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2014 12
juin

big-deguisement-736_1425Un millier d’opérations, près de trois cents paires de seins rembourrées et près de quatre cents fessiers et paires de cuisses remodelés, des milliers d’heures passées devant la table d’opération… Et pourtant, Rémy n’est « même pas vraiment fan de belles femmes ». Il n’est pas du genre à être attiré par les bonnets C et tailles de guêpe et préfère une bonne paire de fesses rebondies chez une bonne mangeuse qu’un corps parfait et aseptisé, contrairement à beaucoup d’hommes.
Ces chiffres ne sont donc pas les symptômes d’un obsédé des femmes. Ils recensent ses faits d’armes sous le pseudonyme « Scalpel free », sous lequel il opère dans le plus grand secret depuis 10 ans.


De son premier grain de beauté enlevé à un relooking extrême complet

Rémy était un simple technicien de surface ayant raté ses études de médecine, mais sa passion pour le sang, les bistouris et la série Urgences l’ont poussé à prendre le scalpel pour aider ces femmes en détresse. Enfin, plus précisément, c’est devant le constat que les candidates à la beauté devaient attendre longtemps et payer très cher une opération que Rémy, en chevalier servant, a décidé de monter son équipe, composée d’infirmières amateures, de lui-même, chirurgien formé sur le tas et de Gégé, anesthésiste le soir, garagiste le jour.

Il a commencé petit, avec de simples dermabrasions, puis il a fait du chemin, jusqu’aux implants mammaires, liftings et liposuccions. Il a même été mis à l’honneur, le mois dernier, lors d’un congrès de chirurgie, à Paris, où il s’est trouvé confronté à des professionnels, très remontés contre lui. « Je savais qu’on me conduisait à l’abattoir », dit-il avec humour en repensant à cette table ronde très tendue. Mais il tenait absolument à faire entendre la voix de tous ces médecins, chirurgiens, héros amateurs qui, bien que non professionnels, ne font pas toujours un travail de mauvaise qualité.

Évidemment, certaines teams de chirurgie desservent l’image de ce travail amateur, surtout les « fastchirur », qui opèrent sans anesthésie, sans stérilisation et sans rencontrer la patiente avant l’intervention. « Comme dans tous les corps de métiers, certains font ça bien et d’autres non ». Rémy comprend la colère des médecins. « Après tout, ils font 10 ans d’études et espèrent vivre de ce métier, alors que nous, on fait ça comme ça, pour le plaisir. »

Rémy admet aussi que leur pratique amateur a pu nuire aux conditions de travail des professionnels. Mais il pense aussi que c’est un peu facile de leur attribuer tous les maux. Il estime que leurs opérations gratuites ont contribué à un accès moins cher aux soins, en forçant les professionnels à revoir leurs honoraires à la baisse. Cela a aussi permis de démocratiser certaines opérations peu connues en France, comme la greffe de sourcils.

« On répond à une demande, c’est tout.  Des femmes m’écrivent tous les jours pour me demander si je peux les opérer le soir même, parce qu’elles ont un rendez-vous galant le lendemain. La beauté n’attend pas ! »

Ces opérations, qualifiées de « sauvages » par les professionnels, ont aussi probablement permis l’accélération des procédures. En effet, pour faire face à ces pratiques illégales, qui sapent la fréquentation des cliniques privées, celles-ci, pour produire plus, ont créé des techniques pour opérer plus vite, et augmenter le « turnover » de patients. Même s’il arrive que le résultat soit médiocre, les cliniques peuvent ainsi réduire de 10 % les tarifs des procédures et produire par jour jusqu’à 4 paires de seins bonnet D de plus qu’avant !

