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2015 25
nov

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Pour la sortie du coffret 4 films d’Andreï Zviaguintsev (Le Retour, Le Bannissement, Elena et Leviathan), le distributeur Pyramide Vidéo a demandé à Joël Chapron, adaptateur en sous-titrage de ces films (et lauréat du Prix de l’adaptation en sous-titrage 2013-2014 de l’ATAA pour son travail sur The Major (Zootrope Films), long métrage russe), de rédiger un texte sur son processus créatif et les problématiques rencontrées. Vous pourrez le retrouver dans le livret de l’édition DVD du coffret, disponible dès le 01/12/2015.

« ZVIAGUINTSEV, EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE

Sous-titrer un film n’est pas tâche anodine. Si traduire, c’est trahir un peu, sous-titrer, c’est adapter beaucoup – d’où le terme d’adaptateur que revendiquent les sous-titreurs de films. Il faut, de fait, jongler avec la vitesse d’élocution des personnages, se soumettre aux contraintes de la vitesse de lecture des spectateurs du film, permettre à ces spectateurs d’identifier sur-le-champ non seulement le locuteur mais aussi celui dont on parle (ce qui, en russe, compte tenu des nombreux diminutifs qu’offrent les prénoms, rend l’opération complexe : qui sait qu’Ekaterina, Katia, Katioucha, Katenka… sont une seule et même personne ?), respecter le niveau de langue de chacun des personnages, se priver de trait de soulignement pour insister sur un mot, etc. Tous les artifices auxquels recourent les traducteurs littéraires – notes de bas de page, italique, gras, soulignement, périphrases – sont inaccessibles aux sous-titreurs, d’où cette qualification d’adaptateur.

La schizophrénie du sous-titreur tient également au fait qu’il fait passer à l’écrit un texte écrit pour l’oral. Or l’écrit nivelle l’oral, il le prive des intonations, des troncations, des emportements, des inflexions… Par manque de place, le sous-titre va, de plus, réduire l’oral (que faire des deux scènes de tribunal de Leviathan, vu la vitesse de lecture des arrêtés du jugement ?). Sous-titrer un film, c’est savoir qu’on va devoir tailler, élaguer, écourter… Les choix du sous-titreur/adaptateur sont différents de ceux du traducteur littéraire, car la place dont dispose ce dernier pour rendre au mieux les phrases qu’il a sous les yeux est infinie, alors même que celle du sous-titreur est scrupuleusement comptée.

Adapter aux sous-titres français un film d’Andreï Zviaguintsev, c’est tout d’abord pénétrer dans l’immense culture que ce quasi-autodidacte a acquise au gré de ses nombreuses lectures, c’est reprendre les diverses traductions existantes de la Bible pour y trouver les meilleures formulations correspondant à ses citations, c’est revisiter la mythologie aux sources de ses exégètes, c’est, enfin, livrer aux spectateurs français les méandres de l’indécision dans lesquels se débattent ses personnages désorientés. Andreï Zviaguintsev, l’homme, possède un vocabulaire bien plus riche que la moyenne de ses concitoyens, fussent-ils cinéastes émérites. Cette richesse induit une telle précision dans le choix des termes qu’il met dans la bouche de ses personnages qu’elle doit impérativement se retrouver dans la langue des sous-titres. La richesse de ce vocabulaire serait inutile s’il ne l’adaptait pas au niveau socio-professionnel de chacun des personnages. Du frère gangster du Bannissement aux enfants du Retour en passant par le maire de Leviathan et le fils d’Elena, Zviaguintsev balaie la société russe d’un regard clairvoyant, attribuant à chacun un registre de vocabulaire, un niveau de langue, des expressions, des hésitations, des intonations, voire des redondances, qui viennent compléter leur aspect physique, leur garde-robe, leur logement, leur voiture – tous ces détails importants qui caractérisent une personnalité. Transcrire la partie linguistique de leur être n’est pas chose aisée, tant les contraintes techniques du sous-titrage sont grandes. Il faut, de plus, ne jamais employer un mot français qui rende précisément l’acception d’un mot russe si son occurrence dans la langue française est presque inexistante, alors que le mot russe est courant. Ce mot « rare » en français déviera forcément le spectateur de son appréhension générale du film. On doit donc respecter la fréquence d’emploi d’un mot russe pour lui trouver un équivalent français de même fréquence d’emploi, fût-il sensiblement plus éloigné de l’acception du mot russe, afin de ne pas provoquer de rupture dans la lecture – un bon sous-titrage est celui qui ne se voit pas.

