réparer les dégâts que de tout faire d’un bout à l’autre – et encore faut-il qu’on nous autorise à modifier le modèle.

Pour transformer cette bouillie en sous-titres dignes de ce nom, c’est-à-dire pour refaire le repérage, nous ne touchons pas un sou de plus, bien entendu. Car l’autre finalité de ces saucissonnages absurdes est de réduire les coûts. L’an dernier, à Londres, j’ai demandé aux labos présents au colloque Media for All combien ils payaient aux traducteurs une traduction réalisée à l’« aide » de listes types de repérage, par rapport à une traduction normale. Pour toute réponse, je n’ai eu obtenu qu’un silence assourdissant. En effet, le travail avec EMT est souvent rémunéré à 25 % de celui réalisé sans EMT. Pourtant, le client final débourse, disons, 80 % de ce prix. Pour le labo qui vend presque « plein pot » un produit de seconde classe, c’est tout bénéfice. Il aurait de quoi en remontrer à un marchand de voitures d’occasion.

Condenser les dialogues en tenant compte de la vitesse de lecture normale et selon un repérage adapté au rythme des plans du film ou de l’émission, c’est l’essence même du métier de sous-titreur. Il est vain de croire que l’on peut obtenir mieux, plus vite et pour moins cher en confiant ce travail à des personnes sous-qualifiées et sous-payées. Le résultat s’avérant exécrable, sans même être plus économique pour le client final – puisque ce passage à la moulinette lui est facturé au prix fort – on perçoit difficilement l’intérêt des listes types de repérage, mis à part pour faire de l’argent facile. Pour les distributeurs de DVD et les multinationales du sous-titrage, elles sont juste un nouveau moyen de tirer sur les coûts.

Pour les vrais professionnels, l’outil rêvé des labos n’est qu’un cauchemar. Sans lui, ils produiraient des adaptations de qualité bien supérieure.


Traduction synthétisée : Marie-Christine Guyon


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2012 18
juil


1. Adaptation, vous avez dit adaptation ?

Ce n’est pas un hasard si l’ATAA est l’Association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel. L’adaptation, c’est même un élément essentiel pour les professionnels de la traduction audiovisuelle. Mais que signifie exactement ce terme ? Au sens le plus large, il désigne le fait d’écrire une version française (sous-titrée ou doublée) qui, au-delà des techniques de traduction proprement dites et des spécificités de la langue cible, tienne compte

  • des contraintes propres à chaque spécialité de la traduction audiovisuelle (contraintes de temps et de lisibilité en sous-titrage, par exemple) ;

  • du caractère oral des dialogues que l’on traduit ;

  • de l’image, indissociable des éléments parlés de l’œuvre ;

  • enfin, du public auquel est destinée l’œuvre traduite.

C’est surtout ce dernier point qui nous intéresse et nous semble mériter quelques explications, car il peut paraître étonnant. Après tout, « traduire », si l’on en croit l’édition 2010 du dictionnaire Le Robert, c’est « faire que ce qui était énoncé dans une langue naturelle le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique et expressive des deux énoncés » ; cette définition renvoie bien à l’idée de fidélité et de respect de l’énoncé original. Autrement dit, s’adapter au public cible d’une œuvre, n’est-ce pas prendre le risque de trahir l’œuvre d’origine ? La question se pose de façon particulièrement aigüe dans la traduction de documentaires en voice-over pour la télévision : rappelons en effet que dans ce cas, les voix des comédiens français viennent se superposer ou se substituer aux propos prononcés dans la version originale du programme. C’est par conséquent sur cette forme de traduction audiovisuelle que nous allons nous concentrer.

« Adapter », c’est aussi la grande constante des consignes transmises aux traducteurs de l’audiovisuel par leurs clients.

« d’une manière générale, ne pas hésiter à ADAPTER. »

… concluent ainsi les lignes directrices fournies par un laboratoire de postproduction parisien.

Adaptation du script

  • Trois priorités :
    - Alléger
    - S’approprier le texte + traduire l’esprit plus que les mots
    - Respecter justesse de la langue et des infos
  • Style : style oral mais correct, dynamique, précis, aéré, phrases courtes, fluides, valeur ajoutée / image, gommer les répétitions et les récap, créer apartés
  • Vocabulaire : accessible et cohérent

… indiquent les consignes de la chaîne France 5, établies il y a quelques années dans le but avoué de « créer un ton + moderne, à l’opposé du docu-sieste » (citation extraite du document transmis par la chaîne à ses prestataires de postproduction et à ses traducteurs). Mais concrètement, en quoi consiste l’adaptation ?



