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2012 27
nov

En étant un brin pessimiste, on pourrait presque avoir l’impression que cela devient une habitude. Quoi donc ? Les sorties techniques uniquement doublées.

« Sortie technique », c’est le terme que l’on utilise pour désigner les films distribués dans un nombre extrêmement limité de salles parisiennes (une poignée de copies pour quelques jours seulement à l’affiche), l’objectif étant que ces œuvres puissent tout de même être considérés comme des « films de cinéma » dans l’optique de leurs droits télévision et DVD.

Cette pratique n’a rien de nouveau et témoigne généralement d’un manque de confiance commerciale du distributeur du film dans son « produit ». Mais cet été, deux œuvres ont ainsi fait l’objet de sorties techniques exclusivement en version doublée, provoquant une certaine incompréhension.

trois corniauds

Dans le premier cas, il s’agit des Trois corniauds (The Three Stooges), le dernier-né des frères Farrelly. Les frères Farrelly ? Oui, ceux-là même qui avaient réalisé Bon à tirer, dont le sous-titrage a valu à Pascale Joseph le tout premier prix du sous-titrage (catégorie « film anglophone ») remis par l’Ataa au printemps dernier.

Difficile de comprendre une telle décision, quand on sait que l’humour des films de Bobby et Peter Farrelly repose certes sur un comique de gestes et de situation, mais aussi sur des dialogues loufoques et, dans le cas du dernier opus, bourrés de références typiquement américaines, se prêtant particulièrement bien au sous-titrage. Isabelle Regnier, critique de cinéma au Monde, déplorait cette sortie technique en version doublée en ces termes fin juillet dans un billet de blog intitulé « Hérésie : Les Trois Stooges des frères Farrelly ne sortira qu’en VF » :

Entre l’intérêt très fort que certains d’entre nous, au sein de la rubrique cinéma du Monde, portons à ce duo de cinéaste, et ces diverses considérations, nous avions décidé de faire fi des arguments du distributeur, d’aller voir le film en salle et d’en publier la critique dans le journal à la fin de la semaine. C’était compter sans le dernier coup tordu, révélé qu’hier : Les Trois Corniauds ne sortira finalement qu’en vf., au Publicis à Paris et dans les Megarama en banlieue. Etant donné l’impossibilité qu’il y a à apprécier une comédie des frères Farrelly en français, et l’absurdité qu’il y aurait d’inciter un tant soit peu les spectateurs à aller le voir sous cette forme, nous avons renoncé.



margaret

Un mois plus tard, Thomas Sotinel, du même quotidien du soir, annonçait la sortie d’un « grand film qu’il ne faut pas aller voir » : Margaret, de Kenneth Lonergan. Si le « conseil » (ou le non-conseil) donné par l’auteur de l’article surprend à première vue, il s’explique là encore par un sentiment de frustration face aux conditions de cette sortie technique :

Margaret sera projeté dans une seule salle (le Publicis Champs Elysées, à Paris), en version française, une absurdité étant donnée la qualité des acteurs et des dialogues.

(…)

Je n’ai pas vu cette version pour les salles, qui dure deux heures et demie mais celle de trois heures et quart, que Kenneth Lonergan a montée pour l’édition DVD. C’est sur la foi de cette vision saisissante, (une vision de l’enfer adolescent qui se conjugue à l’enfer américain du début de de la décennie) que je me permets de m’indigner, sans surprise, mais de m’indigner quand même, face à cet épilogue français du gâchis Margaret.

Signalons par ailleurs que les magazines Première et Studio Ciné Live avaient chacun consacré plusieurs pages à Margaret cet été et gratifié le film de critiques élogieuses.

Notre étonnement face à ces sorties techniques « 100 % doublées » tient aussi à l’économie de la distribution cinématographique : on le sait, un doublage est nettement plus onéreux à réaliser qu’un sous-titrage. À la rémunération de l’auteur des dialogues VF, il faut ajouter (entre autres) les cachets des comédiens ou encore les frais d’enregistrement et de mixage, qui sont nettement supérieurs aux coûts des prestations techniques propres au sous-titrage. Dès lors, une sortie uniquement en sous-titrage est généralement en France la marque des « petits films », tandis que ce sont les films susceptibles a priori d’attirer un public plus important et distribués dans un plus grand nombre de salles qui font l’objet d’un doublage en plus du sous-titrage. Selon cette logique économique traditionnelle, le film des frères Farrelly aurait sans doute « dû » sortir à la fois en VF et en VOST, et celui de Kenneth Lonergan, peut-être uniquement en VOST, s’ils avaient été distribués normalement.