Devant la mise en place de ces pratiques qui permettent à un plus grand nombre d’accéder à un corps de rêve, Rémy se dit parfois qu’opérer n’est plus si nécessaire, mais il adore refaire un nez ou extraire la graisse d’un fessier. Alors, il continue, pour la beauté du geste et pour proposer des seins de qualité. Car fortes du succès des chirurgies pirates et devant la demande grandissante, des teams non professionnelles ont vu le jour, et si Rémy devait ranger définitivement son scalpel, vers quel « Robin des bois » de la chirurgie ces dames devraient-elles se tourner, faute de se résoudre à attendre un peu plus pour avoir un chirurgien professionnel, diplômé et qualifié ?

La maladie du chirurgien

Comme tout loisir, la chirurgie esthétique peut vite devenir prenante. A une période, Rémy enchaînait les opérations, parfois 10 par week-end ! Aujourd’hui, il a réduit ce nombre à cinq, pour avoir une vie privée.

Quels critères faut-il réunir pour une opération réussie ? « Difficile à dire, on n’a pas fait d’études, on improvise, on a tout appris dans Urgences, mais moi, je suis intransigeant sur l’anesthésie et la stérilisation des instruments. Après, tout un chacun peut donner son avis et il arrive qu’on s’engueule au-dessus d’une patiente, quant à savoir si on devrait couper là ou là ; c’est passionnant ! Tellement passionnant que j’ai bien conscience que les non avertis doivent s’ennuyer, lors de ces dîners qui réunissent plusieurs chirurgiens amateurs, car ça peut vite devenir sanglant ! Mais ce sentiment d’appartenance à une famille, en tout cas, ça n’a pas de prix. »

La boîte à outils de Scalpel free

Sa team travaille dans un entrepôt désaffecté, parfait pour l’anonymat, car ne l’oublions pas, Rémy n’a pas le droit d’opérer, il n’a jamais passé la première année de fac de médecine et ne connaît même pas le nom des instruments qu’il utilise…
Rémy est fier de son équipement, qu’il a chiné à gauche et à droite, sur Ebay, dans les poubelles de certains hôpitaux…

lit saleinstrus

Un équipement digne des plus grands !

Et voilà le travail…

visage beurk

Si Rémy doit déplorer quelques pertes, surtout à ses débuts, avant qu’il pense à se désinfecter les mains, ainsi que quelques visages déformés et seins pas vraiment d’équerre, il est heureux de rendre des femmes plus belles et ne comprend vraiment pas que sa générosité soulève un tel tollé parmi la profession.

En tout cas,  tant que le diktat de l’apparence et de la beauté superficielle existera, gageons que la passion de Rémy aura de beaux jours devant elle…

Cet article vous a choqué ? Parce que la chirurgie est une affaire sérieuse ? Eh bien, nous, professionnels de l’audiovisuel, estimons que le sous-titrage l’est tout autant. On peut songer qu’aucune vie n’est en jeu dans l’exercice de notre profession. Et pourtant, certains traducteurs spécialisés doivent parfois le penser, se voyant confier la traduction d’un témoignage pouvant mener à une condamnation lors d’un procès, par exemple. Ou dans le domaine médical où, à Berlin, une erreur de traduction de notice de prothèse a conduit à 47 opérations désastreuses en 2013. (http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-c/090813/erreurs-medicales-liees-une-erreur-de-traduction-breve)

En audiovisuel, puisqu’il ne s’agit « que » de divertissement, la tendance est à prendre ça à la légère. Or une mauvaise traduction, un sous-titrage ou un doublage médiocre peuvent « défigurer » un film ou une série autant qu’un coup de scalpel malencontreux. Et la tendance des médias à faire l’apologie du fansubbing, comme l’article récent du Monde.fr que nous avons pris un malin plaisir à singer, ne fait qu’accroître l’idée générale que le sous-titrage, ce n’est pas bien méchant, c’est vite fait, pas si compliqué. Si l’on répand cette idée, comment empêcher le grand public de mépriser les traducteurs-adaptateurs, et leurs commanditaires de les traiter comme un coût regrettable qu’il faut réduire au maximum, sans se soucier de la qualité de leurs conditions de travail ?