2. Il y a adaptation… et adaptation

Commençons par un exemple très élémentaire : lorsque, dans un documentaire anglophone, une distance est exprimée en miles, l’adaptateur qui traduit pour un public français convertira sans états d’âme la distance en kilomètres. C’est une mesure de bon sens, le degré zéro de l’adaptation, en quelque sorte : il en va simplement de la bonne compréhension du documentaire par son public.

Autre exemple tout aussi évident : les documentaires, britanniques ou américains, notamment, comportent en général des coupures publicitaires toutes les 15 minutes. Lorsque ces programmes sont destinés à être diffusés en un seul bloc en France, il est logique pour le traducteur de supprimer les phrases annonçant les coupures publicitaires (« Dans un instant… », « Après la pause… ») et les récapitulatifs de la narration. Il peut soit les remplacer par une phrase un peu passe-partout, soit décaler à cet endroit une autre phrase de narration présente ailleurs dans la version originale, soit laisser quelques secondes de silence dans la narration. Là encore, c’est une simple question de bon sens.

Mais le travail de l’adaptateur va généralement plus loin que cela, et si la plupart des commanditaires de traductions audiovisuelles ont pour mot d’ordre : « Adaptez ! », cette consigne recouvre parfois des exigences assez différentes, qui varient en fonction des diffuseurs des documentaires, c’est-à-dire des chaînes de télévision.

  • Dans certains cas, il s’agira simplement de contrôler les informations vérifiables données dans le documentaire (dates, ordres de grandeur, noms propres, etc.) et de corriger le cas échéant les erreurs. Présenté sous cette forme, cela n’a l’air de rien. Mais cela signifie tout de même que l’on attend du traducteur/adaptateur qu’il refasse en quelques jours une partie du travail de recherche effectué parfois sur plusieurs mois par le réalisateur du documentaire. Adapter, c’est donc tout d’abord rectifier.

  • Il est généralement bien vu aussi de gommer les redondances qui peuvent survenir au sein d’un même documentaire : si une information a déjà été donnée au spectateur une minute auparavant, il paraît en effet peu utile de la répéter. Un exemple issu d’un documentaire allemand sur une clinique des Petites Antilles : à la cinquième minute du programme, un chirurgien détaille le mode de financement de l’établissement :

    « Il y a des patients fortunés qui viennent se faire soigner ici. (…) On leur facture 30 dollars par consultation. Cette somme nous permet de soigner gratuitement deux autres personnes qui ne peuvent pas payer leurs soins. Ici, les hommes politiques sont très riches, par exemple. Quand l’un d’eux vient se faire soigner ici, je n’ai aucun scrupule à lui faire payer deux fois les honoraires que payent les autres – jusqu’à 60, 90 ou 120 dollars. »

    40 secondes plus tard, la narration allemande indique, littéralement :

    « Les médecins délibèrent sur le cas [du patient n°1]. Une opération de la colonne vertébrale coûterait au moins 5 000 dollars. Une somme qu’ils doivent d’abord gagner auprès de patients aisés. »

    Et une minute plus tard :

    « Sur cinquante patients quotidiens, un sur deux seulement se voit présenter une facture. Comme [le patient n°2]. Il contribue alors à payer les frais d’un patient qui doit être opéré.« 

    Dans ces deux paragraphes de narration, il est possible, sans priver le spectateur d’informations importantes, de supprimer les redondances sur le financement de la clinique (en rouge). Adapter, c’est donc aussi alléger.

  • Le traducteur/adaptateur est souvent incité à rendre le texte du documentaire « plus vivant ». Cela peut passer par des formulations plus percutantes que celles de la narration originale (dont l’effet somnifère est parfois puissant, il faut l’avouer), mais aussi par un resserrement du texte, lorsque c’est possible sans nuire au contenu, par exemple en supprimant un élément de contexte redondant pour le spectateur.

    Exemple tiré cette fois d’un documentaire allemand sur les trains canadiens :

    « Neben dem Bahnsteig stehen Busse bereit. Morgens bringen sie die Fahrgäste hierher, wenn der Zug nach Whistler abfährt und am späten Nachmittag, wenn er wieder zurück ist, geht’s nach Vancouver Downtown. »

    Littéralement : « Près du quai, des bus se tiennent prêts. Le matin, ils transportent les passagers jusqu’ici pour le départ du train vers Whistler, et en fin de journée, lorsqu’il est de retour, il les conduit au centre de Vancouver. »

    Le spectateur a déjà été informé de la destination du train dont il est question et de la fréquence de ses trajets (départ le matin, retour le soir) ; il est donc possible de raccourcir le texte comme suit :

    « Non loin du quai, des bus attendent les passagers. Matin et soir, ils assurent la navette avec le centre de Vancouver. »

    Tant qu’il n’y a pas de déperdition d’information pour le public, il est toujours préférable d’opter pour des formulations aussi directes que possible. Ici, adapter, c’est toujours alléger, mais encore resserrer, voire dynamiser.