En l’occurrence, le sabotage semble donc méthodique et complet : d’une part, ces sorties techniques exclusivement parisiennes n’atteindront pas le public habituellement visé par les distributeurs qui choisissent de faire doubler leurs films (c’est-à-dire plutôt un public non parisien, même si on se gardera bien de schématiser de façon simplificatrice les préférences entre VOST et VF en France). D’autre part, le public qui aurait pu tout de même assurer quelques entrées à ces films s’ils avaient été distribués en VOST risque d’être rebuté par la perspective de les voir en VF.

Il y a vraisemblablement une logique à tout cela, n’en doutons pas. Mais… laquelle ?


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2012 19
nov

Lors de la réunion publique de l’Ataa qui s’est tenue à la Scam le 23 octobre dernier, l’association a annoncé la création d’une revue consacrée à la traduction/adaptation audiovisuelle. Voici les grandes lignes de ce projet.


(English text below.)

Merci à Samuel Bréan pour la traduction en anglais. Les photos de Groucho Marx et Cathy O’Donnell illustrant ce billet sont empruntées au blog
Le vieux monde qui n’en finit pas.



Groucho

1. Pourquoi une revue ?

En 2009, l’Ataa a décidé de créer un blog, celui-là même où vous lisez ces lignes. Après trois ans et 118 articles publiés (soit entre deux et trois par mois), divers problèmes se posent. Parmi eux, celui du caractère hybride des billets publiés : d’une part, le blog comporte des billets d’actualité relativement courts, des revues de presse, des communiqués, des informations pratiques sur la vie de l’association… D’autre part, on y trouve aussi des articles « de fond », des articles présentant un intérêt historique qu’il nous semble intéressant de republier, des traductions d’articles, des portraits… Ces billets très différents ne s’articulent pas toujours au mieux, de notre point de vue et il est parfois difficile de trouver un équilibre entre « brèves » et articles plus fouillés. C’est pour cette raison qu’est née l’idée d’une revue : les articles courts, les brèves d’actualité, les revues de presse, ainsi que les billets qui concernent la vie de l’association proprement dite, resteront sur le blog. La revue accueillera les autres types d’articles et permettra de les mettre mieux en valeur.

L’objectif est également de donner une plus grande visibilité à l’Ataa et aux métiers qu’elle défend. L’ATLF (Association des traducteurs littéraires de France) et la SFT (Société française des traducteurs) publient chacune une revue semestrielle (respectivement TransLittérature[1] et Traduire), deux publications établies de longue date et bien connues dans le milieu de la traduction. Or il n’existe, à notre connaissance, aucune revue consacrée spécifiquement à nos métiers, quelle que soit sa langue de publication, si bien qu’il nous a semblé pertinent de combler cette lacune. Depuis sa création, l’Ataa mène une vraie réflexion sur nos métiers et s’efforce de les faire mieux connaître, ce projet s’inscrit donc aussi dans cette ambition.


2. Quelle revue ?

La revue que l’Ataa se propose de créer s’intitulera : L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles. Un titre qui s’entend métaphoriquement, cela va de soi ! Un comité de rédaction a été créé, qui comporte trois traducteurs membres de l’Ataa : Samuel Bréan, Jean-François Cornu et Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit sera une revue :

  • en ligne et gratuite : chaque article sera consultable sur le site de la revue et il sera également possible de le télécharger sous forme de fichier .pdf (ou de télécharger toute la revue) pour un meilleur confort de lecture.

  • semestrielle : le premier numéro sera publié au début de l’année 2013.

  • principalement en français : les contributions seront acceptées en français et en anglais (et, éventuellement, dans d’autres langues, mais dans la mesure où la langue de publication principale de la revue sera le français, cela nécessite un travail de traduction pour lequel il n’est pas toujours facile de trouver des bonnes volontés.)