Oui, certains professionnels travaillent mal, comme dans tous les domaines, mais évitons de généraliser et surtout, arrêtons de fustiger les traducteurs qui osent demander une juste rétribution pour leur travail.

2014 10
juin

asif_logoL’ATAA débute cette nouvelle année d’exercice en s’associant aux Anglo Subtitlers in France (Asif), afin d’œuvrer dans une dynamique commune. L’un de leurs membres siège désormais au Conseil d’administration. La parole leur est donnée.

Asif (Anglo Subtitlers in France) est un regroupement informel de traducteurs anglophones travaillant en France, notamment sur l’adaptation de productions françaises pour les marchés anglo-saxons et internationaux. Il s’est constitué en avril 2014 pour contrer les tentatives des laboratoires de sous-titrage qui proposent aux producteurs des forfaits « tout compris », incluant l’adaptation.
Après une première tentative de résistance en 2013, lancée trop près du Festival de Cannes pour que l’on puisse y consacrer le temps nécessaire, l’action de 2014, déclenchée par le tarif dérisoire proposé à l’un des membres pour l’adaptation en anglais du dernier film de Claude Lelouch par l’intermédiaire d’Éclair Group, à été beaucoup plus concluante avec le lancement d’une lettre ouverte aux producteurs, signée par quelque 175 cinéastes français, leur demandant de continuer à traiter directement avec les adaptateurs et de rejeter les forfaits des laboratoires. Cette lettre ouverte a eu un certain écho dans la presse française et étrangère.
Par la suite, une action concertée et solidaire à la veille du Festival de Cannes a obligé une importante maison de production française à faire marche arrière après avoir lancé les travaux chez Titra Film avec un forfait « tout compris » et à négocier directement avec les adaptateurs.
Forts de nos succès, nous restons vigilants et déterminés à résister aux tentatives des laboratoires d’imposer aux producteurs et aux réalisateurs des traducteurs travaillant à des tarifs non professionnels. C’est pour nous le seul moyen de pouvoir continuer à réaliser des traductions qui rendront justice aux œuvres originales et permettront de les exporter dans de bonnes conditions. La plupart de nos membres font partie de l’ATAA et nous tenons à travailler main dans la main avec celle-ci.

En avril dernier, le collectif d’auteurs de sous-titrage anglophones, qui n’était pas encore Asif, a lancé une pétition qui a connu un retentissement inédit. Ce signal d’alarme a touché les professionnels du cinéma français et a donné lieu à des témoignages de respect comme on en avait rarement vu pour nos professions de l’ombre.
Ces témoignages sont allés droit au cœur de tous les traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel. Nous nous permettons de les reproduire ici, pour que tout un chacun puisse les découvrir.

Un traducteur ne travaille pas « à la chaîne ». Il est une véritable interface culturelle entre votre patrimoine et le reste du monde. À ceux qui veulent forfaitiser leur travail, je propose d’ouvrir un dictionnaire et d’y découvrir l’autre sens du mot « forfait » : « Faute grave, sortant de l’ordinaire, commise de façon audacieuse, et paraissant plus monstrueuse du fait de la qualité de son auteur ». Continuons comme ça et bientôt ce sera Google qui sous-titrera nos films. René Manzor

J’ai pour chaque film l’obsession de la traduction juste, si importante pour rendre compte avec précision et finesse les dialogues de nos films. C’est le premier acte de respect que l’on doit à ceux qui sont filmés. Selon le budget du film, j’ai pu à chaque fois négocier de gré à gré avec le traducteur que je désirais. Cette relation est très importante pour la qualité du travail. Nous savons bien où conduit ces tentatives constantes de paupériser le travail et d’affaiblir leur capacité à se consacrer à fond à leur travail. Il en résulte une baisse de qualité et l’affadissement in fine de l’œuvre, sans parler même des questions éthiques que posent forcément toute tentative de traduction. Ce n’est pas innocent de traduire. A tous les échelons de nos métiers, nous sommes confrontés aux mêmes tentatives qui ne tiennent pas compte de la spécificité de ce qu’est et doit rester le cinéma. Un travail artisanal qui a besoin à toutes les étapes de sa fabrication de l’engagement personnel de chacun des métiers auxquels il fait appel. Vous avez raison de résister. Merci à vous. JP Duret