  • Dans certains cas, cette double exigence de « légèreté » et de « dynamisme » est poussée encore un peu plus loin. Si la version originale du documentaire est particulièrement répétitive, si les informations données dans la narration sont peu intéressantes, si le ton général est laborieux, le traducteur/adaptateur est invité à fournir une version française fortement remaniée. Adapter consiste alors très clairement à pimenter et à réécrire, quitte à s’éloigner grandement du documentaire original et à supprimer des phrases entières de narration.

  • Des adaptations peuvent également être bienvenues dans le ton du documentaire. Tonalité trop larmoyante (dans certains programmes, souvent de type télé-réalité, où l’on « sort les violons » toutes les deux minutes), déclarations péremptoires sur la supériorité du pays dont est issu le documentaire, ou encore affirmations susceptibles de choquer par exemple, sont alors à modérer dans la mesure du possible lors de la traduction, afin que le documentaire gagne en neutralité. Adapter, c’est alors neutraliser, parfois aplanir.

  • Des exigences de style sont parfois imposées au traducteur : le diffuseur peut lui demander de modifier dans sa traduction le registre d’expression de tel ou tel intervenant, voire le registre de la narration. Curieusement, cela peut aller ou dans le sens d’une élévation du niveau de langue ou dans le sens au contraire d’une « familiarisation » de celui-ci. On pourra ainsi lire l’article de Francine Kaufmann paru dans Meta : journal des traducteurs (volume 49, numéro 1, avril 2004) et intitulé « Un exemple d’effet pervers de l’uniformisation linguistique dans la traduction d’un documentaire : de l’hébreu des immigrants de ‘Saint-Jean’ au français normatif d’ARTE » pour trouver un bon exemple d’« expurgation » des incorrections et des maladresses de langage dans les propos recueillis dans un documentaire. À l’inverse, nous nous souvenons d’un programme consacré à une colonie de singes, dont la narration, dans la version originale, était rédigée dans un style tout à fait classique (sans doute trop aux yeux du diffuseur, dont nous tairons le nom par charité). Dans la version française, la chaîne avait demandé que toute la narration soit réécrite dans un style « jeune », en utilisant au besoin du verlan. Nous laisserons les lecteurs juger du bien-fondé de cette exigence. Adapter, c’est parfois aussi déformer et trahir, pour dire les choses crûment.

  • Certaines chaînes demandent de surcroît que le texte de la version française soit moins dense en informations et moins compliqué que la version originale du documentaire. Là, adapter devient simplifier, voire rendre simpliste, et parfois appauvrir son vocabulaire. Les consignes en la matière sont variables, en voici trois qui nous ont été transmises lors de la traduction d’une série documentaire sur l’archéologie :

    - supprimer le plus possible les noms propres d’origine étrangère (ce qui est extrêmement pratique lorsque le documentaire relate les travaux d’archéologues britanniques et allemands en Inde…) ;

    - remplacer systématiquement « non loin de » par « près de », « demeurer » par « rester », « extrêmement » par « très », etc. ;

    - sabrer les raisonnements et les explications afin de les alléger au maximum. Et peu importe si au final, cela donne parfois des séquences sans queue ni tête, où l’on passe sans transition d’une prémisse à une conclusion. Il n’y a plus qu’à espérer que le téléspectateur regarde le documentaire un peu distraitement et ne soit pas trop exigeant sur la rigueur des démonstrations…



3. Problématique, l’adaptation ?

Tant qu’il s’agit de rectifier, d’alléger et de dynamiser un documentaire, les mesures d’adaptation demandées par les chaînes de télévision sont tout à fait acceptables. Elles font partie du travail normal du traducteur/adaptateur – et il est d’ailleurs assez agréable, pour ce dernier, d’avoir la liberté de s’éloigner un peu du texte d’origine lorsqu’il comporte des redondances et des lourdeurs évidentes. La vérification d’informations (et leur correction éventuelle) semble également aller de soi dans le cadre du travail de recherche qu’effectue le traducteur/adaptateur spécialisé dans le documentaire.

L’opération devient problématique

  • lorsque les mesures d’adaptation demandées en amont au traducteur risquent de déformer, trahir, simplifier à l’extrême, aplanir et appauvrir le documentaire d’origine. On se trouve alors face à un problème déontologique de fidélité à l’œuvre d’origine et de respect des intentions de l’auteur du documentaire.

  • lorsque les mesures d’adaptation souhaitées par la chaîne entraînent en aval d’importantes modifications du texte du traducteur, parfois contre son gré. Dans la mesure où son nom apparaît au générique du documentaire, il n’est pas normal que le traducteur soit obligé d’accepter une réécriture parfois radicale de son texte sans être consulté du tout ou sans avoir la possibilité de refuser ces modifications (ce dernier cas est certes rare, mais il existe).