  • qui traitera de la traduction audiovisuelle sous toutes ses formes (sous-titrage, doublage, voice-over) et quels que soient ses supports de diffusion (cinéma, télévision, etc.).

  • ouverte à différents types de contributions :

    • des articles de fond, tant sur la traduction elle-même que sur les traducteurs. Il peut s’agir de textes inédits, mais nous voulons aussi mettre en valeur des articles déjà existants (traductions, republications) ;

    • dans le même ordre d’idées, des articles et documents à valeur « historique », en français ou dans d’autres langues, susceptibles d’être republiés ;

    • des entretiens avec des traducteurs/adaptateurs, des « journaux de bord » de traduction, mais aussi des entretiens avec des professionnels exerçant un métier connexe à la traduction/adaptation audiovisuelle ;

    • des critiques d’ouvrages consacrés à la traduction/adaptation audiovisuelle

  • ouverte à des thématiques assez larges dont voici une liste non exhaustive : questions traductologiques propres à l’audiovisuel ; questions transversales communes à la traduction/adaptation audiovisuelle et à d’autres types de traduction ; langues rares et traduction/adaptation audiovisuelle ; aspects techniques et technologiques de la traduction/adaptation audiovisuelle ; métiers connexes  ; questions historiques et esthétiques liées au sous-titrage, au doublage, au voice-over ; questions liées à l’économie de la traduction/adaptation audiovisuelle (exemple : marché du sous-titrage ou du doublage dans tel pays) ; questions liées au droit d’auteur…

  • sans a priori intellectuel : L’écran traduit ne se positionne ni comme une revue de chercheurs universitaires, ni comme un recueil de billets d’humeur, mais quelque part entre les deux… Elle a à cœur d’informer sur la traduction/adaptation audiovisuelle, mais aussi de contribuer à la recherche non-universitaire sur ces questions par des points de vue et des formes d’articles éclectiques.

  • au lectorat potentiellement varié : traducteurs, chercheurs indépendants, universitaires, mais aussi personnes intéressées par le cinéma ou l’audiovisuel qui voudraient s’informer sur ces thèmes sous l’angle de la traduction/adaptation audiovisuelle. En somme, ce n’est surtout pas une revue « à usage interne ».

Ajoutons que nous aimerions beaucoup que des traducteurs participent à la revue, puisque l’objectif est aussi de faire entendre la voix des professionnels. Cette participation peut bien sûr prendre différentes formes : des articles écrits directement par les adaptateurs, des entretiens et des portraits, ou encore des « journaux de bord » relatant par exemple les difficultés rencontrées lors d’un travail d’adaptation particulièrement intéressant. Il y a souvent beaucoup à dire et à écrire sur une traduction/adaptation, nous espérons que cette nouvelle revue donnera l’occasion aux auteurs de faire connaître leur pratique quotidienne à un plus large public, toujours dans la perspective de faire mieux connaître nos métiers.

À partir du numéro 2 de la revue, un appel à contribution sera diffusé aussi largement que possible, qui présentera la revue et les articles dont nous sommes demandeurs. Pour illustrer le type de contributions que nous aimerions publier, nous vous invitons à (re)découvrir certains textes publiés jusqu’à présent sur le blog de l’Ataa et qui auraient eu toute leur place dans L’écran traduit : un texte à valeur historique accompagné de notes (première partie, seconde partie), un article de l’universitaire Nolwenn Mingant sur la première scène du film Inglourious Basterds et un portrait d’une professionnelle exerçant un métier lié à la traduction/adaptation audiovisuelle (première partie, seconde partie).

N’hésitez pas à nous faire part de vos idées et commentaires à l’adresse revue@ataa.fr, et rendez-vous dans quelques mois pour le premier numéro ! Il y sera notamment question de l’histoire du doublage en Allemagne, du sous-titrage chez Jean-Luc Godard et du rôle d’un directeur technique chez un distributeur cinématographique…



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At its last public meeting on October 23rd, 2012, ATAA announced a new journal on audiovisual translation/adaptation. Here is an outline of this project.