Si tout ce travail est censé être effectué sur tous les films, quels qu’ils soient, la responsabilité de l’adaptateur est plus grande encore lorsqu’il s’agit de grands cinéastes, dont on sait qu’ils laissent peu de place au hasard, que leurs dialogues sont généralement ciselés et que chaque mot est pesé – même si la fin de la scène chez l’avocat dans Elena est improvisée et que les paroles prononcées par l’actrice Elena Liadova furent inventées par elle durant la prise, dans le droit-fil du niveau de langue du personnage… L’archevêque et le pope rencontré à l’épicerie dans Leviathan, bien qu’ils aient la religion en partage, n’ont pas le même vocabulaire : ils n’emploient pas les mêmes mots pour parler de Dieu. Les deux enfants du Retour n’ont ostensiblement pas le même vécu que ceux du Bannissement. Même si le niveau socio-professionnel du héros de Leviathan n’est sans doute pas très éloigné de celui du fils d’Elena, l’oisiveté de ce dernier est le parfait contrepoint de l’abnégation au travail du premier. Le vide abyssal de la pensée du fils d’Elena, son inconséquence dans la conduite de sa famille – de la scène devant la télé à l’arrivée finale dans l’appartement de Vladimir (Zviaguintsev a pensé appeler son film L’Invasion des barbares, mais Denys Arcand l’avait précédé) – doivent transparaître dans le choix des mots-valises, des interjections, dans le registre de la familiarité.

Sous-titrer les films de Zviaguintsev, c’est aussi se confronter à ses choix : pour lui, comme pour de nombreux metteurs en scène, la radio, la télé, sont des éléments importants dans le champ, mais pas capitaux au point que l’on traduise ce qui s’y dit. Ma place de « transmetteur » me conduit à vouloir impérativement donner à comprendre au spectateur français ce qui s’y dit – puisque le spectateur russe, lui, le comprend. La plus banale émission de télé, parce qu’elle est choisie par le metteur en scène, joue forcément un rôle dans la scène. C’est à force de dialogue, de discussion, d’explication de points de vue, que les sous-titres finissent par voir le jour.

Mais derrière ce travail d’adaptation, de sélection des mots (en partie imposée par la longueur de ces derniers), de choix du niveau de langue et de décisions radicales prises pour le confort du spectateur français (choisir un nom ou un prénom, fût-ce un diminutif, pour chaque personnage et l’appeler ainsi tout au long du film pour ne pas égarer le spectateur, indépendamment de ce qui est dit à l’écran), il y a surtout le plaisir d’entrer de plain-pied dans une œuvre qui se construit film après film, personnage après personnage, situation après situation, et qui, à elle seule, dessine les contours d’une société en déshérence, porteuse d’une histoire millénaire, mais dont le poids semble freiner non pas le développement, mais la libération psychologique de ses citoyens, toujours enfermés dans un carcan qui les contraint.

Joël Chapron »

2015 09
nov

L’ATAA se réinvente !

Une toute nouvelle organisation vous est proposée afin de clarifier nos actions et permettre aux adhérents de s’impliquer plus facilement.

Toutes nos actions sont désormais réparties en 7 grands pôles, que voici :

Chaque pôle sera dirigé par un ou plusieurs membres du CA.

Le pôle international :

Référents CA : Estelle Renard, Ian Burley.

Ce pôle regroupe toutes nos actions destinées aux auteurs vers les langues étrangères.

ASIF, le collectif qui a rejoint l’ATAA, travaille aussi à faire reconnaître nos professions, grâce à sa pétition réalisée auprès des réalisateurs l’an dernier, par exemple.

Pôle institutions :

Référents CA : Anaïs Duchet, Sylvestre Meininger, Carole Remy, Juliette De La Cruz

Ce pôle regroupe toutes nos actions à destination des différentes institutions et des organismes.

Dans ce pôle, plusieurs projets sont menés de front.

Les auteurs sont représentés à la SCAM, grâce à Christophe Ramage, qui siège au conseil d’administration et Carole Remy, qui siège à la commission audiovisuelle.

Après plusieurs années de travail et de négociations, la Charte des bons Usages a vu le jour. Les discussions avec nos interlocuteurs, sous l’égide du CNC, se poursuivent.

Nous suivons aussi de près la réforme du RAAP, qui devrait être validée prochainement par le gouvernement. L’ATAA a pu être présente à toutes les réunions qui se sont tenues et faire entendre la voix de ses adhérents.

Enfin, notre travail auprès de la SACEM se poursuit.