Si de telles situations peuvent se présenter, c’est sans doute parce qu’en voice-over, contrairement à ce qui se fait en sous-titrage (mode de traduction des documentaires qui a pratiquement disparu à la télévision, mais qui garantit une plus grande fidélité de l’adaptation en raison de la présence simultanée de la traduction écrite et du texte original parlé), le documentaire traduit est souvent traité comme un « produit audiovisuel » bien plus que comme une « œuvre ». Les chaînes de télévision qui acquièrent des programmes ont leur propre ligne éditoriale et se font une idée précise de ce qu’elles veulent diffuser. Autrement dit, si la version originale des documentaires qu’elles ont achetés ne correspond pas tout à fait à leur ligne éditoriale, elles souhaiteront tout de même que la version française corresponde à ce « moule » et attendront du traducteur qu’il s’adapte à ce cahier des charges, quelle que soit la version originale… Or rappelons que le droit au respect de l’œuvre implique que nul ne peut modifier cette œuvre sans l’accord de son auteur ; dans les deux cas cités ci-dessus, ce grand principe du droit d’auteur se trouve enfreint.

La question du rôle du traducteur se pose également : il est parfaitement normal que l’on exige de lui qu’il fournisse une traduction comportant un certain degré d’adaptation ; mais la réécriture complète du documentaire et la suppression subjective et/ou aléatoire d’éléments d’information dont la présence est a priori justifiée sont-elles vraiment de son ressort ? On peut considérer aussi qu’il s’agit là d’un travail différent qui devrait incomber aux rédacteurs des chaînes en amont de la traduction, surtout au vu des variations observées dans les consignes transmises par un même diffuseur à ses traducteurs en fonction des documentaires ou des séries de programmes concernés. Une plus grande clarté dans les exigences posées, voire (on peut rêver) un signalement des passages à exclure d’emblée de la traduction, permettrait de perdre moins de temps en allers et retours entre traducteurs, prestataires de postproduction et chaînes, et d’éviter de nombreuses crises de nerfs.

Enfin, on peut évoquer aussi le point de vue du public : les chaînes de télévision continuent de viser, encore et toujours, un « grand public » aux contours imprécis. D’une part, les chaînes dites thématiques se multiplient (et parmi elles, celles qui diffusent pour l’essentiel des documentaires) et s’efforcent de conquérir de nouveaux publics dans un paysage audiovisuel où le nombre de diffuseurs a littéralement explosé ; d’autre part, les grandes chaînes historiques voient leurs propres parts d’audience décliner par un effet mathématique et tentent de les remplumer en s’adressant elles aussi à un public aussi large que possible. Autrement dit, il n’existe pas réellement de « spectateur-type ». Le « grand public » susceptible de passer une soirée devant un documentaire historique, par exemple, compte aussi bien des spectateurs qui allument par hasard leur télévision et suivent d’un œil distrait le programme sans avoir la moindre connaissance préalable sur les faits qui lui sont présentés, que des passionnés connaissant en profondeur l’époque évoquée, et qui seront donc particulièrement vigilants et critiques face à un documentaire à la tonalité simpliste. De notre point de vue, le nivellement par le bas demandé par certains télédiffuseurs qui jugent que leurs spectateurs regardent les documentaires « tout en faisant la cuisine » (cette expression est celle d’une personne chargée des versions multilingues d’une grande chaîne publique) n’a donc pas lieu d’être.

Partir du principe que les téléspectateurs regardent les documentaires d’un œil distrait et n’ont qu’un temps de cerveau disponible limité, déclarer aux traducteurs qu’il ne faut pas trop se creuser la tête parce que « ce n’est jamais que de la télé », tout cela est insultant à la fois pour le travail des traducteurs et pour le public. Après tout, lorsqu’une chaîne achète une série de documentaires consacrée à un sujet scientifique ou historique pointu, on peut espérer qu’elle en visionne au moins quelques épisodes et qu’elle a donc conscience d’acquérir des programmes exigeants. La meilleure volonté du monde ne permet pas de transformer un documentaire sur les philosophes antiques en talk-show.

Ou alors, il ne faut plus acheter que de la télé-réalité…




Ce billet, dû à la traductrice qui tient le blog « Les Piles Intermédiaires » est publié simultanément sur ledit blog.


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2012 07
juin

the prosperous translator

Voici une troisième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite cette fois par Karine Rybaka. Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici. Une quatrième sera publiée très prochainement !

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

L’université au sein de laquelle je travaille reçoit de plus en plus de demandes en provenance d’entreprises locales, qui souhaitent faire traduire leurs manuels d’utilisation, sites internet, etc., par nos étudiants.