1) Why create a journal?

Cathy O Donnell

In 2009, we decided to create the ATAA blog (where you are probably reading this announcement). After three years and 118 articles (an average of two or three per month), we are facing several issues. The main one is the hybrid nature of the different posts: on the one hand, the blog includes short pieces such as news round-ups on audiovisual translation (AVT) and announcements from the association, but it also features longer pieces, vintage articles of historical interest, translated articles, profiles… These very different blog posts don’t always fit well together: it is sometimes hard to find the right balance between “short announcements” and in-depth articles. We therefore decided to create a journal, leaving the shorter pieces, news items, news round-ups and announcements for the blog while all the other types of articles will be published in the journal and thus given a better exposure.

This also aims to make ATAA and the professions that it stands up for more visible. In the French context, two other translators’ associations, ATLF (the French literary translators’ association) and SFT (the French translators’ association), have been publishing their own, respected, biannual journals – TransLittérature[2] and Traduire, respectively – for a long time. However, to the best of our knowledge, no journal in any language is specifically dedicated to AVT in its various forms. We think it useful to try and fill this gap.


2) What kind of journal?

The journal published by ATAA will be called L’écran traduit – revue sur la traduction et l’adaptation audiovisuelles [“The Translated Screen: a journal on audiovisual translation and adaptation”], obviously a metaphorical title. The editorial board is made up of three translators and ATAA members: Samuel Bréan, Jean-François Cornu and Anne-Lise Weidmann.

L’écran traduit will be:

  • a free, online journal – all articles will be directly available on the journal website, and also downloadable as .pdf files (as will be each issue as a whole) to make for easy reading.

  • biannual – the first issue is due in early 2013.

  • mainly in French, although submissions in English will also be accepted (and published both in English and in French). Submissions in other languages may be accepted on an individual basis, but as the main publication language is French, this will require an extra unpaid translation effort not always easy to provide for.

  • about AVT in all its forms (subtitling, dubbing, voiceover) and in all kinds of media (cinema, television, etc.).

  • open to different kinds of submissions:

    • in-depth articles on AV translation and translators. We are looking for unpublished material, but we would also like to showcase existing articles by translating and/or republishing them.

    • suggestions of old articles or documents with a historical value, in French or other languages, that could be reproduced.

    • interviews with translators, “translation diaries”, but also interviews with non-translators working in the AVT field.

    • reviews of books on AVT.

  • open to a broad range of topics. Here is an incomplete list: translation studies pertaining to the audiovisual field; cross-disciplinary issues common to AVT and other types of translation; rare languages in AVT; technical and technological aspects of AVT; professions connected to AVT; historical and aesthetic issues linked to subtitling, dubbing, and voiceover; issues related to the economy of AVT (e.g. the market of subtitling or dubbing in a given country); issues of audiovisual translators’ moral rights…

  • without any intellectual biasL’écran traduit doesn’t position itself as a scholars’ journal nor as a collection of opinion columns, but somewhere in-between. It aims to provide information about AVT, but also to contribute to non-scholarly research on these matters by publishing personal insights and a wide range of articles.

  • aimed at a potentially varied readership – translators, independent scholars, academics, but also people who take an interest in cinema and other audiovisual media and would like to know more about these topics under the angle of AVT. In brief, it is not “for internal use only”.

We warmly welcome contributions from translators in the journal, since one of our objectives is to make the professionals’ voice better heard than it currently is. This can be achieved in a number of ways: articles written by translators, interviews, profiles, and “translation diaries” explaining specific difficulties encountered while translating a particularly interesting audiovisual text. We hope that this new journal will give audiovisual translators the opportunity to introduce a larger readership to their day-to-day crafts, as part of our ongoing concern with communicating about our professions.

From issue number 2 onward, a call for papers will be circulated as widely as possible, to introduce L’écran traduit to potential contributors and describe the types of articles we are looking for.