Mes trois films ont été traduits par la même personne, en qui j’ai désormais toute confiance. Comme tous les autres membres de l’équipe d’un film, je pense qu’il participe artistiquement au résultat, et je tiens à sa sensibilité. Je ne voudrais pas perdre cette relation de confiance. Eleonore Faucher

Les traducteurs sont des auteurs au service d’autres auteurs. C’est une corporation indispensable à l’outil cinématographique. La sacrifier au noms de pratiques commerciales est dangereux pour nos films. Lorraine Lévy

Un bon film mal traduit devient un film quelconque. Ne laissons pas nos films se faire traduire au rabais. Patrice Leconte

Mon traducteur est le garant de ma singularité. En tant que tel, je me battrai toujours auprès de mes interlocuteurs pour le choisir et le garder à mes côtés. Arnaud des Pallières

Un traducteur, c’est un allié hyper important, un collaborateur précieux, ça ne s’échange pas comme un kleenex. La traduction c’est la parole, l’âme du film… Catherine Corsini

Les sous-titreurs sont des artistes à part entière, des traducteurs, des écrivains. S’ils disparaissent, si leur travail est méprisé et bradé, c’est tout le rayonnement à l’étranger de la culture cinématographique française qui sera atteint. Coline Serreau

Touche pas à mon sous-titreur ! Il a un métier, un savoir faire unique, comme moi, c’est un artisan, il transporte les mots et une part du sens de mon film a travers le monde. Jan Kounen

Traduction, adaptation, moment essentiel de la mise au monde d’un film. Bonheur d’avoir à nos côtés des artisans formidables. Colère de voir leur travail bafoué. Michel Spinosa

La traduction et le sous titrage, font partie intégrante de l’écriture cinématographique. Absolument et définitivement. Adapter et transmettre la langue d’un film est un métier, une qualité qui ne s’improvise et ne se brade pas ! Hélier Cisterne

Il suffit de voir la pauvreté des sous-titres que l’on trouve aujourd’hui sur Internet pour mesurer l’importance de faire appel à de « vrais » traducteurs pour nos projets artistiques… De tout cœur avec vous dans ce combat. Benoît Cohen

Les films portent une parole. Toujours. Les mots doivent être justes ou c’est toute la richesse et la singularité des personnages qui se perdent. A quoi bon montrer les films ailleurs que dans les pays francophones si c’est pour les montrer amputés. Si seul le coût compte, autant s’en remettre à REVERSO ! Lucas Belvaux

Le sous-titrage est encore une écriture, l’ultime, même… Ce n’est pas qu’un truc technique de labo ! Vincent Garenq

Encore un grand merci à tous ces grands noms du cinéma français d’avoir signé cette pétition et montré l’importance qu’ils accordent au sous-titrage de leurs œuvres, dont la qualité, comme nous le disons toujours, participera à leur succès.

2014 01
juin

Couverture n° 3 pour tw fb

Le troisième numéro de L’Écran traduit, la revue de l’ATAA consacrée à la traduction et l’adaptation audiovisuelles, vient de paraître ! Il est consultable à l’adresse suivante : http://ataa.fr/revue/


Au sommaire de ce numéro :

- Un dossier sur les débuts dans le métier
- Pour une critique grand public des traductions audiovisuelles
- Le doublage et le sous-titrage vus par Georges Sadoul
- Le générique parlé de l’Othello d’Orson Welles
- De nouvelles formes de doublage à la télévision italienne
- Poto, Cabengo et les sous-titres

Sont toujours consultables dans la rubrique Archives les deux premiers numéros, ainsi que la republication du livre de Simon Laks Le Sous-titrage de films, dans le hors-série n° 1.


Bonne lecture !


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