Nos étudiants sont sérieux et motivés, et nous savons qu’ils sont destinés à faire de grandes choses. Mais nous savons également que la traduction est une profession exigeante, et nous pensons que ces entreprises sont très mal informées si elles imaginent que des étudiants peuvent produire un travail professionnel.

Comment pourrions-nous en informer ces entreprises, tout en gardant la porte ouverte pour des stages (que nos étudiants ont toujours du mal à trouver dans notre coin perdu) ?

Universitaire

Réponse :

Cher Universitaire,

Pour commencer, nous vous disons bravo ! Coin perdu ou pas, vous êtes parvenu à repérer la pente savonneuse sur laquelle de nombreuses écoles de traduction prestigieuses ont déjà glissé sans avoir su l’identifier. Un certain nombre d’entre elles dérapent même carrément, trop contentes de transmettre ces demandes à leurs associations d’étudiants, ou d’en faire des sujets de cours.

La confiance si touchante, mais si peu réaliste, que ces écoles ont dans les capacités de leurs étudiants n’a rien à voir avec leur enseignement – encore que, si leur but est d’informer leurs élèves des réalités du marché de la traduction, leur enseignement laisse peut-être à désirer.

Comme vous le remarquez si justement, le fait est qu’un travail d’étudiant ne peut pas être professionnel.

Pour citer un confrère : « Combien d’hommes ou de femmes d’affaires demanderaient à un étudiant en droit de traiter un contentieux sérieux ? Combien de patients consulteraient un étudiant en médecine pour une opération à cœur ouvert, et combien de professeurs en école de médecine soutiendraient une telle pratique avec enthousiasme, afin que leurs élèves puissent “acquérir une expérience professionnelle” ? On peut aller voir un étudiant en école dentaire pour un détartrage, mais pour dévitaliser une dent, les risques sont un peu élevés. »

De notre point de vue, la traduction d‘un site internet ou d’un manuel de sécurité équivaut plutôt à un travail de dévitalisation.

Et, outre les risques encourus par les entreprises, le fait de suggérer (ou confirmer) à un client potentiel qu’il devrait passer par un étudiant finira par nuire à la profession : une fois l’étudiant diplômé, il sera retrouvera sans travail, puisque les étudiants traduisent aussi bien (et pour moins cher).

Veuillez excuser cette diatribe. Vous nous avez demandé des conseils, voilà nos recommandations :

  • Remerciez les entreprises pour l’intérêt qu’elles vous portent et donnez-leur un exemplaire de la brochure « Traduction : faire les bons choix », disponible dans plusieurs langues et téléchargeable gratuitement sur le site de la Fédération internationale des traducteurs (http://www.fit-europe.org). La brochure est également distribuée en format papier par de nombreuses associations de traducteurs. Si vous fournissez la version papier, nous vous conseillons de corner la page « Faire appel à un copain prof ? Très risqué », qui évoque aussi les étudiants en traduction.

  • Recommandez à ces entreprises de contacter l’association de traducteurs de votre pays afin de trouver un traducteur qualifié (la plupart des associations disposent d’un annuaire en ligne).

  • Toutefois, suggérez l’idée que votre établissement aimerait confier à un étudiant la tâche de suivre le projet, rédiger un rapport et peut-être établir un glossaire pour l’entreprise.

C’est le meilleur moyen pour qu’un étudiant mette un pied dans le monde du travail, et c’est bien moins risqué pour les clients.

FF & AO

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2012 09
avr

sartec

Il y a quelques semaines, une entente collective historique a été signée au Québec entre auteurs et studios de doublage. Yves Légaré, directeur général de la Société québécoise des auteurs de radio, télévision et cinéma, a rédigé pour l’Ataa un article récapitulant les grandes avancées entérinées par cette entente. Nous le remercions d’avoir bien voulu nous éclairer sur les enjeux de ce texte important pour les auteurs de doublage.

Le 12 janvier 2012, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP), un regroupement des principales maisons de doublage du Québec, signaient une première entente collective établissant les conditions de travail et de rémunération des adaptateurs pour les trois prochaines années.

Cette entente est l’aboutissement d’un long processus, amorcé en 2004, alors que des adaptateurs demandaient à la SARTEC de les représenter. Après avoir obtenu en 2007[1] le droit de négocier en leur nom la SARTEC a d’abord œuvré à bien cerner les enjeux, un travail de préparation d’autant plus important que les rapports avec les maisons de doublage reposaient uniquement sur des ententes verbales. Les négociations ont débuté le 2 décembre 2008 pour se terminer trois ans plus tard jour pour jour, après quelque cinquante séances, dont une douzaine en présence d’un médiateur.