By way of example, ATAA blog posts (in French) which are more similar to the “journal article” text type include:

To all our readers: please don’t hesitate to share your ideas and comments at revue@ataa.fr, and see you in a few months for the debut issue! It will include a dossier on dubbing in Germany, a piece on subtitling Jean-Luc Godard’s films, an interview with the head of a technical department in a film distribution company…



Notes    (cliquer sur ↵ pour revenir au texte)
  1. Signalons que l’ATLF a récemment numérisé et mis en ligne en .pdf les 43 numéros de TransLittérature: www.translitterature.fr.
  2. ALTF has recently digitized and put online in PDF format all 43 back issues of TransLittérature: www.translitterature.fr.
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2012 13
nov

Du nouveau sur le site de la Scam

Du nouveau sur le site de la Scam

Il y a un an, la Scam (Société civile des auteurs multimédia) offrait aux auteurs d’œuvres audiovisuelles la possibilité de déclarer leurs œuvres en ligne. Désormais, ce service est également accessible aux traducteurs de l’audiovisuel pour les traductions de documentaires.

Le formulaire de déclaration est accessible après connexion à l’Espace Auteur sur le site de la Scam (bouton « Connexion membre » dans la barre de menu en haut à droite).

Sur le fond, la procédure n’a pas changé : l’auteur remplit le formulaire en ligne et fournit une attestation de traduction ou une copie de son contrat. La nouveauté est qu’il n’est pas nécessaire d’imprimer le bulletin de déclaration et qu’il est possible d’envoyer une version numérisée de l’attestation.

Attention : si la déclaration doit être cosignée par plusieurs auteurs ou si l’adaptateur ne peut pas envoyer les documents complémentaires par voie électronique, l’impression du bulletin et l’envoi par voie postale restent impératifs.

Enfin, en cas d’erreur, le menu « Mes œuvres déclarées via Internet » permet d’annuler une déclaration.

Quant aux adaptateurs qui préfèrent en rester aux bulletins papier et aux attestations photocopiées, ils peuvent bien sûr continuer à déclarer leurs adaptations sous cette forme.



déclaration Scam

Aperçu du nouveau formulaire de déclaration en ligne (capture d’écran au 13/11/2012).


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2012 06
nov

Communiqué des traducteurs finlandais de l’audiovisuel du 30 octobre 2012

En Finlande, 98 sous-titreurs ont quitté Broadcast Text International après que leur contrat a été externalisé à cette société par MTV Media, un opérateur majeur du paysage audiovisuel finlandais.

Le 1er octobre dernier, les contrats de 110 sous-titreurs au statut mixte de « freelance sous contrat » (Cf note en fin d’article) ont été externalisés vers BTI International, une filiale de Broadcast Text International. Selon la loi finlandaise, ces employés « externalisés » disposent d’un mois pour démissionner sans préavis. 98 sous-titreurs ont choisi de faire usage de ce droit.

La raison : Broadcast Text pratique des rémunérations très faibles, oblige les traducteurs à prendre le statut d’entrepreneurs, s’approprie le copyright sur leurs sous-titres et refuse toute négociation visant à l’établissement d’une convention collective.

Le 17 octobre, les universités finlandaises ont publié un communiqué critiquant cette externalisation. Elles ont aussi signalé que les sociétés de sous-titrage exploitaient des étudiants, et que la profession tout entière menaçait de disparaître si ceux qui l’exerçaient ne pouvaient plus en vivre décemment.

Broadcast Text International n’a fait aucun commentaire sur le sujet dans les médias. Officiellement, cette société défend la qualité, mais elle n’a ni dissipé les inquiétudes des sous-titreurs ni répondu aux syndicats qui l’invitaient à entamer des négociations.

Les médias finlandais se sont largement fait l’écho de cette situation. La plupart des grands quotidiens l’ont relayée, ainsi que le journal d’YLE, la chaîne de télévision nationale publique. Helsingin Sanomat (La Gazette d’Helsinki, le plus grand quotidien finlandais, NdT) a notamment indiqué que cet exode massif de traducteurs pourrait compromettre le sous-titrage des chaînes de MTV Media. Le tabloïd Iltalehti a interviewé l’un des traducteurs dont le contrat a été externalisé et un traducteur freelance travaillant de longue date pour Broadcast Text. Le blog d’un grand magazine, Suomen Kuvalehti, a souligné l’importance du sous-titrage pour la maîtrise de la lecture et l’acquisition de langues étrangères. Enfin, le sujet a été discuté en ligne sur de nombreux blogs et communautés Facebook.