Pôle formations :

Référents CA : Estelle Renard, Chloé Lamireau et Anthony Panetto

L’ATAA envoie tous les ans des auteurs dans les Masters de traduction audiovisuelle, afin d’échanger avec les étudiants et de conseiller ces futurs professionnels.

L’ATAA est aussi sollicitée par différentes universités pour des conférences sur nos métiers destinées aux étudiants en Licence. Leur apporter une information claire sur les réalités du métier permets à ces jeunes de s’orienter en toute connaissance de cause.

Par ailleurs, afin d’améliorer l’intégration des jeunes auteurs dans le marché de  la traduction audiovisuelle et les conseiller sur les bons tarifs, les bonnes pratiques, nous allons désormais organiser une journée de permanence, afin d’être présents pour répondre à toutes les interrogations qu’ils sont susceptibles d’avoir, après quelques mois d’activité. Nous aurons besoin de volontaires pour cet accueil.

L’ATAA travaille aussi sur différents projets destinés aux universités, concernant le nombre grandissant des Masters de traduction audiovisuelle.

En ce qui concerne la formation professionnelle, l’ATAA suit de près l’offre proposée aux auteurs, grâce notamment à la présence d’un de ses membres à la commission audiovisuelle de l’AFDAS.

Afin d’améliorer l’offre de formations, l’ATAA s’allie aujourd’hui à la SFT afin de développer des formations dédiées aux adaptateurs.

L’Écran traduit :

Référent CA : Samuel Bréan

L’Écran Traduit est une revue consacrée à la traduction audiovisuelle sous toutes ses formes

Son comité de rédaction est composé de 3 membres : Anne-Lise Weidmann, Samuel Bréan et Jean-François Cornu.

Toute aide ponctuelle pour des relectures et traductions, du travail éditorial ou de rédaction, de veille et réflexion sur le contenu de la revue, l’élaboration d’interviews… est la bienvenue.

Et pourquoi ne pas rejoindre le comité de rédaction ?

Vous pouvez les contacter à cette adresse : revue@ataa.fr

Et le numéro 4 vient de paraître,

il est disponible à cette adresse : www.ataa.fr/revue

Couverture-n°-4-moyen

Pôle médias :

Référents CA : Anaïs Duchet, Juliette De La Cruz, Anthony Panetto, Chloé Lamireau

Dans ce pôle, nous regroupons toutes nos actions destinées à faire parler de nous dans les médias et notre travail de présence continue sur les réseaux sociaux, un outil aujourd’hui incontournable.

L’ATAA est ainsi présente sur Facebook, Twitter et à travers son blog.

Pôle cinéma :

Référents CA : Anaïs Duchet, Sylvestre Meininger, Juliette De La Cruz

Ce pôle regroupe toutes les actions spécifiquement liées au cinéma.  On y trouve notamment les Prix de l’ATAA.

L’ATAA est aussi désormais présente à Cannes, aux côtés du SNAC et d’ASIF. Nous avons participé à une table-ronde, en mai dernier. Et cette action est appelée à se renouveler.

Un travail de sensibilisation auprès des festivals  est en cours afin de faire prendre conscience de l’importance du sous-titrage (puisque les films sont rarement doublés pour les festivals) pour la réception des œuvres dans ces festivals.

Pôle télévision :

Référents CA : Anthony Panetto, Sabine de Andria, Juliette De La Cruz

C’est le pôle réservé au petit écran. Il regroupe toutes nos actions actuelles et à venir concernant la télévision.

On y fait un travail de réflexion sur la visibilité des auteurs et de reprise de contact avec les chaînes.

On y fait aussi un travail de création et d’organisation d’événements sur les séries, tels que les Regards Croisés, participation à Série Mania, rencontres avec le grand public autour de nos métiers…

-> Vous êtes adhérent et souhaitez vous impliquer dans un de ces projets ? Contactez-nous : info@ataa.fr.

-> Vous êtes adaptateur, ne faites pas encore partie de l’association, mais souhaitez encourager ces projets ? N’hésitez plus, adhérez !

2015 04
nov

pétitionInquiets des projets actuels de réforme du droit d’auteur en Europe, des auteurs européens de livres ont rédigé une lettre ouverte aux instances européennes pour les appeler à préserver le droit d’auteur, garant de la liberté des créateurs et de la vitalité de la littérature européenne. Tous les écrivains, essayistes, nouvellistes, poètes, auteurs jeunesse, traducteurs, auteurs de BD de tous les pays d’Europe sont invités à signer la lettre ouverte en ligne, dont voici le texte intégral :

Protégez les auteurs, préservez le droit d’auteur !