Qu’apporte cette première entente ? Elle met d’abord un frein à la dégradation des conditions de travail des adaptateurs. Seuls « artistes[2] » du secteur à ne pas bénéficier d’une entente collective, ces derniers voyaient en effet leur rémunération stagner depuis plusieurs années, alors que celle de leurs collègues comédiens, par exemple, était régulièrement révisée. L’accord fait également place à un mode de rémunération qui reflète mieux le travail effectué que celui jusque-là en vigueur.

Il faut cependant préciser qu’en vertu de la Loi sur le statut de l’artiste, les associations reconnues ne peuvent négocier que des conditions minimales pour l’engagement des artistes. Ces derniers demeurent toutefois libres de négocier des conditions plus avantageuses que celles prévues par les ententes, bien qu’ils en aient rarement l’occasion dans ce secteur.

Quoi qu’il en soit, les adaptateurs québécois ont désormais un contrat de travail qui précise, entre autres, leur statut professionnel, les ressources de production qui leur sont fournies, la nature et l’étendue des droits concédés et, le cas échéant, les conditions de résiliation de leur contrat individuel et les indemnités applicables. Diverses dispositions relatives à des problèmes particuliers au marché québécois[3] sont également incluses.

La principale avancée de cette première entente est assurément la modification du mode de rémunération. Avant l’entente, le tarif en vigueur était minutaire ou forfaitaire. Adapter un film de 100 minutes, qu’il compte 1 500 ou 2 500 lignes, donnait droit au même cachet. Désormais, le tarif à la ligne s’impose en doublage synchrone et varie en fonction des diverses catégories (animation, dramatique, long métrage, etc.) ou marchés (salles, DVD). Quant à la surimpression vocale[4], un tarif mixte est dorénavant en vigueur, le tarif forfaitaire est ainsi modulé par un tarif à la ligne au-delà d’un certain nombre de lignes. Qui plus est, toutes les lignes traduites sont comptabilisées, y compris les nouvelles répliques découlant d’un changement de montage.

Passer d’un tarif minutaire à un tarif à la ligne s’est avéré un exercice complexe. Il a fallu répertorier plusieurs centaines d’œuvres dans diverses catégories, et, pour chaque œuvre, obtenir le cachet versé, le nombre de minutes et le nombre de lignes, afin d’établir des moyennes de cachets précises sur lesquelles appuyer les revendications des adaptateurs. Règle générale, le nouveau tarif représente une augmentation de 15 %, dont une partie servira d’ailleurs à la mise en place de régimes d’assurance collective (assurance vie, invalidité et médicaments) et d’épargne retraite. Des augmentations annuelles de 3 % sont également prévues pour les deux prochaines années de l’entente, une nouveauté pour les adaptateurs, dont les tarifs étaient gelés depuis des lustres.

Enfin, l’entente prévoit une procédure de règlements des griefs et litiges, qui privilégie la recherche d’un accord entre les parties signataires et, le cas échéant, le recours à l’arbitrage plutôt qu’aux tribunaux.

Le projet d’entente ayant été ratifié par les membres de l’ANDP d’une part et, d’autre part, à l’unanimité par les adaptateurs de la SARTEC, alors réunis en Assemblée générale, les bases de nouvelles relations de travail avec les maisons de doublage sont désormais établies pour les trois prochaines années. Souvent en concurrence entre elles, ces dernières pourront également tirer avantage de cette nouvelle entente en s’appuyant sur des tarifs uniformes pour soumissionner auprès de leurs clients.

Consultez le texte complet de l’entente pour plus de détails.

Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Rappelons qu’il y a au Québec une Loi sur le statut de l’artiste, sorte de Code du travail adapté aux artistes et créateurs travailleurs autonomes, en vertu de laquelle une association reconnue comme représentative obtient le droit de négocier une entente d’application obligatoire pour tous les artistes qu’elle représente, que ceux-ci soient membres ou non de ladite association. Après avoir déposé une demande de reconnaissance fin 2004, la SARTEC a dû démontrer que les adaptateurs étaient des créateurs au sens de la loi lors d’audiences à cet effet en mai 2005. Après une décision favorable à cet égard de la Commission de reconnaissance des associations d’artistes et des associations de producteurs (CRAAAP) en décembre 2006, la SARTEC a dû prouver qu’elle était l’association la plus représentative de ces créateurs, ce qui fut fait en février 2007. La SARTEC obtenait ainsi le droit exclusif de représenter au Québec « tous les traducteurs de toute langue vers le français œuvrant dans le domaine du doublage », y compris la surimpression vocale et le sous-titrage.
  2. Les comédiens sont depuis longtemps protégés par une entente collective négociée entre l’ANPD et l’Union des artistes, laquelle a également signé une entente pour les directeurs de plateau en 2007.
  3. Par exemple, la sortie simultanée des versions originales et des versions doublées sur les marchés québécois et nord-américain comprime tellement les échéances que le délai de livraison du matériel à doubler est souvent un enjeu.
  4. La surimpression vocale est connue en France sous le nom de « voice-over ».
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2012 21
jan

Lors de la dernière réunion publique organisée par l’Ataa à la Scam, le 8 novembre 2011, Caroline Hartman a présenté les résultats d’une enquête menée auprès des traducteurs/adaptateurs travaillant vers une langue autre que le français. Voici une synthèse des réponses collectées.