Cette externalisation a coïncidé avec le lancement de Netflix, un service VOD, dans les pays scandinaves. La majorité des films proposés sont traduits par Broadcast Text et la qualité du sous-titrage a été fortement critiquée. Netflix a même été pris à diffuser des sous-titres pirates issus du fansubbing et donc illégaux. La société américaine a immédiatement présenté ses excuses pour cette « erreur ». Mais par la suite, au cours d’une conversation avec un traducteur blogueur, un représentant de Netflix a reconnu que la qualité n’intéressait pas sa société et qu’à l’avenir, elle envisageait même de recourir au crowdsourcing pour traduire ses séries.

À l’heure actuelle, l’issue du conflit reste incertaine. Pour l’instant, et malgré la perte de la plupart de ses traducteurs, Broadcast Text a réussi à honorer ses commandes. Mais il est probable que les délais se resserrant, la société ne pourra pas longtemps faire face à la quantité de travail qu’elle doit fournir.


Note sur le statut de « freelance sous contrat » : Ce statut singulier qui semble une contradiction dans les termes est aussi une rareté en Finlande. Voici les précisions de l’une des 98 traductrices démissionnaires à ce sujet : « En gros, nous étions employés, puisque nous étions sous contrat avec MTV Media et que notre rémunération et nos conditions de travail étaient fixées par une convention collective. Mais en même temps, nous travaillions en freelance, dans la mesure où l’employeur ne garantissait pas une quantité de travail fixe et où nous étions libres de refuser les projets qui nous étaient proposés. En pratique cependant, le volume de travail était à peu près constant et nombre d’entre nous travaillaient uniquement pour MTV Media.

Lorsque nos postes ont été externalisés, on nous a assuré que l’accord collectif serait respecté, mais uniquement jusqu’à son expiration, qui doit advenir dans un an. Broadcast Text a refusé de nous dire ce qui se passerait ensuite, nous en avons donc tiré la conclusion qui s’impose : notre changement de statut n’était qu’une question de temps.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe : pour les traducteurs de BT, le schéma de travail est le même que le nôtre à MTV Media, on leur propose un projet, ils décident de l’accepter ou non, mais c’est BT qui fixe la rémunération et le délai, alors même que ces traducteurs sont censés être les fournisseurs et BT le client. Il me semble que BT devrait être employeur et les traducteurs, ses employés… »


Le communiqué en anglais se trouve ici.

Suite à ce communiqué, les 98 traducteurs qui ont démissionné ont écrit une lettre ouverte à BTI International. Ils y dénoncent notamment le tour de passe-passe qui consiste à leur faire croire qu’ils pourraient conserver une rémunération légèrement plus faible, mais honorable, alors que la société leur réclame en fait de travailler deux fois plus, et deux fois plus vite, pour le même tarif.

C’est à lire (en anglais) ici.

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2012 01
nov

Lors de la dernière soirée « portes ouvertes » de l’Ataa le 23 octobre dernier, Anthony Panetto a fait le bilan du sondage organisé par l’association au sujet de la formation professionnelle continue (FPC).

Bref résumé

Pour mémoire, les auteurs cotisent depuis le 1er juillet 2012 à la formation professionnelle, une avancée importante qui devrait leur donner prochainement la possibilité de se perfectionner, d’acquérir de nouvelles compétences, voire de se reconvertir (cf. ce précédent billet récapitulatif pour de plus amples informations). La décision étant à présent actée, tout reste cependant à mettre en place au niveau pratique.

Un sondage informel a donc été envoyé aux auteurs pour essayer de prendre la température et voir ce qui pourrait les intéresser en termes de formations.

Dépouillement du sondage

Nous avons reçu 70 questionnaires complétés : de quoi dégager quelques constantes, qui restent cependant à affiner.

Une grande majorité est favorable à la mise en place de la FPC. Une seule opinion est ouvertement défavorable.

Voici les grandes tendances des réponses données et les points qui semblent émerger, en laissant de côté ce qui paraissait plus anecdotique.