Disons-le franchement : nous, les auteurs du livre, ne comprenons pas votre insistance à vouloir à tout prix « réformer » le droit d’auteur en Europe.

La Commission européenne se trompe de cible quand elle s’en prend au droit d’auteur pour favoriser l’émergence d’un « marché unique numérique », alors que le droit d’auteur est la condition sine qua non de la création des œuvres. L’affaiblir, ce serait tarir la source du marché du livre numérique avant même qu’il ne prenne véritablement son essor. Un droit d’auteur affaibli, c’est une littérature appauvrie.

Le droit d’auteur n’est pas un obstacle à la circulation des œuvres. La cession de nos droits permet à nos œuvres d’être diffusées dans tous les pays et traduites dans toutes les langues. S’il existe des freins à la diffusion, ils sont économiques, technologiques, fiscaux, et c’est bien plutôt aux monopoles, aux formats propriétaires, à la fraude fiscale, qu’il faut s’attaquer !

Le Parlement européen, en adoptant une version largement amendée du rapport de Julia Reda, a réaffirmé haut et fort l’importance de préserver le droit d’auteur et le fragile équilibre économique des filières de la création. Hélas, dans le même temps, il a imprudemment laissé la porte ouverte à de nombreuses exceptions au droit d’auteur – des exceptions qui pourraient être créées, élargies, rendues obligatoires, harmonisées par la Commission, au mépris parfois des solutions nationales qui ont déjà permis de répondre aux besoins des lecteurs et des autres utilisateurs.

En quoi la multiplication des exceptions au droit d’auteur favorisera-t-elle la création ?
À partir de combien d’exceptions (archivage, prêt numérique, enseignement, recherche, fouille de texte et de données, œuvres transformatives, œuvres indisponibles, œuvres orphelines…), l’exception devient-elle la règle et le droit d’auteur l’exception ?

Parce qu’il nous confère des droits économiques et un droit moral sur notre œuvre, le droit d’auteur est essentiel pour nous.

Il est le socle sur lequel s’est bâtie notre littérature européenne ; il est source de richesse économique pour nos pays et, par là même, source d’emplois ; il est la garantie du financement de la création et de la pérennité de l’ensemble de la chaîne du livre ; il est le fondement de nos rémunérations. En nous permettant de récolter les fruits de notre travail, il garantit notre liberté et notre indépendance. Nous ne voulons ni revenir au temps du mécénat, ni vivre d’éventuelles subventions publiques, mais bien de l’exploitation de nos œuvres. Ecrire est un métier, ce n’est pas un passe-temps.

Le droit d’auteur a permis la démocratisation du livre au cours des siècles derniers, et c’est lui encore qui, demain, permettra le développement de la création numérique et sa diffusion auprès du plus grand nombre. Hérité du passé, le droit d’auteur est un outil moderne, compatible avec l’utilisation des nouvelles technologies.

Il faut cesser d’opposer les auteurs aux lecteurs. La littérature n’existerait pas sans les premiers, elle n’a pas de sens sans les seconds. Les auteurs sont foncièrement et résolument ouverts aux changements et aux évolutions du monde dans lequel ils vivent. Ils défendent plus haut et plus fort que n’importe qui le droit à la liberté d’opinion, à la liberté d’expression et à la liberté de création. Ils sont favorables au partage des idées et du savoir, c’est leur raison d’être. Ils sont lecteurs avant d’être auteurs.

Nous, auteurs du livre européens, demandons à l’Europe de renoncer à étendre le périmètre des exceptions au droit d’auteur ou à les multiplier. L’assurance d’une quelconque « compensation » ne saurait remplacer les revenus tirés de l’exploitation commerciale des œuvres, alors même que les auteurs sont déjà victimes d’une précarité matérielle croissante. Nous demandons à l’Europe de lutter contre la tentation d’un illusoire « tout gratuit », dont les seuls bénéficiaires seront les grandes plates-formes de diffusion et autres fournisseurs de contenus. Nous lui demandons de nous aider à obtenir un meilleur partage de la valeur sur le livre, notamment dans l’univers numérique, d’interdire les clauses abusives dans les contrats et de combattre efficacement le piratage de nos œuvres.

La liberté des créateurs et la vitalité de la culture européenne dépendent aussi de vous.

Pour signer cette lettre ouverte : http://www.petitions24.net/lettre_ouverte_des_auteurs_europeens_du_livre