Ce questionnaire a été adressé à la fin de l’été 2011 à 100 adaptateurs et a recueilli 66 réponses.

Question 1 : Es-tu inscrit à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, l’organisme collecteur chargé de reverser aux adaptateurs de l’audiovisuel les droits d’auteur relatifs au doublage et au sous-titrage des films de long métrage, des fictions ou des séries diffusées au cinéma, à la télévision ou sur DVD) ?

Diapositive2

Si « non », est-ce :
a) par manque de temps ?
b) parce que tu ignorais que tu pouvais t’inscrire à la Sacem ?
c) parce que la Sacem t’a fait savoir que tu n’y avais pas droit ?
d) autre

Pas inscrites à la Sacem

Si oui, est-ce pour :
a) des diffusions sur TV5
b) des DVD-multilingues
c) les deux
d) autre

Diapositive4

Conclusion : trop peu d’adaptateurs vers des langues étrangères sont inscrits à la Sacem, alors qu’ils en ont tout à fait le droit et peuvent percevoir des droits sur les diffusions TV5 et sur les DVD multilingues commercialisés en France et dans les pays étrangers dont les sociétés d’auteur ont signé un accord de réciprocité avec la Sacem. Ce questionnaire aura permis de sensibiliser les traducteurs à la question, de les aider à identifier les programmes sur lesquels ils peuvent toucher des droits, et de les encourager à adhérer à la Sacem.

La répartition des droits sur VOD (vidéo à la demande), souvent proposée avec un choix de sous-titres ou de doublages dans plusieurs langues, sera l’un des prochains combats à mener auprès de la Sacem.



*****


Question 2 : T’es-tu inscrit(e) à la Scam (Société civile des auteurs multimedia, la société d’auteurs qui répartit les droits sur les doublages et sous-titrages de documentaires) ?
a) oui
b) non

Diapositive5

Très peu d’adaptateurs vers une langue étrangère sont adhérents de la Scam, et aucun d’entre eux ne touche de droits d’auteur sur des adaptations vers une langue étrangère. Ceci est principalement dû au fait que cette société d’auteurs ne répartit pas ou peu les droits sur les documentaires édités en DVD, alors que ces adaptations relèvent bien de son répertoire. Les adaptateurs vers des langues autres que le français comptent se joindre à leurs confrères de langue française pour faire avancer ce dossier.



*****


Les deux questions suivantes avaient pour but de faire connaître l’Ataa et le Snac (Syndicat national des auteurs et des compositeurs).

Question 3 : Es-tu membre de l’Ataa ?
a) oui
b) non

Question 4 : As-tu adhéré au Snac ?
a) oui
b) non

Diapositive6

Seul un faible pourcentage d’adaptateurs est adhérent du Snac. Il faut dire que ce syndicat, qui défendait auparavant les intérêts des adaptateurs « vers le français », n’a que très récemment changé ses statuts pour prendre en compte plus largement les auteurs de « dialogues et commentaires d’œuvres audiovisuelles dans une langue différente de celle du tournage ».



*****


Question 5 : Vers quelle(s) langue(s) traduis-tu ?

Diapositive7 (2)


A partir de quelle(s) langue(s) ?

Diapositive8 (2)

L’éventail de langues représentées est vaste ! C’est l’occasion de rappeler que même dans le cas d’une adaptation vers le français, il est toujours préférable de faire appel à un spécialiste de la langue étrangère considérée, plutôt que de passer par ce que l’on appelle une « traduction relais » (faire adapter un film à partir d’une liste de sous-titres réalisés préalablement dans une autre langue, souvent l’anglais) pour des raisons de budget ou de temps. L’adaptateur de langue française peut au besoin travailler en binôme avec son confrère spécialiste de la langue « rare » en question si celui-ci ne manie pas parfaitement le français (à ce sujet, voir aussi la p. 21 de la brochure de l’Ataa « Faire traduire une oeuvre audiovisuelle« ), et les deux traducteurs peuvent alors signer l’adaptation ensemble. Sans oublier qu’il existe des adaptateurs parfaitement bilingues qui travaillent dans les deux sens, et d’autres qui prennent eux-mêmes l’initiative de se faire relire par un confrère de langue maternelle française.