Le sondage portait sur sept points : langues étrangères, logiciels, français, droit, informatique, suggestions, formations suivies.

  • S’il y a bien un point qui fait presque l’unanimité, c’est la question des logiciels de doublage et de sous-titrage : 81% des personnes qui ont répondu seraient intéressées par une formation aux logiciels que requiert la pratique de notre métier, en particulier les auteurs de doublage, au vu de la multiplication des logiciels de bande rythmo ces dernières années. D’ailleurs, pour les personnes qui ont déjà fait une formation, beaucoup concernaient les logiciels de doublage. Et un certain nombre d’auteurs estime que les concepteurs devraient contribuer, au moins en partie, au financement de ces formations spécifiques.

  • Pour poursuivre dans l’informatique, une bonne moitié ne semble pas intéressée par des formations spécifiques. Pour les autres, trois points retiennent l’attention : Excel, la création d’un site Internet/blog et tout ce qui peut concerner notre activité, c’est-à-dire les formats vidéo, la conversion, le son, le montage image…
  • Si l’on passe maintenant à la matière première de notre métier, les langues, on note trois points d’intérêt: perfectionnement des langues de travail, apprentissage d’une nouvelle langue et travail sur des domaines techniques (argot, régionalisme, droit, médical, etc.)

  • Pour ce qui est du français en lui-même, un souhait qui revient assez souvent est celui du cours d’écriture pour aiguiser son style et travailler l’imaginaire et les registres. Les domaines techniques sont aussi sollicités, ainsi que des points plus particuliers comme les règles typographiques et la ponctuation. Un quart des personnes qui ont répondu n’est pas intéressé par ce genre de formations.

  • Concernant le droit, un quart des personnes semble estimer que leurs compétences sont suffisantes. Pour les autres, la maitrise des statuts social et fiscal de l’auteur parait importante. Dans ce domaine, la formation de l’AGECIF est pertinente mais devrait être beaucoup plus centrée sur les auteurs audiovisuels.

  • Parmi les suggestions émises, plusieurs points attirent l’attention : des notions de comptabilité ; des compétences plus techniques comme le montage vidéo, la détection et le repérage ; d’autres modes d’écriture comme l’écriture de scénarios ou l’audiodescription ; le côté commercial de notre activité, c’est-à-dire se vendre, démarcher et négocier ; un désir de connaissance accrue du fonctionnement de la chaine de production et de tous les rouages en amont et en aval de notre travail d’adaptation, pour être plus à même de mesurer tous les tenants et les aboutissants de la place que nous occupons et de la portée de notre travail (stage d’observation, direction artistique, comédiens…) ; une bonne dizaine de personnes aimerait avoir accès à une reconversion, soit dans des métiers connexes touchant aux langues étrangères ou une autre activité d’auteur, soit en vue d’un changement total de profession.

  • Enfin, 17 personnes sur 70 ont déjà suivi une formation (AGECIF, AFDAS…)

Dernières nouvelles

C’est l’AFDAS qui est chargée d’assurer la gestion et le financement des formations. À l’heure actuelle, nous sommes toujours en attente, au moins jusqu’en décembre. Un comité de gestion est en passe d’être constitué, il devrait comprendre 21 représentants des auteurs, répartis entre ceux de l’AGESSA et ceux de la Maison des Artistes. Pour nous, auteurs relevant de l’AGESSA, une répartition des sièges par secteur va être mise en place. Le SNAC et l’ATAA ont demandé, en leur nom propre, à siéger au comité de gestion. Nous allons faire remonter les informations collectées grâce à ce sondage pour obtenir les formations les plus adaptées à nos métiers. N’hésitez pas à faire connaître vos attentes en la matière, c’est le meilleur moyen de peser sur les choix à venir. Plus les auteurs s’exprimeront, plus l’offre de formations correspondra à leurs besoins.

Pour info, il reste quelques places aux formations à venir de l’AGECIF (voir les détails sur le site de l’organisme) :

Maîtriser son statut pour mieux gérer son activité les 6 et 7 novembre

Promouvoir son activité d’auteur sur Internet les 21/22/23 novembre

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