*****


Question 6 : Tu fais :
a) doublage
b) sous-titrage
c) voice-over
d) traduction avant doublage français

Diapositive9 (2)




Ce questionnaire a permis à un certain nombre d’adaptateurs vers des langues autres que le français de se réunir et d’échanger sur ces questions : un plus pour renseigner d’autres confrères, faire circuler les informations et aller vers la résolution de certains problèmes communs à tous les adaptateurs, quelle que soit leur langue maternelle.

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2012 20
jan

capt écran sondage doublage

L’Ataa suit de près les évolutions technologiques imposées aux traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel dans le cadre de la numérisation de la filière. Lors de la soirée « portes ouvertes » qui s’est tenue à la Scam le 8 novembre 2011 , le pôle Doublage de l’Ataa a présenté les résultats d’un sondage sur les logiciels d’adaptation de doublage adressé à 322 auteurs afin de mieux connaître leur pratique professionnelle et leur ressenti face à ces nouveaux outils. En voici une synthèse.

  1. Un sondage basé sur la bonne volonté d’une minorité. 26% des personnes interrogées y ont répondu. Les réponses obtenues ne nous ont permis de dresser qu’une ébauche des questions soulevées par les logiciels de doublage. Seule une plus franche participation nous permettrait d’en dresser un tableau plus complet et de mieux défendre nos intérêts communs en cette année 2012. La plupart des personnes ayant répondu travaillent sur E-rythmo, le logiciel développé par la société Dubbing Brothers. On constate donc une prise de conscience plus importante chez les auteur-e-s travaillant pour la plus grande entreprise de doublage. N’attendons pas que nos conditions de travail se dégradent encore pour nous faire entendre.

  2. Un outil imposé et généralisé. La révolution numérique de notre métier s’est  donc faite sans nous : nous n’avons pas été consulté-e-s, un beau jour nous avons dû travailler sur logiciel et payer pour travailler. La plupart des entreprises de doublage sont maintenant équipées de logiciels et les auteur-e-s à qui on n’impose rien sont de moins en moins nombreux.

    Non seulement cette révolution numérique s’est faite sans nous, mais elle continue sans nous. En effet, non seulement les logiciels de doublage représentent des économies de matériel et de personnel pour les entreprises de doublage, mais ils représentent aussi une source de revenus pour leurs concepteurs, puisque cet outil qui nous est imposé est le plus souvent vendu (pour les entreprises autres que Dubbing) : lui, son service après vente, ses mises à jour ou « nouvelles versions » et sa formation. E-rythmo nous est prêté : mais pour encore combien de temps ?

    Qui empêchera ces concepteurs de développer toujours de nouveaux produits pour tirer de l’argent des auteur-e-s? Aujourd’hui, force est de constater que nous n’avons pas su faire entendre notre voix, ni utiliser nos organes représentatifs : le SNAC et l’ATAA. Si nous persistons à détourner le regard de ce qui nous concerne en premier lieu, cette révolution numérique va continuer sans nous.

  3. La généralisation du forfait détection + adaptation. Elle a pour conséquence d’imposer à l’auteur-e de faire sa détection, sans qu’une rémunération soit obligatoirement incluse dans ce forfait, ce qui a pour effet de faire baisser nos tarifs. Si nous ne réagissons pas en faisant respecter la convention collective qui régit les tâches techniques de l’audiovisuel, cette généralisation du forfait détection+adaptation va  continuer et tuer une 3e profession, après la dactylographie et la calligraphie, tout en nous obligeant à des tâches techniques dont le paiement est soit dérisoire, soit pris sur celui de notre adaptation.

  4. Une bonne nouvelle : un outil de travail agréable. Après des débuts difficiles, la majorité d’entre nous aime travailler sur ces logiciels qui nous facilitent la vie : propreté, synchronisme, rapidité des déplacements et des recherches dans l’épisode, simplification des envois. Les logiciels de doublage sont de plus en plus commodes, simples et fonctionnels. Mosaic l’emporte dans vos préférences devant E-rythmo et Synchronos.



Conclusion : faites entendre votre voix en adhérant à l’Ataa et au Snac afin que nous présentions un front uni face à ces nouveaux outils technologiques, et afin d’avoir notre mot à dire dans cette révolution numérique que nous avons surtout subie jusqu’à présent. Pour connaître les actions en cours du pôle Doublage de l’Ataa, n’hésitez pas à nous contacter à doublage@ataa.fr. La prochaine réunion entre auteur-e-s de doublage aura lieu le jeudi 26 janvier à 14h à la Maison des associations du 18e arrondissement de Paris, 15 passage Ramey, salle Bonpuits, métro Jules Joffrin ou Marcadet-Poissonniers.


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